OMEGA SPEED­MAS­TER DE 1957 : UNE LÉ­GENDE EN PER­PÉ­TUELLE CONSTRUC­TION

Lan­cé en 1957, le ch­ro­no­graphe Speed­mas­ter a im­mé­dia­te­ment mar­qué une rup­ture sur le seg­ment où il en­ten­dait gra­vi­ter, en osant un cer­tain nombre d’in­no­va­tions dans l’uni­vers as­sez jeune de la montre-bra­ce­let. Coup de pro­jec­teur sur une lé­gende qui ne ces

La Revue des Montres - - RDM WORLD / BOUTIQUES - Texte : Vincent Daveau

Le ch­ro­no­graphe Speed­mas­ter d’omega fait par­tie de ces pro­duits in­con­tour­nables. Dans l’uni­vers des col­lec­tion­neurs, pas un ama­teur qui ne connaisse cette ré­fé­rence. Il faut ad­mettre que sa par­ti­ci­pa­tion à la conquête spa­tiale a lar­ge­ment contri­bué à as­seoir sa no­to­rié­té. Mais jus­te­ment, que savent tous ses in­con­di­tion­nels en de­hors du fait qu’elle a ac­com­pa­gné les as­tro­nautes ? Peu de choses en réa­li­té ! La cé­lé­bra­tion du soixan­tième an­ni­ver­saire de son lan­ce­ment est l’oc­ca­sion de com­bler cette la­cune.

Au com­men­ce­ment était le vide si­dé­ral

L’his­toire de ce ch­ro­no­graphe a dé­bu­té en 1957. Une date qui n’a rien ano­din puis­qu’elle marque une rup­ture dans le xxe siècle. En ef­fet, cette an­née-là – le 4 oc­tobre pour être pré­cis –, L’URSS lan­çait le pre­mier sa­tel­lite de l’his­toire bap­ti­sé « Spout­nik ». Cette date al­lait alors mar­quer le dé­but d’une longue ba­taille pour la su­pré­ma­tie spa­tiale entre les deux grands blocs qu’étaient les Etats-unis et l’union so­vié­tique. Dans ce contexte de guerre froide où l’amé­rique triom­phante en­va­his­sait inexo­ra­ble­ment l’oc­ci­dent à grand coup de rock’n roll, de Co­ca-co­la et de plan Mar­shall, le ch­ro­no­graphe Speed­mas­ter d’omega ar­ri­vait à point nom­mé pour ré­pondre aux en­vies de la gé­né­ra­tion mon­tante qui, après la guerre, as­pi­rait à une vie d’aven­ture, de vi­tesse et de plai­sirs. L’his­toire de ce ch­ro­no­graphe com­mence donc à s’écrire au coeur de l’âge d’or de l’hor­lo­ge­rie hel­vé­tique et l’an­née où Spout­nik émit dans l’es­pace son pe­tit bip si ca­rac­té­ris­tique…

En 1957, Pierre Moi­nat, alors di­rec­teur du dé­par­te­ment créa­tion d’omega, com­man­dait à Claude Baillod, sty­liste hor­lo­ger, un pro­duit sus­cep­tible de ré­pondre aux at­tentes de ces jeunes spor­tifs de l’époque en quête de vi­tesse et d’aven­ture.

Vous avez dit pré­des­ti­né ?

Le pro­duit en ques­tion est réa­li­sé en acier et fait pra­ti­que­ment 39 mm de diamètre, un for­mat re­la­ti­ve­ment im­por­tant pour l’époque. Mais ce n’est pas ce qui fait d’em­blée l’originalité de cet ins­tru­ment. En ef­fet, il se dis­tingue avant tout parce qu’il est le pre­mier chro­no à dis­po­ser d’une échelle ta­chy­mé­trique gra­vée sur la lu­nette rap­por­tée en acier (de 300 à 60 km/h). De même, le mo­dèle re­çoit un puis­sant calibre mé­ca­nique à remontage ma­nuel. Il s’agit alors du calibre Lé­ma­nia 321, un coeur do­té d’une roue à co­lonne que ce garde-temps va con­ser­ver jus­qu’en 196869. Ce­la au­rait pu suf­fire à faire de cette ré­fé­rence une réus­site, mais il en fal­lait en­core un peu plus pour lui ga­ran­tir de pas­ser à la pos­té­ri­té. Grâce à une construc­tion soi­gnée et à l’uti­li­sa­tion de joints d’abord en plomb puis en si­li­cone gra­phi­tée, le boî­tier s’avère ca­pable de ré­sis­ter à une pres­sion de 6 bars, un re­cord pour l’époque où la plu­part des chro­nos à pous­soirs ronds ne to­lé­raient pas plus de 3 bars. Et, pour ga­ran­tir une li­si­bi­li­té op­ti­male, le bu­reau de style a do­té les pre­mières sé­ries d’ai­guilles dites « flèches » et d’une forte glace en hé­sa­lite, un Plexi­glas très trans­pa­rent et ré­sis­tant aux chocs.

Une lé­gende d’hier à au­jourd’hui

Cette an­née, pour cé­lé­brer le 60e an­ni­ver­saire de cet ins­tru­ment, Omega pro­pose aux 3 557 ama­teurs les plus ra­pides d’ac­cé­der au plai­sir de por­ter un ch­ro­no­graphe dont l’es­thé­tique re­prend trait pour trait celle du mo­dèle ori­gi­nal. Un soin tout par­ti­cu­lier a été ap­por­té au trai­te­ment gé­né­ral. Pour réa­li­ser une co­pie fi­dèle, les in­gé­nieurs d’omega ont pro­cé­dé à une to­mo­gra­phie des pièces de 1957. Ain­si, ils ont pu re­pro­duire, pra­ti­que­ment au mi­cron près et dans toutes les di­men­sions, le boî­tier d’ori­gine. Evi­dem­ment, des amé­lio­ra­tions ont été ap­por­tées, ne se­rait-ce qu’en termes d’usi­nage, les tech­no­lo­gies d’au­jourd’hui per­met­tant de tra­vailler en­core plus en fi­nesse. Le ré­sul­tat est bluf­fant et le plai­sir de te­nir cette édi­tion presque aus­si in­tense que d’avoir une ver­sion d’époque. Pour cette ré­fé­rence de tout juste 38,6 mm de diamètre, au­tre­ment dit d’une men­su­ra­tion stric­te­ment iden­tique à celle du pre­mier Speed­mas­ter, le ca­dran noir « tro­pi­cal » est une mer­veille, tout comme les ai­guilles au des­sin si ca­rac­té­ris­tique. En pro­tec­tion du­dit ca­dran, une glace en hé­sa­lite – sorte de Plexi­glas très trans­pa­rent et très ré­sis­tant – qui, si elle peut ef­fec­ti­ve­ment se grif­fer, a l’avan­tage d’ab­sor­ber une par­tie des chocs fron­taux et de pou­voir se re­po­lir ai­sé­ment tant elle est épaisse.

Les évo­lu­tions d’une pièce my­thique

La marque n’a pas re­lan­cé la pro­duc­tion d’un calibre 321 Lé­ma­nia pour cette série li­mi­tée, mais a op­té pour le fa­meux calibre 1861 que l’on sait être l’évo­lu­tion du calibre qui de­vait rem­pla­cer ce­lui d’ori­gine. Il est do­té d’une na­vette de fonc­tion à la place de la roue à co­lonne – c’est l’une des deux conces­sions à la mo­der­ni­té pour cette ré­fé­rence, l’autre étant le bra­ce­let qui, s’il est proche de la ver­sion de 1957, ne dis­pose plus de maillons réa­li­sés à par­tir d’un feuillard d’acier plié mais de mailles pleines usi­nées en acier et d’un fer­moir dé­ployant plus éla­bo­ré. Tou­te­fois, le plai­sir de l’an­cien pour un pu­blic ci­blé a in­ci­té Omega à re­pro­duire jus­qu’à l’écrin de cette ré­fé­rence. Con­forme à l’ori­gi­nal, il em­porte un pe­tit plus puisque la pièce est li­vrée avec deux bra­ce­lets sup­plé­men­taires, l’un en cuir et l’autre de type Na­to. Ce ch­ro­no­graphe est éga­le­ment dis­po­nible en ver­sion col­lec­tor, avec deux autres mo­dèles in­con­tour­nables au sein des ins­tru­ments de col­lec­tion de la mai­son Omega : la Seamaster et la Railmaster, lan­cées elles aus­si la même an­née.

« Un tout pe­tit pas pour l’homme, un grand pas pour l’hu­ma­ni­té.» (Neil Arm­strong, le 21 juillet 1969)

SÉRIE OMEGA SPEED­MAS­TER 1957 TRILOGY : LE CH­RO­NO­GRAPHE SPEED­MAS­TER, PRO­PO­SÉ DANS LES MÊMES FI­NI­TIONS – EN ACIER – QUE LA SPEED­MAS­TER 38,6 MM SÉRIE LI­MI­TÉE à 3 557 EXEM­PLAIRES, EST LIVRÉ DANS UN ÉCRIN SPÉ­CIAL COMPRENANT LES MO­DÈLES SEAMASTER ET...

L’ac­teur George Cloo­ney et l’as­tro­naute Buzz Al­drin / Buzz Al­drin, as­tro­naute durant la mis­sion Apol­lo 11 en 1969 / L’équipe de Jim Ra­gan tes­tant les montres durant les épreuves de qua­li­fi­ca­tion en 1964.

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