LE CH­RO­NO­GRAPHE, LA MEILLEURE DES MONTRES

Mé­ca­ni­que­ment abou­ti, com­pli­qué à loi­sir et sur­tout utile dans bien des si­tua­tions aven­tu­reuses, le ch­ro­no­graphe a écrit une part non né­gli­geable des plus belles his­toires du mé­tier et a sou­vent contri­bué à la conquête de nou­veaux uni­vers. Dé­cryp­tage des

La Revue des Montres - - RDM WORLD / BOUTIQUES - Texte : Vincent Daveau

Les ori­gines du ch­ro­no­graphe font tou­jours dé­bat. Pour sim­pli­fier, trois grands cou­rants s’op­posent. Pour les plus an­ciens, le gé­nial hor­lo­ger et as­tro­nome George Gra­ham, ac­tif dans la pre­mière moi­tié du siècle des lu­mières à Londres, au­rait été le pre­mier à créer une ma­chine ca­pable de sub­di­vi­ser le temps en du­rées me­su­rables. Son ins­tru­ment, quoique ru­di­men­taire, dé­mon­trait que les sa­vants de l’époque pou­vaient es­pé­rer me­su­rer des du­rées de plus en plus fines et donc af­fi­ner leurs connais­sances techniques ou scien­ti­fiques. D’autres ex­perts af­firment avoir trou­vé les bases de la me­sure du temps chro­no­mé­tré dans une montre unique, réa­li­sée par Louis Moi­net et dé­cou­verte par ha­sard as­sez ré­cem­ment. À sup­po­ser que la pièce soit d’époque, elle lais­se­rait ima­gi­ner que les hommes au dé­but du XIXE siècle en­ten­daient me­su­rer des du­rées dont la science d’alors n’avait nul usage. Belle an­ti­ci­pa­tion de la part d’un hor­lo­ger, dont l’une des plus belles contri­bu­tions à l’art du mé­tier est son trai­té d’hor­lo­ge­rie. Le troi­sième nom pré­sen­té par un cer­tain nombre de spé­cia­listes comme l’in­ven­teur de cet ou­til, de­ve­nu au­jourd’hui as­sez com­mun, est Ni­co­las Rieus­sec. Ce Fran­çais a créé, à dé­faut de la montre ca­pable de re­le­ver des temps courts en don­nant l’heure, le terme de ch­ro­no­graphe grâce à la mise au point de son ou­til mé­ca­nique per­met­tant d’écrire sur un ca­dran le temps ac­com­pli d’évé­ne­ments de courtes du­rées.

Etat des lieux

Bref, l’his­toire de cette complication reste à écrire, au­cun his­to­rien ne s’étant vrai­ment pen­ché sur la ques­tion. Tout ce qui a pu être dit ces der­nières dé­cen­nies est sou­mis à cau­tion ou re­mis en cause par la pu­bli­ca­tion d’his­toires de mai­sons dont la vé­ra­ci­té reste, elle aus­si, à prou­ver. La preuve : Omega vient d’an­non­cer, lors de la confé­rence de presse à Londres, qu’en fait la Na­sa n’avait ja­mais ache­té les ch­ro­no­graphes des­ti­nés aux tests de ro­bus­tesse dans une bou­tique de montres de Mia­mi, mais que Jim Ra­gan, l’in­gé­nieur res­pon­sable pour la Na­sa, avait fait ap­pel aux so­cié­tés concer­nées pour qu’elles four­nissent par le biais de leurs agents aux Etats-unis, les ré­fé­rences de­man­dées. Mais par­fois le story-tel­ling s’est im­po­sé dans un mé­tier où les belles lé­gendes valent mieux que les his­toires vraies. Il faut dire que le rêve compte comme une part de dé­si­ra­bi­li­té non né­gli­geable dans toute dé­marche d’achat. La boucle est bou­clée. Dans le cas pré­sent, le ch­ro­no­graphe pos­sède un avan­tage sur l’es­sen­tiel des autres montres du mar­ché : il fait par­tie des ins­tru­ments de me­sure du temps à avoir sou­vent été au coeur des plus grandes aven­tures hu­maines. À ce titre, il a ga­gné ses lettres de no­blesse. Qui plus est, il est au­jourd’hui la plus ac­ces­sible de toutes les complications. En Oc­ci­dent, les plus à même de faire cha­vi­rer les coeurs sont ceux que l’on ap­pelle les chro­nos « vin­tage ». Ils doivent cette at­ti­rance au fait qu’ils re­prennent les codes gra­phiques de mo­dèles ayant mar­qué leur époque en par­ti­ci­pant, d’une fa­çon ou d’une autre, à la conquête du monde. Et parce qu’ils ont dé­jà fait la preuve de leur du­ra­bi­li­té en termes d’es­thé­tique et de fonc­tion­na­li­té, les consom­ma­teurs d’au­jourd’hui les consi­dèrent comme une sorte d’in­ves­tis­se­ment sur le long terme, puisque la pièce est faite pour du­rer et qu’ils ne pour­ront pas s’en las­ser, l’es­thé­tique étant in­tem­po­relle. Pour un pro­duit hor­lo­ger, c’est

in­con­gru, mais ce­la fonc­tionne bien, la preuve en images.

Le syn­drome Ca­na­da Dry

D’au­cuns ont très cer­tai­ne­ment en mé­moire cette pu­bli­ci­té du dé­but des an­nées 1980 : « Ca­na­da Dry est do­ré comme l’al­cool, mais ce n’est pas de l’al­cool… ». Dans le cas des montres vin­tage, c’est un peu la même chose. Ces mo­dèles ont l’ap­pa­rence de pro­duits du pas­sé, mais on est sou­vent à des millénaires de ceux-ci. Ce qui compte c’est l’ivresse et, pour pa­ra­phra­ser cette même pu­bli­ci­té qui fi­nis­sait en di­sant « …ce n’est plus l’al­cool qui fait les hé­ros », ce ne sont pas les an­ciennes ver­sions qui font les hé­ros d’au­jourd’hui, mais celles pro­po­sées ac­tuel­le­ment. Et ce­la tombe bien : les aven­tu­riers des temps mo­dernes, les dé­fri­cheurs des jungles ur­baines, ont l’em­bar­ras du choix cette an­née par­mi les pro­po­si­tions – les mai­sons hor­lo­gères ne sont ja­mais en manque d’ins­pi­ra­tion quand il s’agit de re­faire du neuf avec de l’an­cien, ou sup­po­sé tel.

À l’heure des hé­ros d’hier

On le sait, nous sommes tous les pro­duits d’une édu­ca­tion et des per­son­nages qui ont peu­plé notre en­fance. Si pour les filles, l’environnement a été plu­tôt peu­plé de fées ou des cé­lé­bri­tés des arts et des spec­tacles, les uni­vers de pré­di­lec­tion des gar­çons les por­taient plu­tôt vers un genre aux an­ti­podes du prince char­mant. On pour­rait ci­ter une quan­ti­té de pos­sibles men­tors par­mi les hé­ros des jeunes d’hier, on les de­vine exa­gé­ré­ment mus­clés, avec cette fa­cul­té in­croyable de se sor­tir de toutes les si­tua­tions. Une fois adultes, leur be­soin d’in­car­ner le sur­homme de leur en­fance les oriente vers des mo­dèles ayant été por­tés par de vrais cham­pions ou des per­son­na­li­tés hors du com­mun. Par­mi ces pièces dont l’his­toire s’est écrite aux poignets de hé­ros des temps mo­dernes, il faut faire une place spé­ciale au ch­ro­no­graphe Na­vi­ti­mer de Breit­ling. Il est, à ce jour, l’ins­tru­ment ayant la plus longue his­toire. Lan­cé en 1952, il a évo­lué bien en­ten­du, mais reste vi­suel­le­ment tou­jours plus ou moins le même. Cette an­née, la mai­son fa­mi­liale, qui vient ré­cem­ment de chan­ger de main (ven­due fin avril à un fonds de pla­ce­ment an­glais), le pro­pose équi­pé de la complication de rat­tra­pante. Ef­fi­cace, ce chro­no de 45 mm de diamètre ne pas­se­ra pas in­aper­çu et sau­ra sé­duire les in­con­di­tion­nels de garde-temps ame­nés à de­ve­nir « col­lec­tors ». Et ce­la est d’au­tant plus en­vi­sa­geable que l’ob­jet est réa­li­sé en édi­tion li­mi­tée à 250 exem­plaires en or rouge. Durant les an­nées 1950-60, un grand nombre de marques ont éla­bo­ré des ch­ro­no­graphes à usage ci­vil. Les mai­sons hor­lo­gères avaient bien com­pris que d’un point de vue mar­ke­ting, il fal­lait re­con­ver­tir ce type de pro­duit très conno­té « mar­tial » en un ou­til vi­ril à do­mi­nante ci­vile. À l’époque, les stig­mates de la Se­conde Guerre mon­diale étaient en­core bien pré­sents. Ain­si, Omega lan­çait la Speed­mas­ter, une créa­tion ini­tia­le­ment pré­vue pour conqué­rir les ama­teurs de voi­tures. La pré­sence de sa lu­nette rap­por­tée gra­vée d’une échelle ta­chy­mé­trique de 300 km/heure à 60 km/heure est le dé­tail qui, en plus de sa ro­bus­tesse éprou­vée par la Na­sa, de­vait faire d’elle une ré­fé­rence à part. Durant les an­nées 1960, Omega n’en­ten­dait pas li­mi­ter sa pro­duc­tion à des montres des­ti­nées aux as­tro­nautes. Aus­si, en 1968, elle pré­sen­tait aux fans de voi­tures de sport une édi­tion Ra­cing pen­sée pour les pi­lotes de ral­lyes. C’est cette ver­sion qu’omega pro­pose cette an­née,

pro­fon­dé­ment re­fon­due pour col­ler aux at­tentes du mar­ché ac­tuel. On no­te­ra tout de même que la pièce conserve des lignes qui lui doivent de fi­gu­rer dans ce dossier vin­tage : elle ar­bore, en ef­fet, le boî­tier ty­pique de la « Speed », ain­si qu’un ca­dran dont la mi­nu­te­rie re­prend la construc­tion en cré­neau du mo­dèle d’époque. Le bra­ce­let à trous est éga­le­ment un clin d’oeil à la pé­riode pré­ci­tée, qui af­fec­tion­nait ce type de lien ins­pi­ré par les gants de conduite alors en vogue ou le cuir des vo­lants sport des bo­lides. Autre garde-temps d’ac­tua­li­té dont les ra­cines his­to­riques jouent en sa fa­veur : le ch­ro­no­graphe Oys­ter Per­pe­tual Cos­mo­graph Day­to­na de Ro­lex. Cette ré­fé­rence, qui a for­gé sa ré­pu­ta­tion à l’aube des an­nées 1960 sur le cé­lèbre an­neau de course de Day­to­na, aux Etats-unis, fait par­tie des plus sou­vent ci­tées en exemple comme pro­duit à ca­rac­tère vin­tage. La ver­sion d’au­jourd’hui joue un double jeu. D’un cô­té, sa lu­nette en Ce­ra­chrom noir rap­pelle la Day­to­na de 1965 (lu­nette en Plexi­glas noir), de l’autre, son bra­ce­let en élas­to­mère tech­nique ren­for­cé d’une lame en mé­tal pour le rendre in­dé­chi­rable, pro­jette cet ins­tru­ment dans l’ave­nir. Ce sont les consom­ma­teurs qui choi­si­ront dans quelle ca­té­go­rie le ran­ger. Le ch­ro­no­graphe He­ri­tage Black Bay pro­po­sé cette an­née par Tu­dor mé­rite un pe­tit ar­rêt sur image. Plé­bis­ci­té à Ba­sel­world, il est une ité­ra­tion pos­sible du fa­meux ch­ro­no­graphe Tu­dor Oys­ter­date lan­cé par la marque en 1970. Tra­vaillé avec soin, rai­son­nable en taille (41 mm), il est do­té d’un calibre au­to­ma­tique ba­sé sur le calibre Breit­ling 01. Les adeptes du genre pour­ront éga­le­ment se pen­cher sur l’au­ta­via de TAG Heuer. Cette pièce, ré­tro­fu­tu­riste, est une ré­in­ter­pré­ta­tion réus­sie du mo­dèle lan­cé en 1963, que por­tait le pi­lote de For­mule 1 Jo­chen Rindt.

Ser­vie par un calibre au­to­ma­tique Heuer 02, la pièce de 42 mm de­vrait faire des émules.

Oser l’in­tem­po­rel de­si­gn

Sou­vent, les de­si­gners des mai­sons char­gés de conce­voir un ch­ro­no­graphe se tournent vers les pro­duc­tions du pas­sé pour en pro­po­ser une ver­sion re­fon­due qui le fe­ra col­ler aux ten­dances du mo­ment. Naissent alors sous leur crayon des pro­duits hy­brides qui, tout en étant dans l’air du temps, en rap­pellent un autre. Pré­sen­tés comme des ins­tru­ments ré­tro­fu­tu­ristes, ils sont un peu entre deux mondes : ce­lui du vin­tage pur et dur et ce­lui du contem­po­rain avec des de­si­gns au­da­cieux. À voir les mo­dèles, on note tout de même une gra­da­tion dans l’ap­proche. Il y a ceux qui, comme l’in­tra­ma­tic 68 d’ha­mil­ton ou le ch­ro­no­graphe clas­sique 5372 à rat­tra­pante et quan­tième per­pé­tuel de Pa­tek Phi­lippe, sont au moins vi­suel­le­ment très proches de pièces an­ciennes. Les boî­tiers aux lignes pures, sou­vent ins­pi­rés de ceux des montres des an­nées 1930 ou 1940, sé­duisent par­ti­cu­liè­re­ment. La preuve, le Fly­back Chronograph Ma­nu­fac­ture de Fré­dé­rique Cons­tant surfe sur la ten­dance avec ses pous­soirs rec­tan­gu­laires et ses grands comp­teurs. Et parce que l’uni­vers mi­li­ta­ro-in­dus­triel fait tou­jours re­cette, Bell & Ross pro­pose une édi­tion re­ma­niée de ses ré­fé­rences fon­da­men­ta­le­ment vin­tage avec la BR V2-92. Elé­gantes, fines et re­vues en taille, ces nou­veau­tés aux des­sins de car­rure plus contem­po­rains et plus se­ven­ties, de­vraient sé­duire ceux qui veulent un garde-temps qui pour­rait être ce­lui de do­ta­tion dans les ar­mées d’au­jourd’hui. Dans une cer­taine me­sure, la nou­velle Mont­blanc Sum­mit Con­nec­ted va au bout de l’exer­cice. Vue de loin, elle pour­ra res­sem­bler à un ch­ro­no­graphe vin­tage, dans sa va­riante avec ca­dran chro­no. La marque a dé­li­bé­ré­ment choi­si de don­ner cet as­pect au boî­tier de sa montre la plus fu­tu­riste. Vous aviez dit an­ta­go­nisme de prin­cipe ?

Le fu­tur est en marche

Toutes les marques ne vont pas jusque-là et se contentent de réa­li­ser des ins­tru­ments contem­po­rains et par­fois même à l’avant­garde. Il faut plaire à tout le monde et tous les consom­ma­teurs ne sont pas des adeptes de ma­chines por­ta­tives à re­mon­ter le temps. Cette fa­mille de créa­tions mo­dernes a pour am­bi­tion de pro­po­ser des pro­duits horlogers en phase avec leur époque.

Evi­dem­ment, le risque est de pas­ser à cô­té de ce­lui ap­pe­lé à de­ve­nir une icône d’un nou­veau type. Mais, en 1972, rien ne pré­di­sait que la Royal Oak d’audemars Piguet, alors la montre-bra­ce­let en acier la plus chère du mar­ché, al­lait de­ve­nir une ré­fé­rence dans sa ca­té­go­rie, qua­rante ans plus tard. Sa­voir prendre des risques est aus­si exal­tant. Ain­si, le ch­ro­no­graphe Da Vin­ci D’IWC, ré­in­ter­pré­ta­tion contem­po­raine du pre­mier mo­dèle lan­cé à la fin des an­nées 1980, de­vrait faire aus­si bien que ce­lui d’époque et de­ve­nir un stan­dard en ma­tière de de­si­gn. Jus­te­ment dans ce do­maine, les édi­tions ac­tuelles ont toute li­ber­té de ma­noeuvre et c’est même ce qui leur per­met de ti­rer leur épingle du jeu. Evi­dem­ment beau­coup de marques optent pour des col­lec­tions ori­gi­nales mais clas­siques parce que ce type de construc­tion re­pré­sente tout de même la ma­jo­ri­té des ventes. Par­mi les en­tre­prises ayant fait le choix du mo­der­nisme, on trouve évi­dem­ment celles ayant op­té pour des ca­libres à quartz ou des outils connec­tés de der­nière gé­né­ra­tion, comme la TAG Heuer Con­nec­ted Mo­du­lar 45 – une ré­ponse horlogère à la pointe du pro­grès. Entre les plus clas­siques et les plus avant-gar­distes, on trouve les pro­duc­tions an­cien­ne­ment mo­dernes : les ch­ro­no­graphes à quartz. Ef­fi­caces, sou­vent do­tés de des­sins contem­po­rains, ils oc­cupent une par­tie du ter­rain en étant abor­dables. C’est même leur atout prin­ci­pal : dis­po­ser de fonc­tion­na­li­tés avan­cées au plus juste prix. Tis­sot avec le Chro­no XL, Edox avec sa ver­sion Ch­ro­no­ral­ly, Lon­gines avec le nou­veau Chro­no Con­quest VHP et même la so­cié­té MAT Watches avec son chro­no AG5 Re­gate Ti­mer à quartz, ont trou­vé le juste équi­libre entre qua­li­té, prix. Et aus­si ce qu’il faut de de­si­gn pour ga­ran­tir à ces garde-temps de ser­vir leurs pro­prié­taires de nom­breuses an­nées.

L’avant-garde avec tra­di­tion

Au nombre des ins­tru­ments ren­trant dans cette ca­té­go­rie, il y a ceux dont le des­sin clas­sique pour­rait presque les faire as­si­mi­ler à des pro­duits vin­tage. Mais en rai­son de l’évo­lu­tion de leur ligne, il leur est im­pos­sible d’y pré­tendre. Le ch­ro­no­graphe Over­seas de Vacheron Constantin a ce pe­tit quelque chose de ré­tro-fu­tu­riste dans l’es­prit seule­ment. Même s’il s’inspire d’une créa­tion plus an­cienne, le des­sin a été suf­fi­sam­ment re­ma­nié pour qu’il ait sa propre iden­ti­té. Il en va de même avec le ch­ro­no­graphe Luminor Re­gat­ta pro­po­sé par

Panerai. Le boî­tier, bien que da­tant des an­nées 50, a été re­vu en pro­fon­deur pour re­ce­voir un calibre mé­ca­nique ré­so­lu­ment in­no­vant, des­ti­né à des ma­rins en­traî­nés. Tra­di­tion­nel de concep­tion, il est mo­derne dans son mode de fonc­tion­ne­ment et de­vrait ré­pondre aux be­soins des plai­san­ciers pas­sion­nés par l’ame­ri­ca’s Cup. D’une cer­taine fa­çon, Ulysse Nardin avec le ch­ro­no­graphe Ma­rine Re­gat­ta pro­pose sen­si­ble­ment la même ap­proche aux na­vi­ga­teurs et aux skip­pers : ha­biller de fa­çon plu­tôt clas­sique un mouvement ul­tra­no­va­teur, ca­pable de four­nir des in­for­ma­tions es­sen­tielles à un sport où pré­vaut le ti­ming avant com­pé­ti­tion. Quant au ch­ro­no­graphe Mille Mi­glia de Cho­pard, il a tout d’un mo­dèle vin­tage sans faire pas par­tie de cette ca­té­go­rie, car l’uni­vers dont il s’inspire n’est pas hor­lo­ger mais au­to­mo­bile. À ce titre, il est comme le ch­ro­no­graphe Clif­ton Club Co­bra de Baume & Mer­cier, plus syn­cré­tique que ré­tro­fu­tu­riste. Les deux montres sé­dui­ront tout de même les amou­reux de voi­tures an­ciennes, tant ils y re­trou­ve­ront une foule de dé­tails évo­quant les bo­lides d’époque. Le trans­fert en ma­tière de vin­tage est là, mais trans­po­sé à l’uni­vers au­to­mo­bile. C’est bien joué et ces ré­fé­rences en de­viennent des pro­duits d’ave­nir. Dans le cadre de notre su­jet, le ch­ro­no­graphe Cuer­vo Y So­bri­nos Tor­pe­do Pi­ra­ta Cro­no Day Date porte bien son nom. Dé­coif­fant dans son des­sin, il tient aus­si du pi­rate dans son ap­proche de la mo­der­ni­té, ce qui le rend in­clas­sable. Mo­derne et clas­sique à la fois tout comme le mo­dèle Ex­cel­lence Chro­no Date de Louis Erard, il pos­sède tout de même quelque chose d’un peu Steam­punk dans le des­sin de son boî­tier mo­du­laire de 45 mm, en acier et ti­tane. Il en faut pour tous les goûts, di­rez-vous. C’est vrai. Voi­là pour­quoi le ch­ro­no­graphe Ze­nith De­fy El Pri­me­ro 21 joue dans cette ca­té­go­rie, où mo­der­ni­té et tra­di­tion se confondent pour don­ner un ou­til mé­ca­nique de nou­velle gé­né­ra­tion. Pa­ré d’une boîte d’as­pect presque clas­sique (pous­soirs ronds et de­si­gn ins­pi­ré des mo­dèles des se­ven­ties), ce gar­de­temps pour­rait faire ou­blier qu’il em­porte un calibre à double fré­quence par­ti­cu­liè­re­ment in­no­vant.

Le fu­tur est en marche

À ce titre, il fait par­tie des montres avant-gar­distes sur­fant sur la vague du clas­si­cisme. Tou­te­fois, on peut au­jourd’hui se po­ser la ques­tion de sa­voir pour­quoi cette au­guste ma­nu­fac­ture horlogère n’a pas osé al­ler plus loin, au risque de rompre avec ses ra­cines. C’est qu’elle a peut-être es­ti­mé que trop de ré­vo­lu­tion d’un coup pou­vait lui être pré­ju­di­ciable. Dans l’ab­so­lu, les consom­ma­teurs aiment être sur­pris, mais pas né­ces­sai­re­ment que les marques viennent leur faire re­mettre en cause leur vi­sion et leur per­cep­tion d’une pas­sion qu’ils ont mis du temps à construire. Pour évi­ter tout heurt et l’im­pres­sion d’al­ler trop loin, on re­tien­dra que le chro­no Com­pe­ti­zione Cir­cui­to de Gi­rard-per­re­gaux fait la dé­marche in­verse. Il conserve un calibre de ch­ro­no­graphe mé­ca­nique à remontage au­to­ma­tique clas­sique, qu’il ha­bille d’un boî­tier réa­li­sé en com­po­site car­bone-ti­tane et d’un ca­dran in­no­vant usi­né de fa­çon à of­frir un ren­du type nid-d’abeilles. Le ré­sul­tat est in­té­res­sant et on au­rait ap­pré­cié une ap­proche plus fu­tu­riste en­core, en ima­gi­nant un mé­ca­nisme qui au­rait fait ap­pel à de nou­veaux ma­té­riaux ou au­rait trai­té une complication avec originalité. On au­rait pu sup­po­ser que la ma­nu­fac­ture lan­cée en 1791 ose­rait une ap­proche iden­tique à celle de la mai­son Ebe­rhard & Co pour son Chro­no 4 Edi­tion Li­mi­tée à l’oc­ca­sion de son 130e an­ni­ver­saire. Réa­li­sé à 130 exem­plaires, cet ins­tru­ment offre une lec­ture ori­gi­nale des in­for­ma­tions chro­no­gra­phiques en pré­sen­tant les in­for­ma­tions en ligne et non plus ré­par­ties sur le ca­dran. C’est éton­nant as­su­ré­ment, mais aus­si dé­ton­nant car mé­ca­ni­que­ment comme vi­suel­le­ment im­pac­tant. La mé­thode choi­sie par Porsche De­si­gn est la même. Comme 80 % des consom­ma­teurs choi­sissent leur montre en fonc­tion

de son es­thé­tique et non du mouvement qu’elle abrite, cette mai­son, qui a l’art de lan­cer des modes en ma­tière de de­si­gn, pré­sente le ch­ro­no­graphe Mo­no­bloc Ac­tua­tor, dont le des­sin du boî­tier en ti­tane in­tègre les pous­soirs. C’est sty­lis­ti­que­ment réus­si, mé­ca­ni­que­ment abou­ti et gra­phi­que­ment sa­tis­fai­sant. À n’en pas dou­ter, les adeptes de pro­duits fu­tu­ristes ap­pré­cie­ront la dé­marche et la pu­re­té de lignes. Pe­tit dé­tail, le trai­te­ment des se­condes au ca­dran est un clin d’oeil au fu­tur et ne man­que­ra pas de faire ré­agir d’autres mai­sons qui tra­vaille­ront l’ap­proche pour lui don­ner une di­men­sion plus gra­phique. Inspirée par le sport au­to­mo­bile, l’en­tre­prise est al­lée cher­cher au coeur du mo­teur des Porsche la so­lu­tion tech­nique lui per­met­tant de trans­for­mer un chro­no en un vo­lume aux ron­deurs sug­ges­tives à la fois fu­tu­ristes et très Porsche. En ma­tière de de­si­gn, Hu­blot s’y connaît aus­si. Son pro­duit hor­lo­ger rend aus­si hommage à une marque au­to­mo­bile : Fer­ra­ri. Pour cé­lé­brer ses 70 ans, la marque ita­lienne et son par­te­naire

Hu­blot dé­voilent une col­lec­tion in­édite. Ima­gi­née se­lon une ap­proche iden­tique à celle de la créa­tion d’une voi­ture par le Fer­ra­ri De­si­gn Centre puis mise au point par la ma­nu­fac­ture Hu­blot, la Te­ch­frame Fer­ra­ri 70 Years Tourbillon Ch­ro­no­graphe ouvre un nou­veau cha­pitre du par­te­na­riat entre Hu­blot et Fer­ra­ri, mais aus­si du mar­ché de la concep­tion des montres. La Te­ch­frame Fer­ra­ri 70 Years, in­no­vante es­thé­ti­que­ment et mé­ca­ni­que­ment, est dis­po­nible en trois ver­sions – King Gold, car­bone PEEK, ti­tane –, cha­cune réa­li­sée en 70 exem­plaires. Ré­so­lu­ment dif­fé­rente, elle an­nonce la construc­tion horlogère de de­main. Mais le maître en la ma­tière de­meure ce­lui qui, de­puis 2001, re­nou­velle le mar­ché de l’hor­lo­ge­rie en pro­po­sant ses vi­sions avant-gar­distes du mé­tier. Ri­chard Mille est la ré­fé­rence dans le do­maine du ch­ro­no­graphe du fu­tur. Il en a même in­ven­té le prin­cipe. Le ch­ro­no­graphe RM 50-03 Mcla­ren-f1 est à lui seul un mo­nu­ment. Il vaut d’ailleurs le prix d’un co­quet mo­nu­ment, mais ce­la ne dé­ran­ge­ra pas les 75 heu­reux fu­turs pro­prié­taires de ce mo­dèle qui pèse moins de 40 grammes. Sans conteste la montre la plus chère au monde au gramme, elle est réa­li­sée à par­tir de gra­phène, un com­po­sant iso­lé en 2004 par Andre Geim, du dé­par­te­ment de phy­sique de l’uni­ver­si­té de Man­ches­ter. Cette dé­cou­verte lui a va­lu de re­ce­voir, en 2010, le prix No­bel de phy­sique aux cô­tés de Kons­tan­tin No­vo­se­lov. Dans le cas de la montre RM 50-03 Mcla­ren-f1, le car­bone TPT™ est consti­tué de 600 couches de fi­la­ments pa­ral­lèles, d’une épais­seur de 30 mi­crons cha­cune. L’en­semble est im­pré­gné d’une ré­sine do­pée au gra­phène. Puis ces couches sont su­per­po­sées par une ma­chine CNC qui va­rie l’orien­ta­tion des fibres de 45° entre deux couches. Ce ma­té­riau ex­clu­sif à Ri­chard Mille en hor­lo­ge­rie est la dé­mons­tra­tion qu’il est tou­jours pos­sible d’al­ler plus loin dans le mé­tier et que la tra­di­tion abou­tie peut se ma­rier aux vi­sions fu­tu­ristes, dès l’ins­tant où la dé­marche est mû­re­ment ré­flé­chie et me­née avec pas­sion.

Baume & Mer­cier, Clif­ton Club Shel­by® Co­bra : boî­tier acier de 44 mm, calibre au­to­ma­tique. Ca­dran bi­co­lore. Officine Panerai, Luminor 1950 Re­gat­ta Oracle Team USA 3 Days Chro­no Fly­back Automatic Ti­ta­nio 47 mm : boî­tier ti­tane, calibre chro­no au­to avec...

Cho­pard, Mill Mi­glia 2017 Race Edi­tion : boî­tier acier de 44 mm, calibre au­to­ma­tique, série li­mi­tée à 1000 ex. Audemars Piguet, Royal Oak Ch­ro­no­graphe : boî­tier et bra­ce­let acier, calibre au­to­ma­tique, ca­dran blanc, 3 comp­teurs noirs, date.

Ulysse Nardin, Ch­ro­no­graphe Re­gat­ta : boî­tier acier de 44 mm, calibre au­to­ma­tique avec fonc­tion dé­compte de régate avec sys­tème d’in­ver­sion de marche de la trot­teuse au top dé­part. Seiko, Pre­sage Chro­no au­to­ma­tique : boî­tier acier de 42 mm, calibre...

Omega, Speed­mas­ter Ra­cing : boî­tier acier, calibre mé­ca­nique à remontage au­to­ma­tique. Gra­ham, Ch­ro­no­figh­ter vin­tage Nose Art Ltd : boî­tier acier de 44 mm, calibre au­to­ma­tique avec pous­soirs spé­ciaux. Ro­lex, Oys­ter Per­pe­tual Cos­mo­graph Day­to­na :...

Ha­mil­ton, In­tra-ma­tic 68 : boî­tier de 42 mm, calibre au­to­ma­tique H-31 deux comp­teurs et date. IWC, Da Vin­ci ch­ro­no­graphe Lau­reus Sport For Good Foun­da­tion : boî­tier acier de 42 mm, calibre au­to­ma­tique. Tu­dor, He­ri­tage Black Bay Chro­no : boî­tier acier...

Fré­dé­rique Cons­tant Fly­back Chronograph Ma­nu­fac­ture : boî­tier acier pla­qué or de 42 mm, calibre ma­nu­fac­ture trois comp­teurs. Pa­tek Phi­lippe Réf. 5372 : boî­tier pla­tine, 38,3 mm, calibre ma­nuel chro­no rat­tra­pante avec quan­tième per­pé­tuel. TAG Heuer,...

Bell & Ross, BR V2 : boî­tier acier de 41 mm, au­to­ma­tique. Breit­ling, Na­vi­ti­mer Rat­tra­pante : boî­tier acier de 41 mm, calibre B03 au­to­ma­tique chro­no à ra­trap­pante.

Hu­blot, Te­ch­frame Fer­ra­ri 70e an­ni­ver­saire Tourbillon Ch­ro­no­graphe. Pa­tek Phi­lippe, ch­ro­no­graphe clas­sique 5372 à rat­tra­pante et quan­tième per­pé­tuel. Ri­chard Mille, RM 50-03 : calibre de chro­no ma­nuel à rat­tra­pante ré­gu­lé par tourbillon. Porsche...

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