Se par­ler au­tour d’un verre

« EXCELLENTE NOUVELLE : LES CAFÉS RENAISSENT LÀ OÙ L’ON OUVRE DES PISTES CYCLABLES. »

La Revue du Vin de France - - ÉDITO - DENIS SAVEROT di­rec­teur de la ré­dac­tion

Tous les re­por­tages sur les gi­lets jaunes l’ont ra­con­té : sur les ronds-points oc­cu­pés, les hommes et les femmes mo­bi­li­sés ont re­cons­ti­tué une place de vil­lage. À chaque fois, une “ca­hute”, une “cam­buse” ou une “ca­gna” de pa­lettes est sor­tie de terre, où l’on a beau­coup dis­cu­té en se ré­chauf­fant en­semble au­tour d’un bra­se­ro.

Pas be­soin de pré­pa­rer une thèse de so­cio­lo­gie pour sai­sir : ces ca­banes de for­tune rem­placent les “cafés de France” et autres “cafés de l’Ave­nir” dis­pa­rus de nos pe­tites villes et de nos vil­lages. Des lieux d’échanges au­tour d’un verre que n’ont rem­pla­cé, dans la France de la mo­bi­li­té, ni le centre E.Le­clerc et son par­king géant, ni la phar­ma­cie et sa croix verte cli­gno­tante, en­core moins Fa­ce­book.

Les gi­lets jaunes ont évo­qué avec en­thou­siasme les ren­contres et les ami­tiés nées sur ces ronds-points, ras­sem­blant des voi­sins qui ne se voyaient plus. De­puis des lustres, c’est l’au­berge ou le ca­fé qui te­nait ce rôle, avec sa ter­rasse, les lo­tos, les apé­ri­tifs pour l’an­ni­ver­saire du club de pêche, la mise en scène et l’ex­pres­sion des ri­va­li­tés po­li­tiques lo­cales.

Ces creu­sets de vie com­mune ont été li­qui­dés par la prio­ri­té don­née à l’au­to­mo­bile et par le cor­tège de pé­na­li­tés qui lui sont dé­sor­mais as­so­ciées. Par les normes ad­mi­nis­tra­tives aus­si. En France, un hô­tel tra­di­tion­nel ferme chaque jour dans nos pe­tites villes alors qu’il est ren­table. La faute aux normes de sé­cu­ri­té, in­cen­die et han­di­ca­pés qui im­posent de coû­teux tra­vaux que les pro­prié­taires sont in­ca­pables de fi­nan­cer. Un Ibis ou un For­mule 1 en bor­dure d’échan­geur au­to­rou­tier les rem­pla­ce­ra, si ce n’est dé­jà fait.

En re­vanche, goû­tons cette excellente nouvelle : il y a un en­droit où les cafés – on dit dé­sor­mais bar à vins ou cave à man­ger – renaissent : dans le centre de nos grandes villes. Et par­ti­cu­liè­re­ment là où l’on ouvre des pistes cyclables. Pour­quoi ? Parce qu’on peut y al­ler à pied ou à vé­lo. Re­faire le monde ou par­ler po­li­tique au­tour d’une bonne bou­teille de Sau­mur-Cham­pi­gny ou de Mor­gon et re­par­tir à bi­cy­clette sans trem­bler pour ses points de per­mis de conduire est un pri­vi­lège que ré­serve la vie à Pa­ris, à Lyon ou à Bor­deaux. Un plai­sir par­ta­gé, une source de gaie­té. Pour­quoi, d’ailleurs, ne pas en­cou­ra­ger par une po­li­tique pu­blique plus in­ci­ta­tive la ré­ou­ver­ture de cafés convi­viaux dans les pe­tites villes, les cam­pagnes et même les zones pa­villon­naires ? Notre pays y ga­gne­rait.

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