De 1939 à 2009, re­vue gour­mande des mil­lé­simes en 9

Dé­bou­cher un fla­con de son an­née de nais­sance au mo­ment de fê­ter ses 40, 50, 60 ou 70 ans est une réelle émo­tion. Voi­ci quelques pé­pites qui illu­mi­ne­ront ce mo­ment rare.

La Revue du Vin de France - - DÉGUSTATION // - Une dé­gus­ta­tion de Ro­ber­to Pe­tro­nio

Fran­chir le cap d’une dé­cen­nie n’est pas un mo­ment ano­din dans une vie, que ce­la soit pour cé­lé­brer ses 20, 50 ou 80 ans. Le vin de son an­née de nais­sance peut su­bli­mer ce pas­sage en don­nant une lec­ture po­si­tive du temps qui passe. Les an­nées en 9 ont pour ré­pu­ta­tion d’avoir don­né nais­sance à des mil­lé­simes plu­tôt chauds et donc mar­qués par de belles ma­tu­ri­tés. Près de nous, 2009 et 1989 ont conser­vé une très belle ré­pu­ta­tion, tout comme 1949, 1959 et même l’in­at­ten­du 1969. En re­vanche, 1939 n’a pas lais­sé un sou­ve­nir im­pé­ris­sable.

Somp­tueux mon­tra­chet 1939

Nous dé­bu­tons ce dos­sier par le millésime 1939. Une an­née qui évoque plus le dé­but de la Se­conde Guerre mon­diale que la ma­gie des grands vins. Au­tant le dire tout de suite, il n’est pas ai­sé de dé­bus­quer des 1939. Il y a une di­zaine d’an­nées, la mai­son Bou­chard, lors d’une mas­ter class or­ga­ni­sée avant la vente des Hos­pices de Beaune, nous avait conviés pour la dé­gus­ta­tion d’un somp­tueux mon­tra­chet 1939. Nous avons vou­lu ré­ci­di­ver en de­man­dant à la mai­son Chan­son et au do­maine de Cour­cel s’ils pos­sé­daient ce millésime en cave. Hé­las, non ! À Bor­deaux, au châ­teau d’Yquem, il reste bien quelques bou­teilles de 1939, mais trop peu pour que l’on puisse en dé­gus­ter une. Alors que faire ? Mettre le cap sur le Rous­sillon car on ou­blie sou­vent que le vi­gnoble de Ri­ve­saltes re­gorge de pé­pites an­ciennes.

Pour le millésime 1949, si un ries­ling Bee­re­naus­lese du do­maine al­le­mand Egon Mül­ler nous a éblouis il y a quelques an­nées, ici c’est un su­blime cham­ber­tin de la mai­son Le­roy qui nous a en­chan­tés.

Si vous cé­lé­brez vos 60 ans, vous avez de la veine : 1959 est bon à peu près par­tout en France. Dans la Loire, le san­cerre Clos La Néore du do­maine Va­tan vibre en­core sur nos pa­pilles, ain­si que le vou­vray moel­leux Le Mont du do­maine Huet. Le ma­gni­fique ac­cord entre une simple tar­tine au ro­que­fort et un châ­teau­neuf-du-pape 1959 du do­maine Ro­ger Sa­bon réa­li­sé il y a dix ans nous a lais­sé un sou­ve­nir ému. Dé­gus­té à nou­veau en no­vembre der­nier, ce vin phé­no­mé­nal n’a pas pris une ride !

La sen­sua­li­té des 1969

Pour fê­ter vos 50 ans en dou­ceur, nous pen­sions à un mau­ry 1969 du Mas Amiel, un vin doux na­tu­rel somp­tueux, mais cette illustre mai­son n’a pas don­né suite à nos sol­li­ci­ta­tions. Nous avons donc pris la di­rec­tion de Sau­ternes. Dif­fi­cile en ef­fet de ré­sis­ter au charme du Châ­teau Su­dui­raut 1969. Ce millésime ma­jes­tueux est éga­le­ment ma­gis­tral dans le sud de la Vallée du Rhône et éton­nant en Côte d’Or. En té­moignent un châ­teau­neuf-du-pape du Clos Mont-Oli­vet et un meur­sault Pre­mier cru

Ge­ne­vrières du do­maine des Comtes La­fon. Et que dire du co­gnac Pe­tite Cham­pagne 1969 du do­maine Gros­per­rin ? In­ou­bliable !

Pour ceux qui fran­chissent le cap de la qua­ran­taine, ô com­bien dé­ci­sif dans une vie, de belles op­tions sont à sai­sir dans la par­tie sep­ten­trio­nale du vi­gnoble fran­çais avec le millésime 1979. Nous avons en­core en mé­moire un in­tense bâ­tard-mon­tra­chet du do­maine Ra­mo­net, bu il y a plus de quinze ans. La Cham­pagne ré­serve aus­si de belles sur­prises, en par­ti­cu­lier la mai­son Krug et son ex­cep­tion­nel Clos du Mes­nil. Nous avons en­fin pris la route du Ju­ra et du do­maine Macle. « 1979 est un grand millésime à Châ­teau-Cha­lon », confirme Jean Macle, le père de Laurent qui nous a ou­vert un fla­con d’an­tho­lo­gie.

Clos de Vou­geot 1999, un roc !

Avec 1989, nous re­ve­nons sur une réus­site glo­bale en France. Guillaume Se­losse fê­tant ses 30 ans cette an­née, nous sa­vions qu’il y au­rait au do­maine des bou­teilles ré­ser­vées pour l’évé­ne­ment. Nous sommes donc al­lés à Avize, au do­maine Jacques Se­losse, dé­gus­ter deux bou­teilles de cham­pagne 1989, l’une dé­gor­gée quinze jours au­pa­ra­vant, l’autre il y a vingt ans. La ré­pu­ta­tion d’un millésime est sou­vent, très in­jus­te­ment, éta­lon­née sur les vins de Bor­deaux. Si vous op­tez pour cette ré­gion, choi­sis­sez un 1999 is­su de la Rive droite. En Bour­gogne, l’an­née est de grande qua­li­té. Le Clos de Vou­geot taillé dans un roc du do­maine Con­fu­ron-Co­te­ti­dot en at­teste. Dans le Rhône nord, la réus­site est au ren­dez-vous. Le do­maine des Ber­nar­dins pos­sède une belle oe­no­thèque avec presque tous les mil­lé­simes de­puis 1945. Manque de chance, il n’y avait ni 1949 ni 1969, mais un tout jeune mus­cat de Beaumes-de-Ve­nise 1999. Un vin sur­pre­nant par sa com­plexi­té, une ma­nière agréable d’abor­der à 20 ans l’uni­vers pas­sion­nant du vin.

L’élé­gance des pi­nots noirs cham­pe­nois

Pour ter­mi­ner ce tour d’ho­ri­zon, met­tez de cô­té pour les en­fants nés en 2009 des grands vins de Bor­deaux, de Loire, d’Al­sace ou de Bour­gogne. En ce qui nous concerne, nous avons pris le che­min du do­maine Égly-Ou­riet à Am­bon­nay, non pour dé­gus­ter un cham­pagne mais un rouge, un co­teaux-cham­pe­nois que vous pour­rez al­lè­gre­ment mettre face à des Grands crus de la Côte de Nuits.

Bonnes dé­cou­vertes et joyeux an­ni­ver­saire !

Une autre réus­site en 1939

Le mon­tra­chet si­gné Bou­chard, mal­gré la qua­li­té moyenne du millésime, fait briller toutes les qua­li­tés de ce cru d’ex­cep­tion qui a tra­ver­sé les dé­cen­nies sans fai­blir. Voi­ci ce que nous écri­vions sur ce vin en mars 2007 : « Tel un mar­cheur so­li­taire, le mon­tra­chet nous ouvre le che­min de l’ex­cel­lence. Le millésime nous an­nonce plus l’hos­ti­li­té d’une guerre ra­va­geuse que les pré­mices d’une bonne an­née. Un peu ré­ser­vé à l’ou­ver­ture, il re­quiert notre pa­tience pour nous of­frir pro­gres­si­ve­ment toute la no­blesse de son rang. Son bou­quet est somp­tueux, il s’ex­prime par salves suc­ces­sives et, à me­sure qu’il s’aère, son mes­sage se re­nou­velle et s’in­ten­si­fie. Des notes de truffe blanche, de miel et d’épices éveillent nos sens. Une ma­gie ol­fac­tive re­layée par une ma­tière en bouche d’une in­croyable jeu­nesse »

Pour votre an­ni­ver­saire, faites-vous of­frir un ca­deau in­ou­bliable : le millésime de votre an­née de nais­sance.

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