Un gre­nache ca­ta­lan fier comme un pape

Dé­ni­chée par Alexandre Ma, cette cu­vée 100 % gre­nache créée en 2015 au Clos Mo­ga­dor rap­pelle par son aro­ma­tique les grands châ­teau­neufs de Rayas. Jean-Bap­tiste Thial de Bor­de­nave est sous le charme.

La Revue du Vin de France - - DÉBAT AUTOUR D’UNE BOUTEILLE -

Alexandre Ma : Cher Jean-Bap­tiste, je t’ai ap­por­té un mont­sant de Ca­ta­logne, 100 % gre­nache. Je te sais grand fan des gre­naches du style de châ­teau Rayas, et j’ai­me­rais bien avoir tes im­pres­sions sur ce vin du Clos Mo­ga­dor.

J.-B. T. de B. : Un mont­sant du Clos Mo­ga­dor ? Je connais bien sûr ce do­maine my­thique de la fa­mille Bar­bier qui éla­bore no­tam­ment un su­perbe rouge bap­ti­sé Es­pec­tacle. Mais je n’ai ja­mais goû­té cette cu­vée Com Tu…

A. M. : C’est nor­mal. Cette cu­vée est une créa­tion ré­cente. Son pre­mier millésime est 2015. Je l’ai dé­cou­verte par ha­sard chez un ca­viste de Fal­set, dans la pro­vince de Tar­ra­gone où je me rends sou­vent pour mon mé­tier. J.-B. T. de B. : Le ter­roir du Clos Mo­ga­dor est cé­lèbre pour ses sols de schistes, est-on ici sur le même type de ter­roir ?

A. M. : Pas tout à fait. Le vi­gnoble du Clos Mo­ga­dor se trouve en grande par­tie dans le vil­lage de Gra­tal­lops, où le sol est riche en schistes, mais là c’est dif­fé­rent. Les vignes qui donnent nais­sance à cette cu­vée Com Tu sont plan­tées sur la com­mune de La Fi­gue­ra, à 580 mètres d’al­ti­tude. C’est la zone la plus fraîche de l’ap­pel­la­tion Mont­sant. On est ici sur des ar­giles blanche et brune, et du cal­caire blanc. J.-B. T. de B. : Mon cher Alexandre, as­sez par­lé main­te­nant. Goû­tons ce vin ! A. M. : Tu as rai­son. Quand je parle ter­roir, je suis in­ta­ris­sable ! Je te sers.

J.-B. T. de B. : Le nez a beau­coup de pro­fon­deur, c’est un vin as­sez “noir” et, sans le goû­ter, on le de­vine dense et puis­sant. Sa tex­ture so­laire ex­prime bien le cli­mat de sa ré­gion na­tale. Il ne manque ce­pen­dant pas de fraî­cheur. L’at­taque est im­po­sante et, mal­gré son de­gré d’al­cool, je le trouve très di­geste. J’aime sa fi­nale au par­fum flo­ral.

A. M. : Je suis de ton avis, il conserve une belle fraî­cheur. En re­vanche, je ne trouve pas l’at­taque si mas­sive que ça car, jus­te­ment, la mi­né­ra­li­té et la fraî­cheur tem­pèrent son cô­té chaleureux et lui confèrent une grande fi­nesse, même en at­taque. Sur le plan aro­ma­tique, ce­la ne te rap­pelle-t-il pas un cer­tain style de gre­nache ?

J.-B. T. de B. : Je vois où tu veux en ve­nir. Laisse-moi un peu aé­rer le vin dans mon verre… Plus il s’ouvre, plus le ca­rac­tère mentholé et fruits rouges cro­quants, aci­du­lés s’ex­prime en bouche et un cô­té pé­tale de rose ap­pa­raît, ce qui est ef­fec­ti­ve­ment l'un des mar­queurs clas­siques des gre­naches des vins d’Em­ma­nuel Rey­naud à Rayas.

A. M. : Même si ce vin pos­sède une struc­ture plus in­tense, le nez est vrai­ment proche de son style en ef­fet. Mais il faut bien l’aé­rer, je l’ai ou­vert il y a deux heures…

J.-B. T. de B. : Fran­che­ment, à l’aveugle, je n’au­rais pas mi­sé sur un pur gre­nache, mais plu­tôt sur un as­sem­blage gre­nache/sy­rah avec une forte pro­por­tion de sy­rah…

A. M. : Ras­sure-toi, moi non plus je ne l’au­rais pas iden­ti­fié, car sa struc­ture n’évoque pas l’opu­lence et la gé­né­ro­si­té du gre­nache. J’ai ré­cem­ment goû­té un gre­nache qui m’a en­core plus éton­né : le can­no­nau sarde. J.-B. T. de B. : Mais au fait com­bien coûte ce Com Tu ? A. M. : C’est un ex­cellent rap­port qua­li­té/prix. Le ca­viste chez le­quel je l’ai ache­té le pro­po­sait à 35 eu­ros.

« PLUS LE VIN S’OUVRE, PLUS L’AS­PECT MENTHOLÉ ET FRUITS ROUGES CRO­QUANTS S’EX­PRIME. »

Jean-Bap­tiste Thial de Bor­de­nave

Alexandre Ma

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