Elle lègue 2 mil­lions de francs à la SPA

La Ruche - - CHRONIQUES DE LA VIE D,ANTAN -

En 1898, une Al­ti­li­gé­rienne vi­vant à Pa­ris fait don, à sa mort, de deux mil­lions de Francs à la So­cié­té pro­tec­trice des ani­maux.

La sol­li­ci­tude de Ma­de­moi­selle Chos­se­gros pour les bêtes était connue de tous ses voi­sins. Dès 1869, elle s’était fait re­ce­voir membre de la So­cié­té pro­tec­trice des ani­maux et ac­com­plis­sait son rôle en fer vente mo­deste mais sans grand fra­cas. Son uti­li­té aux ani­maux va de­ve­nir beau­coup plus pro­fi­table après sa mort.

Alors que le tout Pa­ris n’avait guère en­ten­du par­ler d’elle, sou­dain son nom va sor­tir de l’ombre. À son dé­cès le 4 jan­vier 1898 à Pa­ris, elle fait de l’ho­no­rable ins­ti­tu­tion son lé­ga­taire uni­ver­sel. Sa for­tune est com­po­sée sur­tout de bi­joux d’une in­croyable ri­chesse. Tré­sor ier et no­taire de la So­cié­té ont vite fait les comptes : une fois pla­cé l’ar­gent va rap­por­ter une rente an­nuelle de 600.000 francs, c’est 30 fois plus que les re­ve­nus ac­tuels de la So­cié­té !

Mais le legs ne peut être exé­cu­té que sous cer­taines condi­tions bien pré­ci­sées dans les tes­ta­ment et co­di­cille olo­graphes dé­po­sés chez Maître Meyne.

La So­cié­té doit d’abord s’ac­quit­ter de 1.000 francs au pro­fit du bu­reau de bien­fai­sance du 9e ar­ron­dis­se­ment et d’un même mon­tant pour les oeuvres L’af­fiche pro­mo­tion­nelle pour la So­cié­té pro­tec­trice des ani­maux (SPA) de 1870.

de Mon­sieur le cu­ré de la pa­roisse de Notre­Da­mede­Lo­rette, sans ou­blier l’en­tre­tien à per­pé­tui­té de la tombe de la dé­funte au Père La­chaise.

Elle sti­pule éga­le­ment que douze nou­veaux postes d’ins­pec­teur doivent ê t re c r é é s. Il s d e v ro n t veiller sur la vie, la sé­cu­ri­té et la paix des ani­maux sans omettre le re­le­vé des in­frac­tions. Dès leur prise de fonc­tions, ils vont se po­si­tion­ner sur la voie pu­blique et sur les mar­chés aux bes­tiaux.

Une rente de 12.000 francs est ins­ti­tuée pour éta­blir des sta­tions « de che­vaux de ren­forts » en des points bien pré­cis de la ca­pi­tale. Ain­si un équi­page, no­tam­ment les che­vaux d’om­ni­bus, qui au­ra quelques dif­fi­cul­tés à fran­chir les côtes ré­per­to­riées se­ra ai­dé dans sa tâche par l’at­te­lage de ces fa­meux ren­forts. Tous les per­son­nels ap­par­te­nant à la So­cié­té et af­fec­tés à ces be­sognes se­ront por­teurs

d’un signe bien dis­tinc­tif : « Legs Ma­rie Chos­se­gros ».

Cent mille francs vont être des­ti­nés à un concours vi­sant à la construc­tion d’une voi­ture emp l oy é e à l’ e n l è v e m e n t im­mé­diat des che­vaux bles­sés ou morts sur la voie pu­blique. La « voi­ture spé­ciale » por­te­ra en lettres bleu « So­cié­té pro­tec­trices des ani­maux », puis « Legs Ma­rie Chos­se­gros » sui­vi de la men­tion « En­lè­ve­ment gra­tuit de jour et de nuit des ani­maux bles­sés sur la voie pu­blique trans­port gra­tuit chez leur pro­prié­taire ».

Vou­lant re­mé­dier dans la me­sure du pos­sible aux hé­ca­tombes jour­na­lières aux­quelles la fourr ière pro­cède, pour évi­ter la rage dans Pa­ris et pour fa­ci­li­ter aux par­ti­cu­liers de re­trou­ver leurs chiens égarés, la do­na­trice exige que la So­cié­té, en ac­cord avec four­rière et la Pré­fec­ture de Po­lice, que les chiens ne soient pas abat­tus avant le dé­lai ré­gle­men­taire de huit jours. Une liste jour­na­lière de chiens per­dus et trou­vés se­ra af­fi­chée au siège de la So­cié­té.

Un an plus tard, alors qu’une messe an­ni­ver­saire est cé­lé­brée à la Cha­pelle du Père La­chaise, la Ville de Pa­ris in­forme ses conci­toyens du legs en fa­veur du bu­reau de bien­fai­sance d u 9 a r ro n d i s s e m e n t . L’ac­cep­ta­tion du legs par le di­rec­teur de l’As­sis­tance pu­blique n’in­ter­vient que le 11 juin 1899. Mais, pa­ra­doxe, la So­cié­té n’a tou­jours pas vu un seul cen­time ! L’As­sis­tance pu­blique sou­haite ré­cu­pé­rer le ma­got ar­guant que les pauvres de Pa­ris étaient plus in­té­res­sants que les vieux che­vaux et les chats aban­don­nés.

Mais la So­cié­té a en­ga­gé les fa­meux ins­pec­teurs qui dé­si­rent tou­cher leur sa­laire. En août 1899, le pré­sident de la SPA, M. Uh­rich, reste très op­ti­miste. Au jour­na­liste de La Croix , il évoque les « pous­seuses au­to­mo­biles, dont le mo­dèle a été soi­gneu­se­ment étu­dié et qui pous­sant les vé­hi­cules en dé­tresse par­der­rière, sou­ la­ge­ront l’at­te­lage et fa­ci­li­te­ront les dé­mar­rages » . Mais cet op­ti­misme se fra­gi­lise lors­qu’il com­plète ses pro­pos par « le dos­sier de notre hé­ri­tage est tou­jours ac­cro­ché et le se­ra peut être en­core long­temps, sou­pe­sé, étu­dié, convoi­té » . Puis il se re­prend : « L’ar­gent qu’on vou­drait nous contes­ter n’est pas un bien pa­tri­mo­nial, c’est bien un ac­quis par une femme que sa fa­mille a je­tée dans la vie à 14 ans, sans plus s’en oc­cu­per… Jus­qu’à sa mort ».

Il faut at­tendre le mois de no­vembre 1900 pour que tombe la dé­ci­sion de justice. Consi­dé­rant que la vo­lon­té de la tes­ta­tr ice n’est pas dou­teuse, le tri­bu­nal or­donne l’exé­cu­tion du fa­meux tes­ta­ment.

À par­tir du 1er mai 1902, le ser vice d’en­lè­ve­ment des che­vaux bles­sés est mis en place tan­dis que l’on inau­gure les sta­tions de ren­fort ré­cla­mées par Ma­de­moi­selle Chos­se­gros.

C’est un suc­cès, les che­vaux de la So­cié­té ont été uti­li­sés 1.454 fois. En sep­tembre de la même an­née deux voi­tures qui sont mises à dis­po­si­tion des che­vaux bles­sés. On pro­jette d’ache­ter deux au­to­mo­biles spé­cia­li­sées pour as­su­rer le trans­port des bêtes ac­ci­den­tées.

Le Pré­fet Lé­pine dé­cide de dres­ser contra­ven­tion pour at­teinte à la li­ber­té de cir­cu­la­tion aux co­chers dont le che­val re­fu­se­rait d’avan­cer et qui, ayant pu user du poste de ren­fort ne l’au­rait pas fait.

Fin juillet 1902, la So­cié­té éta­blit un ta­bleau jour­na­lier por­tant le des­crip­tif fi­dèle de tous les chiens trou­vés et conduits à la four­rière. « Le legs Chos­se­gros » avait trou­vé son apo­théose.

Sa for­tune est com­po­sée de bi­joux d’une in­croyable ri­chesse

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.