Le nau­frage du bac fait 15 morts

La Ruche - - Faits Divers - RAY­MOND CAREMIER

Après le nau­frage meur­trier du bac d’Auzon en 1826, l’idée naî­tra de construire un pont, à Auzon, pour tra­ver­ser l’Al­lier.

■ Lun­di 9 dé­cembre 1826. C’est jour de foire tra­di­tion­nelle à Auzon. Toutes celles et ceux qui veulent y faire du com­merce s’y pré­ci­pitent. C’est à ce­lui qui au­ra la meilleure place. À 9 heures du ma­tin, 600 per­sonnes et 400 vaches étaient pas­sées d’une rive à l’autre de l’Al­lier. À cet en­droit du cours d’eau, les eaux sont fortes, ra­pides et pro­fondes.

Le ba­te­lier en est à son trei­zième pas­sage et ne peut ab­so­lu­ment pas re­ce­voir d’autres pas­sa­gers. Mal­gré son op­po­si­tion, des in­di­vi­dus veulent ab­so­lu­ment com­plé­ter le char­ge­ment avec d’autres ani­maux en dé­pit de l’in­ter­dic­tion qui leur est faite. Les rap­ports de l’époque in­diquent qu’un mar­chand de vaches a char­gé, mal­gré avoir re­çu du ba­te­lier plu­sieurs coups de gaffe, sept vaches grasses.

À six mètres de bord de l’eau, deux vaches chutent et sont re­te­nues à l’avant du ba­teau par les pieds de de­vant. Sur le bac, une par­tie des pas­sa­gers cherche à se­cou­rir les deux bêtes.

Par ce dé­pla­ce­ment sou­dain, le fra­gile équi­libre du bac est rom­pu. L’em­bar­ca­tion se penche vers le de­vant. Dans cette si­tua­tion se crée un mou­ve­ment d’eau qui s’écrase sur le fond du bac, qui pro­voque aus­si­tôt un dé­ but de nau­frage tan­dis que la bride re­te­nue par le câble évite le cha­vi­rage. C’est l’af­fo­le­ment à bord, cha­cun pense à s’ex­tir­per du dan­ger pré­sent. Une pe­tite barque re­liée au ba­teau est pr ise d’as­saut tan­dis que le cha­vi­rage s’exé­cute. Hommes, femmes, en­fants et ani­maux tombent à l’eau.

Des t é m o i n s, q u i p ê ­ chent non loin de là, s’em­pressent à por­ter se­cours. Jean Pri­maire dit « Du­tel » et son fils de 12 ans, Jo­seph Plu­mas­son et son fils de Bras­sa­get sauvent une quin­zaine de per­sonnes. Alors qu’il est en per­mis­sion, Théo­dore Du­lac, of­fi­cier des Gre­na­diers du 26e Ré­gi­ment de Ligne dont la de­meure se trouve proche du lieu, se joint aux sau­ve­teurs. Il se jette à l’eau à plu­sieurs re­prises et sauve plu­sieurs per­sonnes.

Mon­sieur le maire est ra­pi­de­ment pré­sent sur les lieux, tan­dis que les sau­ve­teurs s’af­fairent.

Mo­bi­li­sée, la de­meure de la fa­mille Du­lac re­çoit les res­ca­pés pris en charge par les ha­bi­tants de Lu­geac as­sis­tés par les deux mé­de­cins d’Auzon : mes­ sieurs Va­leix et Dal­bine.

La ca­tas­trophe fait 32 nau­fra­gés. 17 sont sains et saufs. 15 meurent noyés. Tous les ani­maux ont été sau­vés.

À mi­di, la nou­velle est connue dans tous les en­vi­rons. Vite, la bri­gade de gen­dar­me­rie de Brioude, ac­com­pa­gnée de mé­de­cins part à che­val en di­rec­tion d’Auzon pour ten­ter de por­ter as­sis­tance et aide aux sau­ve­teurs. Mais sur­tout, pour prendre les me­sures d’ordre qu’im­pose la si­tua­tion.

En l’ab­sence d’in­for­ma­tions pré­cises, les fa­milles sa­chant la pré­sence d’un de leurs proches à Auzon, se rendent sur les lieux. Hé­las, cer­taines d’entre elles de­vront pro­cé­der à la re­con­nais­sance des corps et as­su­rer les for­ma­li­tés ad­mi­nis­tra­tives.

À bord c’est l’af­fo­le­ment, cha­cun pense à s’ex­tir­per

Un jour de foire à Auzon. Toutes celles et ceux qui y veulent y faire com­merce s’y pré­ci­pitent.

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