Drame au pa­lais de jus­tice d’Is­soire

La Ruche - - Société -

Re­tour sur la sé­pa­ra­tion chao­tique de deux amants qui fi­na­le­ment tourne au drame un jour de sep­tembre 1889 à Is­soire.

■ De­puis le 5 août der­nier, la dame Mar ie M. épouse T. vit sé­pa­rée de son ma­ri, avec le­quel elle ha­bi­tait à Saint­Do­nat. À la suite de cette sé­pa­ra­tion, Ma­rie M. s’était re­ti­rée chez ses pa­rents à Es­pin­chal, et T. de son cô­té ha­bi­tait avec les siens à Our­sières, com­mune de Saint­Pierre­Co­la­mines. Cette sé­pa­ra­tion ne s’était pas faite à l’amiable, tant s’en faut. Il y avait eu dis­putes, rixes.

Il lui plante un cou­teau dans le cou

La preuve c’est que T. était ci­té au­jourd’hui en po­lice cor­rec­tion­nelle pour coups et bles­sures sur les pa­rents de sa femme. Ce­la lui avait été tout par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible, car, à ce que l’on dit, il au­rait écrit à sa femme ou l’au­rait pré­ve­nu que si elle se pré­sen­tait à l’au­dience, il lui fe­rait son af­faire. Mar i e M . s’ é t a i t re n d u e quand même avec ses pa­rents à l’au­dience de ce jour.

O r, u n ins­tant avant l’ou­ver­ture de la séance, elle cau­sait avec ses pa­rents de­vant la porte de la salle, lorsque T. s’est fur­ti­ve­ment ap­pro­ché d’elle par­der­rière et lui a plan­té un cou­teau dans le cou. La mal­heu­reuse est tom­bée en pous­sant un grand cri. Pen­dant que ses pa­rents et les per­sonnes pré­sentes la relevait, les gen­ darmes de ser­vice s’em­pa­raient de T. qui, dans sa pré­ci­pi­ta­tion à fuir, avait pris l’es­ca­lier qui conduit au tri­bu­nal de com­merce au lieu de prendre l’es­ca­lier de sor­ tie. In­utile de dire qu’il a été conduit im­mé­dia­te­ment au par­quet et écroué à la mai­son d’ar­rêt.

Quant à la mal­heu­reuse vic­time, on n’a pu d’abord re­ti­rer l’arme de la plaie. Le doc­teur Sau­vat ap­pe­lé à la hâte, l’a fait trans­por­ter à l’hô­tel Pra­dat. Là, quatre hommes ont suc­ces­si­ve­ment es­sayé de re­ti­rer le cou­teau sans y par­ve­nir ; ce n’est qu’au prix d’un grand ef­fort que le sieur De­laire est en­fin ar­ri­vé. L’arme avait pé­né­tré dans la nuque de sept cen­ti­mètres et de­mi ; la pointe de la lame s’était en­ga­gée dans les ver­tèbres cer­vi­cales. Les soins les plus em­pres­sés ont été pro­di­gués mais son état ins­pire les plus sé­rieuses in­quié­tudes.

An­toine T. a 28 ans. La mal­heu­reuse vic­time n’est âgée que de 21 ans. Elle est en­ceinte de cinq mois. On dit même – mais ce­ci sous toutes ré­serves – que ce se­rait la cause pre­mière de la brouille entre les deux époux, car T. ne se croi­rait pas le père de l’en­fant à naître.

L’arme dont s’est ser­vi T. est un cou­teau en bois, à lame droite d’une très grande so­li­di­té. Se­lon les uns, il l’au­rait ache­té à Es­pin­chal, un jour qu’il était al­lé voir sa femme ; se­lon les autres, chez un cou­te­lier de la ville.

Ma­rie M. est dé­cé­dée le 30 sep­tembre 1889.

Le quai de la gare d’Is­soire.

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