COMMENT RE­TROU­VER LA SÉ­RÉ­NI­TÉ

La 3e édi­tion du Fo­rum Smart Ci­ty Bor­deaux, or­ga­ni­sé par La Tri­bune en par­te­na­riat avec Bor­deaux Mé­tro­pole et le Fo­rum Live in a Li­ving Ci­ty, s’est in­ter­ro­gée sur quatre grands en­jeux : la mo­bi­li­té, le lo­ge­ment, la sé­ré­ni­té nu­mé­rique et l’éner­gie, en prés

La Tribune Bordeaux - - LA UNE -

Re­don­ner l’en­vie aux ci­toyens de vivre en ville, fa­vo­ri­ser la co-construc­tion de pro­jets dans une dé­marche par­ti­ci­pa­tive : ad­jointe au maire de Bor­deaux en charge de l’Éco­no­mie, de l’Em­ploi et de la Crois­sance du­rable, vice-pré­si­dente de Bor­deaux Mé­tro­pole, Vir­gi­nie Cal­mels a in­sis­té sur ces points lors de son in­ter­ven­tion du­rant le 3e Fo­rum Smart Ci­ty Bor­deaux. « Les ci­toyens ne doivent pas être lais­sés de cô­té par cette dé­marche car si­non, ils ne se l'ap­pro­prient pas. On a be­soin de par­ta­ger avec eux pour un dé­ve­lop­pe­ment se­rein », sou­ligne l’élue.

MO­BI­LI­TÉ, UN MO­DÈLE À RÉ­IN­VEN­TER

So­cio­logue, fon­da­teur du ca­bi­net Chro­nos spé­cia­li­sé dans les usages émer­gents dans les villes et les ter­ri­toires, Bru­no Marz­loff pré­sente le contexte : « Nous vi­vons dans une pé­riode de rupture, diag­nos­tique-t-il. Google est le pre­mier ac­teur de la mo­bi­li­té au monde, Ama­zon, le pre­mier pro­duc­teur de mo­bi­li­té au monde, on peut aus­si ci­ter Uber ou Bla­bla­car. Tous se sont af­fran­chis des règles du mar­ché telles qu'elles exis­taient. Co­voi­tu­rage, com­mande à dis­tance, té­lé­tra­vail : les usa­gers aus­si in­ventent. »

Les ini­tia­tives ne manquent pas : Bruxelles a ima­gi­né le code de la rue avec une prio­ri­té aux pié­tons, Os­lo a lan­cé un pro­gramme qui consiste à éra­di­quer la voi­ture par­ti­cu­lière d’ici à 2019. Deux exemples de l’in­ver­sion de la hié­rar­chie des modes de mo­bi­li­té, que re­garde at­ten­ti­ve­ment Pa­ris, où sept places sont en cours de ré­amé­na­ge­ment pour don­ner plus d’es­pace aux pié­tons. C’est le cas à la Na­tion, où in­ter­vient la star­tup bor­de­laise Qu­cit. Le prin­cipe : uti­li­ser la da­ta avant d’en­voyer les bull­do­zers. Qu­cit éva­lue les flux de pié­tons mais va plus loin en me­su­rant leur res­sen­ti sur la place, en te­nant compte de tout leur en­vi­ron­ne­ment : proxi­mi­té de la cir­cu­la­tion, pré­sence d’arbres, de bancs, ni­veau so­nore… : « Nous pro­po­sons un mo­dèle de ma­chine lear­ning contex­tuel, on sort les fac­teurs qui im­pactent le stress, etc. », ex­plique son pré­sident Ra­phaël Cher­rier. Di­rec­teur de la pros­pec­tive, modes de vie et mo­bi­li­té dans les ter­ri­toires du groupe Keo­lis, Éric Cha­rey­ron in­siste sur la né­ces­si­té de com­prendre les at­tentes des dif­fé­rents ter­ri­toires, ajou­tant qu’il existe une cas­sure ter­rible sur l’ap­pé­tence au di­gi­tal en fonc­tion de leur taille. Il s’ap­puie no­tam­ment sur une étude de l’ob­ser­va­toire nu­mé­rique du Cre­doc (Centre de re­cherche pour l’étude et l’ob­ser­va­tion des condi­tions de vie) qui ré­vèle que, certes, 65% des Fran­çais pos­sèdent un smart­phone, mais pos­ses­sion ne veut pas dire usage, ap­pé­tence, ai­sance et en­vie. 40% des gens sont en fait connec­tés en nu­mé­rique 1.0, soit sim­ple­ment pour les vi­déos, la mu­sique, les ré­seaux so­ciaux ou les films, mais pas pour les ap­pli­ca­tions. Seuls 30 à 35% sont à l’aise avec les usages avan­cés, quand 40% en sont to­ta­le­ment ex­clus. Une ana­lyse à la­quelle sous­crit Bru­no Marz­loff, avec tou­te­fois deux bé­mols : pour le so­cio­logue, en deux ans la crois­sance des usages des ap­pli­ca­tions liées à la mo­bi­li­té a été très ra­pide et, par ailleurs, pour as­su­rer cette évo­lu­tion, en­core faut-il que l’offre en ma­tière de mo­bi­li­té soit suf­fi­sante. 16% des ha­bi­tants de ter­ri­toires ru­raux ont le choix entre le vé­hi­cule par­ti­cu­lier et un autre mode de trans­port, contre 80% à Pa­ris. La ques­tion du choix est donc fon­da­men­tale si l’on veut bas­cu­ler vers un autre mo­dèle de mo­bi­li­té, tout par­ti­cu­liè­re­ment hors des métropoles.

DE LA SÉ­CU­RI­TÉ À LA SÉ­RÉ­NI­TÉ NU­MÉ­RIQUE

Moins d’une se­maine après la gi­gan­tesque cy­be­rat­taque qui a fait plus de 200000 vic­times dans 150 pays, la table ronde du Fo­rum Smart Ci­ty Bor­deaux consa­crée à la sé­ré­ni­té nu­mé­rique pre­nait tout son sens. Car, au-de­là de cet évé­ne­ment, les en­jeux ne manquent pas. Alors qu’ex­plosent les usages du nu­mé­rique, le pre­mier dé­fi est dé­jà d’in­ner­ver les dif­fé­rents ter­ri­toires grâce à une in­fra­struc­ture adap­tée. « Le ré­seau 4G touche plus de 90% de la po­pu­la­tion, rap­pelle Ar­naud Lu­caus­sy, se­cré­taire gé­né­ral de TDF. Avec le lan­ce­ment du ré­seau 5G, d'ici 2020, il fau­drait à mi­ni­ma dou­bler les in­fra­struc­tures. » Ce vaste chan­tier va de pair avec un tra­vail cru­cial en ma­tière de sé­cu­ri­té.

« La sé­cu­ri­té des en­tre­prises n'est pas exem­plaire, mais elle avance et, à l'échelle des bou­le­ver­se­ments nu­mé­riques, c'est nor­mal. Il faut re­mettre les ac­teurs en pre­mière po­si­tion face au dé­tour­ne­ment des usages et ces­ser de croire que nous ar­ri­ve­rons à mar­quer la me­nace cy­ber­né­tique à la cu­lotte », af­firme Diane Ram­bal­di­ni, fon­da­trice du ca­bi­net Cros­sing Skills. Sur cette ques­tion, la France a fait le choix de la ré­gle­men­ta­tion, elle est l’un des pre­miers pays à avoir lé­gi­fé­ré sur la mise en sé­cu­ri­té nu­mé­rique de ses opé­ra­teurs d’im­por­tance vi­tale. TDF opte pour des da­ta cen­ters de proxi­mi­té, lo­ca­li­sés en France, ce qui règle aus­si cer­taines ques­tions re­la­tives à la loi du pays sous la­quelle se placent ces mêmes don­nées hé­ber­gées. Orange Bu­si­ness Ser­vices, re­pré­sen­té par sa di­rec­trice de l’ac­ti­vi­té ter­ri­toires in­tel­li­gents Del­phine Wous­sen, a mis en place deux centres cy­ber­né­tiques, es­ti­mant que « la dé­fense, c'est aus­si la ca­pa­ci­té à ré­agir ra­pi­de­ment », ces centres « ob­ser­vant en temps réel 20 mil­liards d'in­for­ma­tions pour le compte de clients ». Se­lon elle, chaque strate dans des sys­tèmes de plus en plus com­plexes liés aux villes in­tel­li­gentes et à l’uti­li­sa­tion de la da­ta doit être sé­cu­ri­sée. Ce qui n’est pas une mince af­faire… Diane Ram­bal­di­ni pré­co­nise de ré­con­ci­lier innovation et pro­tec­tion des don­nées. « Les don­nées foi­sonnent. Il y a eu un chan­ge­ment de pa­ra­digme. Avant, on par­lait de sé­cu­ri­té et au­jourd'hui de sé­ré­ni­té », illustre l’ex­perte en sé­cu­ri­té. Un glis­se­ment sé­man­tique im­por­tant qui doit en­core convaincre le ci­toyen, comme l’ex­plique Alain Tur­by, conseiller dé­lé­gué à la Mé­tro­pole nu­mé­rique à Bor­deaux Mé­tro­pole et vice-pré­sident d’Open da­ta France : « Le consul de Let­to­nie m'a pré­sen­té un sys­tème où toutes les don­nées con­cer­nant chaque ha­bi­tant (iden­ti­té, sé­cu­ri­té so­ciale, dos­sier mé­di­cal…) sont com­pi­lées sur une seule et même carte… Je lui ai dit d'ac­cord, mais en France nous n'y sommes pas en­core. Peut-être parce que nous sommes un pays la­tin, nous éprou­vons de la dé­fiance vis-à-vis du croi­se­ment des don­nées. Mais je pense qu'il y a là aus­si un fait gé­né­ra­tion­nel », a es­ti­mé Alain Tur­by. Don­nées qu’il faut donc stan­dar­di­ser pour qu’elles soient ex­ploi­tables, li­bé­rer pour créer des ser­vices et de la va­leur, sé­cu­ri­ser pour re­trou­ver de la sé­ré­ni­té… « Mais pas trop en­ca­drer sous peine de tuer l'innovation », mar­tèle Ni­co­las Cu­rien, membre du CSA et de l’Aca­dé­mie des tech­no­lo­gies.

ÉNER­GIE ET DON­NÉES, NOU­VEL OU­TIL DES COL­LEC­TI­VI­TÉS

L’ex­ploi­ta­tion de don­nées fiables, dis­po­nibles en grande quan­ti­té et sur des su­jets très pré­cis, change la fa­çon de gé­rer les

Ré­phaël Cher­rier, pré­sident de Qu­cit, est in­ter­ve­nu dans les échanges sur la mo­bi­li­té, lors du Fo­rum Smart Ci­ty Bor­deaux 2017, le 18 mai der­nier.

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