FRAN­ÇOIS MÉDÉLINE : « JE SUIS SÛR QUE GÉ­RARD COL­LOMB PREN­DRA MON RO­MAN AVEC HU­MOUR »

La Tribune de Lyon - - SOMMAIRE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PIERRE SORGUE

Dans Tuer Ju­pi­ter, le ro­man­cier Fran­çois Médéline ima­gine la mort de Ma­cron et son éloge fu­nèbre par Gé­rard Col­lomb. An­cien étu­diant puis en­sei­gnant à Sciences Po Lyon, ex- conseiller po­li­tique pour des par­le­men­taires de la ré­gion, l’écri­vain re­vient avec iro­nie sur son ro­man qui pa­raî­tra dé­but dé­cembre et ses rap­ports avec notre ville.

Comment vous est ve­nue cette idée de faire mou­rir le pré­sident en exer­cice ?

FRAN­ÇOIS MÉDÉLINE : J’étais à quatre pattes dans mon bu­reau en train de pleu­rer sur un dis­cours que je n’ar­ri­vais pas à écrire. J’en avais marre, j’étais sur le point de quit­ter la po­li­tique, un monde de vo­races qui n’est pas fait pour moi. Et j’ai eu cette idée, tuer Ma­cron. Mais la ques­tion était : que faire de ce blas­phème ? J’ai eu tout de suite l’in­tui­tion qu’il était rac­cord avec notre époque, celle des fakes news, du com­plo­tisme, de la so­cié­té du spec­tacle 2.0, celle dans la­quelle on lit en moyenne l’équi­valent de 200 livres par an mais à coup de 140 signes sur les ré­seaux so­ciaux, celle dans la­quelle Trump fait de la po­li­tique étran­gère sur Twit­ter, où Mé­len­chon de­vient un pro­phète po­pu­liste vir­tuel. J’ai in­ven­té ma propre fake new, l’as­sas­si­nat de Ma­cron et une théo­rie du com­plot, avec Amé­ri­cains et Juifs, aus­si gro­tesque que les autres. Dans le livre, Gé­rard Col­lomb joue un se­cond rôle mais im­por­tant. « Gé­gé le tri­card ven­gé par le des­tin » , écri­vez- vous… Tout le monde sait que Gé­rard Col­lomb, long­temps lo­ser au PS, a une his­toire po­li­tique in­croyable et qu’il prend sa re­vanche en mi­nistre d’État. C’est un per­son­nage im­por­tant de la ma­cro­nie, il fut le pre­mier élu so­cia­liste à avoir dé­cro­ché un mi­nis­tère, à mettre son équipe à la dis­po­si­tion de Ma­cron parce qu’il s’est dit « on va gé­rer le pays comme j’ai gé­ré Lyon » , en gros au- de­là des cli­vages po­li­tiques, et qu’il a vu en Em­ma­nuel Ma­cron son fils spi­ri­tuel. C’est le seul qui pleu­rait lors de l’in­ves­ti­ture… Je pense qu’il a été pla­cé à l’In­té­rieur parce que le pré­sident a be­soin d’un fi­dèle ab­so­lu : pour le dire crû­ment, les mi­nistres de l’In­té­rieur savent avec qui couche le pré­sident. En tant que Lyon­nais, j’ai une af­fec­tion par­ti­cu­lière — lyon­naise — pour

« Gé­gé la que­nelle » comme je le sur­nomme dans le livre, mais pas pour sa po­li­tique de mi­nistre. Ce n’est pas un grand ora­teur mais il est ef­fi­cace, ne se­rait- ce que par son cô­té pro­vin­cial loin des élites. Le Col­lomb de mon ro­man est émo­tif et san­guin, il faut qu’il soit cré­dible pour les per­sonnes in­for­mées… Et Ca­rol ine rel it l’éloge fu­nèbre écrit par son ma­ri parce qu’elle a la confiance de Bri­gitte. Je suis sûr que l’an­cien maire pren­dra tout ce­la avec hu­mour… Votre re­marque est pré­ven­tive ? On se sou­vient que vous l’aviez dé­jà mis en fu­reur en ima­gi­nant son en­lè­ve­ment à l’Hô­tel de Ville pour une nou­velle que Tri­bune de Lyon avait pu­bliée… Oui, il pa­raît qu’il était hors de lui et que le ca­bi­net avait me­né l’en­quête du­rant 48 heures pour sa­voir qui était la taupe… Mais bon, dans le ro­man, il pro­nonce l’éloge fu­nèbre de Ma­cron au Pan­théon, comme Mal­raux avait sa­lué Jean Mou­lin : je lui ré­serve un sort qui est loin des quo­li­bets dont, d’après Le Ca­nard en­chaî­né, l’af­fublent d’autres membres du gou­ver­ne­ment qui l’ap­pellent SAS, Son Al­tesse Sé­ni­lisme…

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