Point de vue de Jean- Da­niel Be­ley : la Mé­tro­pole de Lyon est- elle réel­le­ment fa­vo­rable au vé­lo ?

La Tribune de Lyon - - SOMMAIRE -

« Si le ci­toyen cy­cliste com­mence à être en­ten­du, l’au­to­mo­bi­liste reste in­tou­chable. »

JEAN- DA­NIEL BE­LEY, POUR LE COL­LEC­TIF CALUIRE VÉ­LO La Mé­tro­pole de Lyon af­fiche fiè­re­ment son en­ga­ge­ment pour fa­ci­li­ter les dé­pla­ce­ments à vé­lo. Ci­toyen en­ga­gé pour la cause des cy­clistes, Jean- Da­niel Be­ley sa­lue les ef­forts de la col­lec­ti­vi­té en la ma­tière, tout en dé­plo­rant la per­sis­tance de fortes in­éga­li­tés sur le ter­ri­toire.

Pour un vé­té­ran – comme moi – du « vé­lo­taf ’ » sur les sec­teurs Lyon 6e, Lyon 3e et Vi l leur­banne, pas de doute : la si­tua­tion s’est consi­dé­ra­ble­ment amé­lio­rée ! La créa­tion de la Ci­té in­ter­na­tio­nale, et donc la sup­pres­sion d’une au­to­route ur­baine, la ré­ou­ver­ture du parc de la Tête d’or aux vé­los – in­ter­dits de la fin des an­nées 1990 à 2005 – mais sur­tout l’in­tro­duc­tion du Vé­lo’V la même an­née, sont des fac­teurs qui ont fa­vo­ri­sé le re­tour du vé­lo. De­puis cinq ans, le mou­ve­ment s’est ac­cé­lé­ré : le dé­ve­lop­pe­ment des vé­los à as­sis­tance élec­trique, dont l’achat est ai­dé par la Mé­tro­pole, a per­mis de tou­cher une po­pu­la­tion moins spor­tive. Une gé­né­ra­tion de tren­te­naires ac­tifs, com­pre­nant que le vé­lo est plus ra­pide, non pol­luant, plus « apai­sé » , s’est mise au vé­lo. Pour au­tant, ces uti­li­sa­teurs, souf­frant dans une ville en­core do­mi­née par la voi­ture – celle qui roule, mais aus­si celle qui sta­tionne – se sont fé­dé­rés pour faire en­tendre leur frustration. Cette grogne a prog res­si­ve­ment fa i t son che­min jus­qu’aux élus et ser­vices tech­niques de la Mé­tro­pole et de cer­taines com­munes : on trouve main­te­nant des pistes en site propre, par­ta­gées ou des doubles sens cy­clables dans beau­coup d’ar­ron­dis­se­ments de Lyon et à Villeur­banne. Au- de­là du centre, l’amé­lio­ra­tion reste in­égale. On peut al­ler de l’Hô­tel de Ville à Eu­rex­po en site propre, mais on ne peut pas re­joindre le centre de Caluire, le cam­pus d’Écul­ly ou l’Hor­loge de Tas­sin se­rei­ne­ment. La ViaR­hô­na, 815 km d’iti­né­raire cy­clable de Ge­nève à la mé­di­ter­ra­née… passe par le pont de la Mu­la­tière sur une bande d’un mètre de large le long de l’A7, et le sec­teur Lyon – Gi­vors est l’un des pires de tout l’iti­né­raire. Pour­quoi ces dis­tor­sions ? Parce que les cy­clistes ne sont pas pris au sé­rieux par­tout. Cer­tains élus peu sen­sibles à la cause cy­cliste vont uti­li­ser l’ab­sence d’équi­pe­ments sur leur com­mune comme un moyen de crit iquer la Mé­tro­pole – char­gée des tra­vaux de voi­rie – sans pour au­tant faire de de­mande de nou­velles in­fra­struc­tures. Les TCL sont de fa­rouches op­po­sants au vé­lo : au­cune pos­si­bi­li­té de faire du re­port mo­dal vé­lo / trans­ports ur­bains, in­ter­dic­tions de la plu­part des voies bus et tram aux vé­los, conduite agres­sive vis- à- vis des cy­clistes. La Mé­tro­pole est très ti­mide quand il s’agit d’in­ter­dire la voi­ture. « Pas d’éco­lo­gie pu­ni­tive » , a- t- on pu en­tendre ré­cem­ment. Alors que le vé­lo pour­rait être la so­lu­tion lors des épi­sodes de pol­lu­tion de plus en plus fré­quents, les res­tric­tions ( Crit’air) sont ap­pli­quées trop tard, ceux qui ne les res­pectent pas ne sont pas sanc­tion­nés, et il semble qu’au­cun en­sei­gne­ment n’en soit ti­ré une fois que le ni­veau de pol­lu­tion di­mi­nue. Pas d’éco­lo­gie pu­ni­tive, mais pu­ni­tion pour ceux qui res­pirent ! Si le ci­toyen cy­cliste com­mence à être en­ten­du, l’au­to­mo­bi­liste reste in­tou­chable. On n’en­vi­sage pas le com­merce sans l’au­to­mo­bile – on conti­nue à construire des par­kings sou­ter­rains gi­gan­tesques, on laisse le 2e ar­ron­dis­se­ment se gor­ger de voi­tures le sa­me­di, sans se rendre compte que les com­merces bé­né­fi­cie­raient de rues ren­dues aux pié­tons les jours de shop­ping. En­fin, la route se par­tage. Les conduites peu res­pec­tueuses, agres­sives ou fran­che­ment dan­ge­reuses sont cou­rantes. La co­ha­bi­ta­tion de l’au­to­mo­bi­liste an­ky­lo­sé dans sa tonne de tôle, du li­vreur trop pres­sé et du cy­cliste par­fois trop libre est dif­fi­cile et né­ces­site l’ap­pren­tis­sage du res­pect mu­tuel et du par­tage de la voie pu­blique.

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