Mon dé­jeu­ner avec Ch­ris­tophe Collette

La Tribune de Lyon - - L’INVITÉ -

Avant de nous em­me­ner dé­jeu­ner aux En­fants du pa­ra­dis, sa can­tine croix- rous­sienne, Ch­ris­tophe Collette a te­nu à nous faire vi­si­ter les nou­veaux lo­caux du Qua­tuor De­bus­sy,

si­tués dans l’an­cien ap­par­te­ment du di­rec­teur de l’Espe ( ex- IUFM), à cô­té du Clos Jouve. Salle de ré­pé­ti­tion flam­bant neuve, bu­reaux, es­paces pour ac­cueillir des évé­ne­ments, ces lo­caux dé­ni­chés par le maire du 4e Da­vid Ki­mel­feld font la fier­té de l’en­semble 100 % croix- rous­sien. « On a pas­sé 25 ans hé­ber­gé par l’école du Com­man­dant Ar­naud où l’on mon­tait des opé­ras avec les en­fants. Ici, on a un pu­blic fi­dèle. » Entre leurs nou­veaux disques, les dates de concert qui s’en­chaînent et leurs in­ter­ven­tions dans des écoles ou des prisons, on se de­mande où les mu­si­ciens trouvent le temps de tout faire. Entre deux séances pho­tos et à la veille de la pre­mière date avec Ke­ren Ann, Ch­ris­tophe Collette nous ras­sure : « On est le qua­tuor le plus ri­gou­reux dans nos va­cances ! On s’im­pose ré­gu­liè­re­ment des aé­ra­tions car nous pas­sons tout notre temps en­semble. »

Hom­mage aux Beatles. Pen­dant son temps libre, le pre­mier vio­lon — qui a ado­ré Prel­jo­caj à la Bien­nale de la danse — aime al­ler voir du théâtre et de la danse, mais là en­core, la fron­tière entre le plai­sir et le tra­vail est mince. Et si les spec­tacles prennent de plus en plus d’im­por­tance, le qua­tuor met un point d’hon­neur à main­te­nir leur jeu au meilleur ni­veau, eux qui ont en­re­gis­tré l’in­té­grale des qua­tuors de Chos­ta­ko­vitch après que la veuve du com­po­si­teur les ait en­cou­ra­gés en per­sonne tel­le­ment ils jouaient bien ! Mal­gré leur suc­cès, le pre­mier vio­lon, tou­jours les pieds sur terre, s’étonne en­core que cer­tains pro­jets puissent mar­cher. Comme leur concert hom­mage aux Beatles qu’ils don­ne­ront en jan­vier au Ra­diant. « Les De­bus­sy jouent

les Beatles, et c’est dé­jà com­plet ! » Cette an­née, les quatre mu­si­ciens vont se concen­trer sur tous ces pro­jets à faire tour­ner, avant de lan­cer de nou­velles créa­tions pour fê­ter leurs 30 ans en 2020.

que je lui ai en­voyées. C’étaient des ma­chins qui al­laient su­per vite, su­per fort alors qu’il ne cher­chait pas du tout ça. On a mis cinq mois à échan­ger des mor­ceaux avant de trou­ver une porte d’en­trée. Notre réus­site, c’est qu’à la fin il y a une vé­ri­table fu­sion entre les dan­seurs et les mu­si­ciens. Pour moi, un spec­tacle est ra­té lors­qu’on a ai­mé la mu­sique mais pas la cho­ré­gra­phie ou vice ver­sa.

Vous tra­vaillez aus­si avec des chan­teurs de mu­sique ac­tuelle, un mi­lieu où l’on s’at­tend en­core moins à ren­con­trer un qua­tuor de mu­sique clas­sique…

C’est grâce au Pe­tit Bul­le­tin Fes­ti­val et à Marc Car­don­nel qu’on a ren­con­trés Yael Naim, Co­coon et Ke­ren Ann. Avec Yael Naim et Ke­ren Ann, il y a eu une vraie ma­gie, alors on a eu en­vie de conti­nuer avec des disques et des concerts. Nous sommes com­plè­te­ment au ser­vice de l’ar­tiste, mais l’idée, c’est de glis­ser au mi­lieu du concert un peu de mu­sique clas­sique. C’est un moyen de tou­cher un autre pu­blic, de faire chan­ger les a prio­ri des gens qui n’étaient pas ve­nus là pour écou­ter du clas­sique.

Vous pen­sez vrai­ment que vous ar­ri­vez à tou­cher des pu­blics dif­fé­rents ?

Oui, et ça fonc­tionne dans les deux sens. Par exemple en 2010, on a joué Boxe Boxe à Cré­teil. À la fin du spec­tacle, un jeune avec une cas­quette à l’en­vers et un jean troué vient me voir pour me de­man­der le nom du com­po­si­teur de la mu­sique de la der­nière scène, qui était en fait Schu­bert. Il vou­lait al­ler le voir en concert ! Quand je lui ai dit qu’il était mort 250 ans plus tôt, il a été dé­sta­bi­li­sé : il ne pen­sait pas qu’il pou­vait ai­mer de la mu­sique clas­sique. À l’op­po­sé, un an plus tard, la Mai­son de la danse in­vi­tait les clients d’un de leurs par­te­naires, tou­jours pour

Boxe Boxe. Une dame d’un cer­tain âge et d’un cer­tain mi­lieu a consen­ti à ve­nir voir du hip- hop seu­le­ment parce que c’était le Qua­tuor De­bus­sy qui jouait. Mais à la fin, elle s’est le­vée pour ap­plau­dir et vou­lait ab­so­lu­ment sa­luer dan­seurs.

Pa­ral­lè­le­ment aux spec­tacles et à la mu­sique ac­tuelle, vous conti­nuez à don­ner des concerts de mu­sique clas­sique de qua­tuor à cordes. Com­ment trou­vez- vous votre équi­libre ?

Notre point équi­libre il est à la moi­tié. On donne 50 concerts clas­siques par an mais au­jourd’hui, on ne sait plus s’il faut dire concert ou spec­tacle. À la Croix- Rousse, cette an­née, on va jouer Re­quiem, un concert qui ras­semble sous la forme de qua­tuors Les sept pa­roles du Ch­rist en croix de Hay­den et le Re­quiem de Mo­zart. C’est un concert mais on joue par coeur et c’est mis en scène par Louise Moa­ti. On est pieds nus sur de la terre, en­tou­rés de 60 bou­gies, le vio­lon­cel­liste joue cou­ché à un mo­ment pour sym­bo­li­ser la mort. On a en­vie de rendre notre mu­sique vi­suelle car nous vi­vons dans une so­cié­té de l’image. Ça fait 25 ans qu’on tourne et la de­mande du pu­blic a évo­lué. Le concert en deux par­ties où on sa­lue et on ne dit pas un mot, ça n’existe presque plus. Soit on ar­rive à faire évo­luer la re­pré­sen­ta­tion de la mu­sique clas­sique, soit on la met de cô­té.

C’est cette capacité à évo­luer qui a été la clef de votre réus­site ?

Il y a 20 ans, nous avons dé­ci­dé d’évo­luer par convic­tion ar­tis­tique pro­fonde alors qu’au­jourd’hui beau­coup de mu­si­ciens doivent évo­luer par né­ces­si­té éco­no­mique parce que les concerts clas­siques ne tournent plus au­tant. C’est là où notre dé­marche ar­tis­tique nous sauve : elle est tel­le­ment vaste que si un do­maine ne marche pas, il y en a tou­jours un autre qui com­pense.

Vous met­tez éga­le­ment un point d’hon­neur à trans­mettre votre sa­voir- faire. Que vou­lez- vous lé­guer aux jeunes mu­si­ciens ?

J’ai de plus en plus en­vie de lé­guer l’état d’es­prit du qua­tuor De­bus­sy via notre classe de qua­tuor au conservatoire. J’ai au­tant en­vie d’en­sei­gner l’in­ter­pré­ta­tion d’une oeuvre mu­si­cale, que de leur ap­prendre quelle place le mu­si­cien a dans la so­cié­té d’au­jourd’hui, qu’est- ce qu’on at­tend de lui. Beau­coup de jeunes savent par­fai­te­ment jouer de leur ins­tru­ment mais ils ne savent pas où le jouer, à qui le jouer, com­ment on com­mu­nique des­sus… Nos nou­veaux lo­caux à l’Espe ( École su­pé­rieure du pro­fes­so­rat et de l’édu­ca­tion) vont aus­si ser­vir de lieu de trans­mis­sion. Par exemple les jeunes qua­tuors pour­ront uti­li­ser la ga­le­rie pour ap­prendre à jouer pour des sco­laires.

« Le concert en deux par­ties où on sa­lue et on ne dit pas un mot, ça n’existe plus. Soit on fait évo­luer les concerts de mu­sique clas­sique, soit on les met de cô­té. »

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