Point de vue de Di­dier Vul­lierme, ad­joint au maire de Villeur­banne : « Ou­vrons le dé­bat sur la place du can­na­bis dans la so­cié­té fran­çaise »

DI­DIER VUL­LIERME, AD­JOINT AU MAIRE DE VILLEUR­BANNE, EN CHARGE DE LA SÉ­CU­RI­TÉ ET DE LA PRÉ­VEN­TION

La Tribune de Lyon - - SOMMAIRE -

« Nous sommes avec le can­na­bis dans une si­tua­tion sem­blable à celle de la Pro­hi­bi­tion que les États- Unis ont vé­cue dans les an­nées 1930 avec l’al­cool. »

Le 10 dé­cembre der­nier, la Ville de Villeur­banne a lan­cé une consul­ta­tion ci­toyenne pour in­ter­ro­ger la place du can­na­bis dans la so­cié­té. Les contri­bu­tions re­cueillies se­ront réunies dans un livre blanc re­mis au gou­ver­ne­ment au prin­temps. Di­dier Vul­lierme, l’un des por­teurs de ce pro­jet, tient à en ex­pli­quer le fon­de­ment.

Les ci­toyens pour point de dé­part . En juin der­nier, au Luxem­bourg, une pétition a ou­vert le dé­bat sur la dé­pé­na­li­sa­tion du can­na­bis à usage ré­créa­tif et, de­puis, elle a été an­non­cée par le gou­ver­ne­ment du Grand- Du­ché. À Villeur­banne aus­si, ce sont les ci­toyens qui sont à l’ori­gine de notre dé­marche. Au prin­temps der­nier, lors des ren­contres de mi- man­dat, les nui­sances liées au tra­fic de can­na­bis ont été évo­quées, quelques se­maines après l’in­ter­ven­tion d’un groupe d’ha­bi­tants du Ton­kin en conseil mu­ni­ci­pal sur le même su­jet. Les Villeur­ban­naises et Villeur­ban­nais ont fait état d’une réa­li­té : le tra­fic de can­na­bis est de plus en plus vi­sible, ici comme dans d’autres villes, avec ses con­sé­quences sur la tran­qui l l ité pu­blique et sur le lien so­cial. Les élus en pre­mière ligne . Même si ce n’est pas de notre com­pé­tence, c’est à nous, élus de proxi­mi­té, que les ci­toyens de­mandent de ré­gler un pro­blème ma­jeur. Nous agis­sons au quo­ti­dien, aus­si bien en termes de ré­pres­sion que de prévent ion, mais ce­la re­vient à vi­der l’océan à la pe­tite cuillère, comme le disent cer­tains po­li­ciers. Notre pays a la lé­gis­la­tion la plus ré­pres­sive d’Eu­rope et, en même temps, il est par­mi ceux qui comptent le plus grand nombre de consom­ma­teurs de can­na­bis. Les tra­fics qui vont avec et les nui­sances qu’ils en­gendrent sont dé­lé­tères pour le vivre- en­semble là où ils s’ins­tallent parce qu’ils créent de l’in­sé­cu­ri­té et que les ci­toyens ne com­prennent pas que quelque chose d’illé­gal se pro­duise « à vi­sage dé­cou­vert » , dans l’es­pace pu­blic. Il est temps d’ou­vrir le dé­bat au ni­veau na­tio­nal. On ne peut pas res­ter dans l’hy­po­cri­sie ac­tuelle. Com­ment conce­voir que le mi­nistre de l’In­té­rieur dé­plore la hausse de la dé­lin­quance liée au can­na­bis alors que, dans le même temps, le mi­nistre des Fi­nances du même gou­ver­ne­ment in­tègre dans le PIB ( Pro­duit in­té­rieur brut) un mil­liard d’eu­ros pro­ve­nant des re­ve­nus sup­po­sés du can­na­bis ?

Il y a ur­gence à s’in­ter­ro­ger, sans an­gé­lisme ni ta­bou . L’État a- t- il les moyens de main­te­nir cette pro­hi­bi­tion ? C’est- à- dire d’al­louer les moyens de po­lice et de jus­tice né­ces­saires pour la rendre réelle et ef­fi­cace ? Doit- on dé­pé­na­li­ser ? Mais en quoi ce­la ar­rê­te­ra- t- il les tra­fics ? La ques­tion des moyens de po­lice et de jus­tice res­te­ra po­sée. Faut- il lé­ga­li­ser ? Si oui, com­ment, et avec quelles con­sé­quences so­ciales, éco­no­miques et sa­ni­taires ? Dif­fé­rentes ex­pé­riences à tra­vers le monde peuvent éclai­rer notre ré­flexion. Tant qu’il y au­ra consom­ma­tion et pro­hi­bi­tion, il y au­ra tra­fic. Nous sommes avec le can­na­bis dans une si­tua­tion sem­blable à celle de la Pro­hi­bi­tion que les États- Unis ont vé­cue dans les an­nées trente avec l’al­cool. L’État amé­ri­cain y avait mis fin parce qu’elle en­traî­nait plus de nui­sances que de bien­faits. En tant que col­lec­ti­vi­té, nous bri­sons un ta­bou. Pour le mo­ment, nous ou­vrons la marche avec hu­mi­li­té. Notre rôle d’élus lo­caux est de faire en­tendre la voix de nos conci­toyens sur ce su­jet, un peu comme des lan­ceurs d’alerte. Mon sou­hait est de por­ter au gou­ver­ne­ment une contri­bu­tion qui se­ra celle des Villeur­ban­nais à un dé­bat qui doit s’ou­vrir au plan na­tio­nal. Le chef de l’État dans sa der­nière al­lo­cu­tion a dit « vou­loir prendre en compte les de­mandes des ci­toyens et des ter­ri­toires » . Dont acte.

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