La Tribune de Lyon

Mon déjeuner avec Patrick Mazerot

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Patrick Mazerot nous reçoit au siège de L’Appart Fitness, à un jet de pierre de la première salle du groupe, reprise en 1997 rue d’Alsace, à Villeurban­ne, et qui s’appelait alors encore Body Sculpt. Ce qui devait être un déjeuner à L’Empreinte, restaurant villeurban­nais, se transforme en café dans les bureaux du siège de l’entreprise, destiné à subir quelques travaux prochainem­ent. Son agenda d’homme pressé ( il est aussi vice- président du syndicat des clubs de remise en forme) l’a poussé à décaler ce rendezvous au dernier moment. Et même là, il arrive avec un peu de retard, sortant d’une autre interview chez nos confrères de RCF, où il a pu parler religion.

Sportif invétéré. « Je pense m’en être bien sorti ! » , sourit celui qui n’hésite jamais à rappeler ses nombreuses activités sportives passées : VTT, planche à voile, escalade, cheval… Mais aussi chef scout d’où il a retiré la certitude qu’il avait les qualités pour devenir un manager. « J’ai failli être menuisier, paysagiste, récupérate­ur de matériel plastique… » Il n’hésite pas d’ailleurs à se replonger dans son « rétroviseu­r » , sa reconstitu­tion de carrière sur papier réalisée pour les Autodidact­es. Sportif, il l’est devenu sur l’impulsion de ses parents.

« Au lycée Jean Perrin puis aux Maristes,

13. O8.1957

Naissance à Toulon.

1977

Bac chez les Maristes.

1981

Ouvre un magasin de planches à voile à Caluire.

2010

Ouvre la chaîne L’Appart Fitness.

07.2018

Reprise des 50 salles du groupe Amazonia.

Comment passez- vous du lycée à Lyon à l’escalade, puis à la planche à voile ?

Un oncle était revenu des États- Unis avec une planche : je la mets dans la 4L pour aller à Miribel et tenter de la dompter. Un plaisir inouï : le vent, l’eau, le corps… L’impression d’être le surfeur d’argent ! Je suis tombé amoureux. Et je décide d’en faire mon métier, en montant un atelier de réparation puis de fabricatio­n, grande rue de Saint- Clair à Caluire. 750 m ² ! À 22 ans, j’étais ambitieux… Ça a quand même duré 15 ans.

Nous nous trouvons ici justement à côté de votre première salle créée en 1997, au lendemain de la fermeture du magasin de planches à voile… Drôle de rebond !

Je suis vraiment reparti à zéro à 40 ans après le plan de cession de mon magasin. J’avais tout perdu. Pendant un an, j’ai travaillé pour le club Odyssée. J’ai visité les 80 salles et chaque fois, j’ai démocratis­é le fitness qui était alors réservé au body- building, pour l’orienter vers le sport pour tous. En huit jours de portes ouvertes, ils faisaient l’équivalent de deux mois de chiffre d’affaires ! Mais il y avait des dissension­s dans le groupe, je suis parti. Alors, ce premier site rue d’Alsace, je l’ai acheté 350 000 francs avec la caution de mon père et en vendant ma voiture pour constituer le capital social.

Le sport « bien- être » , c’est aujourd’hui une tendance évidente, mais en 1997, on en était loin : qu’est- ce qui vous a mis la puce à l’oreille ?

On était effectivem­ent dans la performanc­e et la compétitio­n, la caste des gros muscles. Même si Véronique et Davina ont fait beaucoup de bien avec leur “Toutouyout­ou”, c’était compliqué d’un point de vue pédagogiqu­e. Ayant pratiqué beaucoup de sports, j’ai vu que mon corps perdait en performanc­e à partir de 30 ans. C’est physiologi­que cette fonte musculaire. Il faut donc s’entraîner, et je m’étais moi- même inscrit au gymnase club de Garibaldi. J’ai vécu le malaise de l’adhérent mal suivi qui n’était qu’une étiquette à “fric”. Je ne pensais pas à l’époque acheter un club de forme, mais ça m’a montré la voie à ne pas prendre. Quand j’ai ouvert ma première salle, j’ai mis en photo des gens normaux, des visuels familiaux. Et là, le premier mois, la salle a fait ce qu’elle réalisait en un an ! J’ai racheté petit à petit les locaux voisins, passant de 700 m ² à 2 300 m ² en moins de six ans.

Mais comment bascule- t- on d’un club à un groupe de 120 salles en six ans ?

J’ai d’abord repris le club Pleine Forme rue de la République. C’est là que j’ai eu l’idée du mot “appart” : j’étais dans un appartemen­t haussmanni­en au deuxième étage, à l’abri, un lieu “à part”. J’ai ensuite repris un deuxième club à Opéra, puis un à Villefranc­he, un à Clermont… Puis on m’a proposé d’aller en franchise, en commençant en région lyonnaise. On est devenus assez forts et ça nous a permis de rayonner avec 30 à 40 clubs.

Et d’entrer en contact avec des investisse­urs… Oui. Je m’entoure des meilleurs, on fait un bilan consolidé, je lève 2,5 millions d’euros en 2016. J’avais à ce moment- là six clubs en propre et une trentaine de franchisés. On m’a alors contacté pour reprendre le groupe Amazonia : 50 clubs et 18 millions de chiffre d’affaires, alors que je faisais huit millions de mon côté ! Je rencontre la société de gestion Amundi, je leur parle de ce projet et on fait une levée de fonds de 15 millions d’euros avec mon fils David, tout en restant majoritair­es. Et aujourd’hui, nous avons 115 salles, dont 35 en propre.

Post- Covid, les salles restent un peu désertées. Vous croyez à un retour des clients ?

Il y a eu un effet rebond freiné par le passe sanitaire. Mais ça va revenir. À condition qu’on propose des offres sans engagement et que l’on propose une applicatio­n qui permette de suivre ses efforts. C’est d’ailleurs notre projet pour cet hiver.

Et vos objectifs de croissance, quels sont- ils ? Une grande partie des indépendan­ts, qui sont 2 000, n’ont pas les moyens de rebondir post- Covid. Une partie nous rejoint pour prendre l’enseigne, une partie nous fait savoir qu’elle cherche à vendre. L’objectif est de passer de 20 à 50 ou 60 nouveaux clubs par an.

Derrière un parcours fait en apparence d’accidents heureux, c’est quand même le sport qui vous a guidé , non ?

Il faut le croire. Éric Cotte, directeur de la CIC Lyonnaise de Banque, est celui qui m’a remis le titre du Coup de coeur. Le nom ne m’était pas inconnu. Je l’avais quitté il y a 35 ans après lui avoir fait un prototype de planche pour aller aux championna­ts d’Europe en vue de se qualifier pour les JO ! Le sport amène des valeurs, un partage, une émotion, sans étiquette sociale. Mon parcours est une succession d’étapes où je me suis enrichi d’expérience­s, échecs ou non, pour gagner au prochain coup.

Vous avez l’impression d’avoir gagné ?

Oui, car je suis heureux. J’ai assuré la transmissi­on, tout en suivant mes valeurs, et la sécurité financière ; et mon fils a amené l’ingénierie nécessaire à cette PME en passe de devenir une ETI. Le message, c’est que rien n’est impossible, que le match ne se gagne jamais tout seul. Il faut avoir l’humilité d’embaucher des gens bien meilleurs que soi ! »

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