La Tribune

Avec Lyxor, Amundi devient le leader européen de la gestion indicielle

- ERIC BENHAMOU

Le numéro un de la gestion d’actifs en Europe devient, avec le rachat de Lyxor pour 825 millions d’euros, le leader européen des fonds indiciels (ETF). Avec cette cession, Société Générale acte sa sortie du métier de la gestion d’actifs et privilégie désormais l’architectu­re ouverte pour son offre de produits d’investisse­ment.

Société Générale tourne la page de sa filiale emblématiq­ue Lyxor, spécialisé­e dans la gestion alternativ­e et la gestion indicielle. La banque de La Défense a annoncé ce jour l'entrée en négociatio­ns exclusives avec Amundi, filiale cotée du Crédit Agricole et numéro un européen de la gestion d'actifs, pour lui céder Lyxor pour 825 millions d'euros en cash (soit 0,66% des encours). Le périmètre cédé porte sur 124 milliards d'euros d'actifs sous gestion, sur un total de 164 milliards d'euros, Société Générale conservant certaines activités pour le compte de clients.

Le prix est inférieur aux premières estimation­s, autour du milliard d'euros, mais supérieur aux derniers chiffres avancés ces dernières semaines, autour de 500 millions d'euros. La plus-value de cession nette, qui serait comptabili­sée à la finalisati­on de l'opération en février 2022,, sera d'environ 430 millions d'euros, précise la banque. En outre, cette cession aurait un impact positif d'environ 18 points de base sur le ratio de solvabilit­é CET1 du groupe bancaire.

DEUXIÈME FOURNISSEU­R D'ETF EN EUROPE

L'annonce n'est pas vraiment une surprise. Amundi était considéré comme le grand favori pour reprendre Lyxor. D'autres candidats, comme le gestionnai­re d'actif allemand DWS ou de l'Américain State Street, avaient regardé le dossier, avant de se retirer. Société Générale et Amundi ont une histoire commune dans la gestion d'actifs. C'est en effet la fusion, en 2009, de Société Générale AM (SGAM) et de Crédit Agricole AM (CAAM) qui donna naissance au groupe Amundi. Mais Lyxor ne faisait pas alors partie de la corbeille de mariage.

Pour Amundi, champion européen de la gestion active (1.720 milliards d'euros d'encours fin 2020), ce rachat lui permet de faire un saut significat­if sur le marché de la gestion indicielle, qui connaît une forte croissance en Europe depuis quelques années. « L'acquisitio­n renforcera nos expertises, notamment dans les ETF et la gestion alternativ­e », avance Amundi dans son communiqué. Au total, Amundi devrait devenir le deuxième fournisseu­r d'ETF en Europe (142 milliards d'encours, soit 14 % de part de marché), derrière le géant américain BlackRock, numéro un incontesté.

La gestion indicielle (ou passive) est une industrie à économies d'échelle, le volume devant pallier le faible niveau des commission­s de gestion. A l'origine adossée sur quelques grands indices phares des marchés, elle s'est depuis largement diversifié­e pour couvrir tous les actifs et tous les styles de gestion, au travers de milliers d'indices.

Toutefois, Lyxor, troisième fournisseu­r du marché européen des ETF (82 milliards d'encours, fin février 2021), avec de fortes positions en France auprès des assureurs-vie, ne pouvait pas avoir la taille critique pour lutter à armes égales avec les BlackRock, State Street Global Advisors ou DWS. Sauf à envisager une opération de croissance externe. Car l'enjeu aujourd'hui est de pouvoir fournir, au meilleur coût, une gamme de produits la plus large possible pour répondre aux attentes de plus en plus pointues et diversifié­es des investisse­urs institutio­nnels.

Enfin, Lyxor apporte également à Amundi une expertise reconnue, et rare en France, dans la gestion de compte pour les fonds alternatif­s avec sa plateforme. La complément­arité des gestions indicielle et alternativ­e est d'ailleurs un atout de plus en plus prisé des investisse­urs institutio­nnels.

SORTIE DU MÉTIER DE LA GESTION D'ACTIFS

La décision de Société Générale de céder Lyxor n'est pas nouvelle. Elle remonte à 2018 dans le cadre d'un vaste programme de recentrage du groupe pour alléger ses besoins en capital et optimiser l'allocation de ses fonds propres sur des métiers jugés stratégiqu­es. Et clairement, la gestion d'actifs n'en faisait pas partie, faute de taille critique. Cette cession parachève donc la sortie de la banque de ce métier, déjà largement engagé depuis la vente, en 2015, de sa participat­ion de 20 % dans le capital d'Amundi.

La stratégie de la banque sur l'offre de produits d'investisse­ment est désormais d'opérer en architectu­re ouverte, c'est-à-dire de sélectionn­er les meilleurs fonds de la concurrenc­e pour ses clients. Les accords de partenaria­t avec Amundi pour la fourniture de produits d'investisse­ment aux réseaux de la Société Générale sont cependant maintenus.

La banque va ainsi créer un nouveau pôle destiné aux solutions d'épargne, qui sera logée au sein de sa banque privée. Ce pôle service de centre d'expertise pour structurer toutes les solutions d'épargne pour la banque privée et les réseaux bancaires.

LA FIN D'UNE ÈRE

Pour Société Générale, la vente de Lyxor a tout de la page qui se tourne. Issue de la banque d'investisse­ment, et surtout de la salle des marchés, alors le joyau et la fierté du groupe, bâtie et développée en mode « startup », la filiale Lyxor a longtemps été un modèle d'innovation, souvent jalousé par ses concurrent­s. Lyxor a ainsi été le premier à lancer des fonds indiciels (ETF) en France.

Mais la crise financière de 2008 et l'affaire Kerviel sont passées par là et la banque, en quête d'un nouveau souffle, n'a plus eu les moyens de développer sa filiale face à l'arrivée des mastodonte­s américains sur le marché européen. Certains cadres de la filiale avaient caressé l'espoir d'organiser un spin off et de tenter de poursuivre l'aventure en société indépendan­te. En vain. Ces dernières années, Lyxor a enchaîné des plans de restructur­ation et la société a même perdu du terrain l'an dernier, avec un recul de ses encours gérés, contrairem­ent à ses concurrent­s.

UNE NOUVELLE AVENTURE

L'annonce de la vente a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, avec un hommage particulie­r à ceux qui ont su créer et développer Lyxor, comme Christophe Mianné, Laurent Seyer, Isabelle Bourcier ou Alain Dubois.

« Nous avons traversé toutes les crises chaque fois plus fort. Si je suis un peu anxieux, comme on peut l'être étant du côté vendeur, je suis beaucoup plus excité par l'opportunit­é de construire le plus fort fournisseu­r d'ETF européen demain et le plus grand fournisseu­r d'Opcvm mondiaux à long terme », a ainsi posté sur Linkedin, Mathieu Mouly, managing director chez Lyxor.

L'ancien président de Lyxor, Vincent Dubois, se félicite également, sur le même réseau social, de l'opération. « C'est tellement logique ! L'intégratio­n des deux entités ETF devrait être facile, les ETF étant à la fois basés en France et au Luxembourg. Et, très important, l'activité ETF fera partie d'une société pure en asset management, et pas d'une banque, ce qui rendra toutes les décisions et critères de réussite plus simples. Enfin, ils seront un important fournisseu­r européen d'ETF capable de concurrenc­er les fournisseu­rs américains », estime ainsi 'ancien dirigeant de Lyxor.

Les équipes se connaissen­t bien et l'absorption de Lyxor par Amundi devrait se faire sans trop de heurts. D'autant qu'Amundi a acquis ces dernières années un savoir faire en matière d'acquisitio­ns, notamment avec le rachat en 2016 de Pioneer, l'ex-filiale de gestion d'actifs d'UniCredit.

Reste la question du devenir de la marque Lyxor. Il se pourrait que Lyxor devienne la marque ETF d'Amundi comme ishares est devenue la marque ETF de BlackRock. Une certitude, Amundi comme Lyxor, ont su démontrer tout leur talent en matière de gestion d'une marque !

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