La Tribune

L’espagnol CAF, coriace adversaire d’Alstom sur le ferroviair­e français, lui rachète son site de Reichshoff­en

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Il fut un temps pas si lointain où Alstom et CAF étaient à couteaux tirés sur le marché français. Aujourd’hui, le français cède à l’espagnol l’un de ses sites les plus importants, par nécessité et dans la sérénité. De fait, même l’inquiétude des salariés de l’usine de Reichshoff­en (Bas-Rhin) est tempérée par de bonnes garanties pour l’avenir du site, telles que la solidité du repreneur espagnol dont le carnet de commandes est bien rempli, et par l’assurance de travailler encore cinq ans pour Alstom, tant en termes d’études que de production industriel­le.

Le constructe­ur français de matériel ferroviair­e Alstom a annoncé ce mercredi qu’il vendait à l’espagnol CAF son usine de Reichshoff­en (Bas-Rhin). Ce site, qui fabrique des trains régionaux Coradia pour le marché français et compte pas moins de 760 salariés, était particuliè­rement important pour le français.

La condition pour devenir 2e mondial et affronter le chinois CRRC

Mais cette cession s’inscrit dans le deal passé en juillet 2020 avec les autorités antitrust européenne­s pour pouvoir fusionner

L’espagnol CAF, coriace adversaire d’Alstom sur le ferroviair­e français, lui rachète son site de Reichshoff­en

avec Bombardier Transport et devenir le numéro deux mondial de la constructi­on ferroviair­e, doublant l’allemand Siemens Mobility, désormais 3e, et derrière le numéro un chinois CRRC. Au passage, Alstom récupère le site Bombardier de Crespin, la plus grosse usine ferroviair­e du Nord. Pour Bombardier, très endetté, il fallait un partenaire solide, et pour Alstom, il fallait absolument se renforcer dans la compétitio­n internatio­nale.

Alstom a bouclé début 2021 l’absorption de son concurrent Bombardier Transport pour un prix estimé de 5,5 milliards d’euros. Dans cette fusion de deux entités de force sensibleme­nt équivalent­e, les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec un chiffre d’affaires cumulé de plus de 15 milliards d’euros et un carnet de commandes dépassant les 75 milliards, le mariage Alstom-Bombardier crée un groupe puissant, capable d’affronter le mastodonte chinois CRRC.

Dans le détail, la cession du site de Reichshoff­en, nécessaire donc pour obtenir le feu vert de la Commission, inclut aussi ses plateforme­s de trains régionaux “Coradia polyvalent” et “Talent 3”, cette dernière étant ”actuelleme­nt développée à Hennigsdor­f, en Allemagne”, a précisé le constructe­ur ferroviair­e dans un communiqué commun avec CAF.

L’entreprise ibérique ”se félicite de cette transactio­n qui lui permettra de poursuivre son développem­ent grâce aux compétence­s et au savoir-faire des sites concernés”. De même source, ”la clôture de la transactio­n est prévue entre avril et septembre 2022”. Le montant exact n’a en revanche pas été divulgué dans l’immédiat.

À Reichshoff­en, le carnet de commandes de CAF séduit les syndicats

Le choix du repreneur ne s’est pas fait tout seul, car deux candidats étaient en lice, un troisième, Hitachi n’ayant pas donné suite. Dans un premier temps, des négociatio­ns exclusives étaient nouées avec Škoda Transporta­tion (homonyme mais sans lien avec la filiale automobile de Volkswagen), mais elles avaient finalement échoué le 31 juillet dernier, FO Métaux dénonçant alors une “situation ubuesque”. La Commission avait alors consenti un délai supplément­aire à Alstom pour trouver un repreneur, lui conseillan­t de reprendre langue avec CAF et Hitachi. Hitachi pas intéressé, c’est l’espagnol CAF, un concurrent contre qui Alstom avait sévèrement bataillé -à domicile !- fin 2019, qui s’était finalement imposé. | Lire: Coup dur pour Alstom, la SNCF choisit l’espagnol CAF pour ses trains intercités

Un choix raccord avec les syndicats de salariés de l’usine de Reichshoff­en qui avaient exprimé leur préférence pour le groupe espagnol par rapport à Škoda, estimant supérieure­s sa ”capacité technique” et son ”assise commercial­e”.

De fait, mercredi, le porte-parole de l’intersyndi­cale CGT/FO/ CFE-CGC de Reichshoff­en, Daniel Dreger, a salué ”une nouvelle qui rassure les salariés”, CAF étant en train de ”gagner beaucoup de contrats et de grignoter des parts de marché (...) Ils ont une charge de travail conséquent­e par rapport à ce que Škoda pouvait nous amener”.

Des syndicats relativeme­nt sereins... mais qui pointent un bémol

”Par ailleurs, il faut savoir qu’Alstom ne nous laisse pas tomber : Alstom nous amène une charge de travail jusqu’à mi-2026, en ce qui concerne les études et la production industriel­le”, a déclaré Daniel Dreger à l’AFP.

Il ajoutait :

”Même après la vente, nous resterons en consortium pour la production des trains Regiolis, notamment à hydrogène, donc le site de Reichshoff­en va continuer à produire les trains Regiolis, dont on attend encore certaines commandes en France”

Il a assorti cette satisfacti­on d’un bémol :

”Bien sûr, il y a de l’amertume de quitter Alstom (...) c’est un groupe de 75.000 personnes, là nous allons rejoindre un groupe composé de 4.500 à 6.000 personnes en Europe”.

Le responsabl­e syndical a également prévenu :

”Tout ce que nous avions obtenu chez Alstom, il faudra batailler chez CAF pour obtenir des accords, et ça ne sera pas une mince affaire.”

(avec AFP)

 ?? ?? Photo d’illustrati­on: des salariés d’Alstom rassemblés pour accueillir en décembre 2016 le président du Sénégal Macky Sall lors de sa visite de l’usine de Reichshoff­en. (Crédits : Reuters)
Photo d’illustrati­on: des salariés d’Alstom rassemblés pour accueillir en décembre 2016 le président du Sénégal Macky Sall lors de sa visite de l’usine de Reichshoff­en. (Crédits : Reuters)
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