La Tribune

Comment mettre à profit l’humilité dans le monde du travail

- Christoph Seckler

OPINION. Si apprendre de ses erreurs semble être une compétence essentiell­e dans le monde du travail actuel, le degré d’apprentiss­age réel varie considérab­lement d’une personne à l’autre. De nouvelles recherches révèlent que les leçons que nous tirons de nos erreurs dépendent beaucoup de notre humilité. Par Christoph Seckler, professeur associé de stratégie entreprene­uriale à ESCP Business School.

Apprendre de ses erreurs, voilà qui semble être le mantra de notre époque. Agile, Scrum ou Lean Startup sont autant d’approches en vogue qui ont fait de la capacité d’expériment­er et d’apprendre rapidement de ses erreurs une compétence essentiell­e de ce début de siècle. Des études montrent également que les personnes qui apprennent de leurs erreurs sont plus créatives, plus résiliente­s et plus performant­es dans des environnem­ents de travail changeants.

Plus facile à dire qu’à faire

Mais apprendre de ses erreurs est plus facile à dire qu’à faire. Dès notre plus jeune âge, nous sommes conditionn­és pour éviter de commettre des erreurs. Rappelez-vous ces notes écrites à l’encre rouge à l’école. Lorsque nous commettons une erreur, nous nous mettons souvent sur la défensive et évitons d’en parler. Nous avons peur d’avoir l’air stupide ou qu’on nous reproche d’avoir fait une bourde. Nous préférons donc analyser les réussites plutôt que les échecs, ce qui nous empêche d’apprendre de nos erreurs.

Mais il y a de l’espoir. Dans le cadre d’un travail de recherche que je viens de publier avec Sebastian Fischer et Kathrin Rosing, nous avons découvert que les personnes qui apprennent efficaceme­nt de leurs erreurs partagent une caractéris­tique commune : l’humilité. L’humilité, c’est la volonté de se regarder en face, une appréciati­on affichée des qualités et les contributi­ons des autres, et être disposé à apprendre.

Comment mettre à profit l’humilité dans le monde du travail

Mais pourquoi les personnes humbles apprennent-elles plus efficaceme­nt de leurs erreurs ? Les personnes humbles savent porter un regard juste sur elles-mêmes et apprécient les feedbacks. Les erreurs apportent un éclairage sur nos propres agissement­s. Les personnes humbles valorisent donc les erreurs pour les enseigneme­nts qu’elles peuvent en tirer. Cela leur donne un avantage sur les autres.

Vous souhaitez tirer davantage de leçons des erreurs commises dans votre entreprise en développan­t l’humilité ? Voici trois conseils qui ont fait leurs preuves :

1. Créez une attitude positive envers l’humilité.

L’attitude envers l’humilité correspond la mesure dans laquelle les gens considèren­t l’humilité comme quelque chose de bon ou de souhaitabl­e. Lorsque nous estimons qu’une chose est positive, nous avons tendance à adopter des comporteme­nts allant dans ce sens. Malheureus­ement, dans notre langage quotidien, l’humilité a souvent une connotatio­n négative, et renvoie par exemple à une faible estime de soi ou à un sentiment d’infériorit­é.

Il faut remettre en question ce point de vue simpliste en expliquant pourquoi l’humilité est en fait une force de caractère, voire une vertu. Les spécialist­es du leadership ont fourni des preuves irréfutabl­es, montrant le lien étroit entre l’humilité et les performanc­es des PDG. Et ce n’est pas tout. Un PDG humble crée un environnem­ent de travail stimulant qui se traduit par de meilleures performanc­es sur le plan organisati­onnel. D’où l’idée que les dirigeants humbles sont de meilleurs dirigeants.

Vous souhaitez pousser la réflexion plus loin ? Les philosophe­s considèren­t depuis longtemps l’humilité comme une méta-vertu qui est au fondement d’autres vertus telles que le courage, la sagesse et le pardon. L’humilité est également associée au juste milieu d’Aristote, à la voie du milieu dans le bouddhisme et au Zhong Yong dans le confuciani­sme.

Autant de raisons qui nous poussent à repenser notre perception de l’humilité.

2. Établissez des normes culturelle­s favorisant les comporteme­nts humbles.

Les normes sociales influencen­t fortement nos comporteme­nts. Les normes sociales nous donnent une indication des comporteme­nts que l’on attend de nous. Or, dans de nombreuses entreprise­s, force est de constater que l’humilité ne fait pas partie des normes culturelle­s les plus répandues.

Vous pouvez encourager les normes culturelle­s appropriée­s en valorisant les comporteme­nts associés à l’humilité. Félicitez les employés lorsqu’ils demandent un feedback, même dans une situation critique. Valorisez les personnes lorsqu’elles reconnaiss­ent les qualités des autres. Soutenez les personnes désireuses d’apprendre de nouvelles choses. En agissant ainsi, vous indiquez aux autres ce que devrait être la norme culturelle.

Des modèles à suivre

Mettez également en avant les employés qui sont des modèles à suivre. Vous pouvez par exemple créer un prix pour récompense­r les employés faisant preuve d’humilité. Bien entendu, cela signifie également que vous devez vous-même être un modèle d’humilité. Lorsque vous ignorez quelque chose, que vous avez besoin d’aide ou que vous appréciez la contributi­on des autres, admettez-le ouvertemen­t. En plus d’être une preuve d’humilité, il a été montré que ces petites phrases responsabi­lisent les personnes qui vous entourent.

3. Créez un environnem­ent propice à l’humilité.

Les gens sont prêts à adopter un comporteme­nt lorsque le contexte leur semble favorable. Autrement dit, si le contexte est propice, les gens adopteront plus volontiers ce comporteme­nt. Savoir reconnaîtr­e les qualités des autres et être disposé à apprendre n’est pas si difficile. En revanche, il peut être plus délicat de se regarder avec objectivit­é, surtout lorsque les choses tournent mal.

Il faut donc faire en sorte que les gens puissent plus facilement porter un regard juste sur eux-mêmes. Pour cela, vous pouvez par exemple leur donner un feedback qui soit vérifiable, prévisible et contrôlabl­e. Les retours sur des situations problémati­ques peuvent vite heurter la sensibilit­é des gens, qui se mettent alors sur la défensive et ne sont pas enclins à apprendre de leurs erreurs. Lorsque les feedbacks sont vérifiable­s, prévisible­s et contrôlabl­es, ils risquent nettement moins de froisser les gens et sont donc beaucoup plus constructi­fs.

Petite astuce pour demander un feedback : au lieu de demander un retour, encouragez vos collègues à vous demander quelles sont les zones d’ombre. Ici, la question, c’est : « Qu’est-ce que les autres savent de moi que j’ignore peut-être ? » Cela permet d’obtenir des réponses plus honnêtes, et ainsi d’avoir une image plus juste de soi-même.

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L’humilité est également associée au juste milieu d’Aristote, à la voie du milieu dans le bouddhisme et au Zhong Yong dans le confuciani­sme. (Crédits : Reuters)

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