Une crise fi­nan­cière dé­sta­bi­lise les états, des dettes pu­bliques énormes donnent aux mar­chés tous les droits. L’eu­rope se ré­vèle in­ca­pable de pro­té­ger sa mon­naie de la spé­cu­la­tion. »

La Tribune Hebdomadaire - - HOLLANDEET­LESMARCHÉS -

der­nier, non pas sur le vo­let dis­ci­pline, qui est né­ces­saire, mais sur le vo­let crois­sance qui fait à l’évi­dence dé­faut. À ceux qui vou­draient faire croire que mon élec­tion ag­gra­ve­rait les choses, je veux rap­pe­ler que la cré­di­bi­li­té du désen­det­te­ment re­po­se­ra d’abord sur la re­prise éco­no­mique. Même le le re­con­naît dans un édi­to­rial dans le­quel il donne rai­son à mon ap­pel à une re­lance concer­tée en Eu­rope. Les agences de no­ta­tion in­sistent aus­si sur ce point : s’il n’y a pas plus de crois­sance d’ici à 2013, les ob­jec­tifs de ré­duc­tion des dé­fi­cits ne se­ront pas at­teints et la France ne se­ra pas la seule en cause.

ce­la est bien beau, mais si l’Al­le­magne re­fuse de re­né­go­cier le trai­té, comment fe­rez-vous ?

L’Al­le­magne peut-elle vivre et être forte dans un environnem­ent qui se­rait dé­sta­bi­li­sé et ané­mié ? Ses brillants ré­sul­tats sur le com­merce ex­té­rieur re­posent en large par­tie sur la crois­sance eu­ro­péenne, même si sa com­pé­ti­ti­vi­té, c’est vrai, lui per­met d’al­ler sur les mar­chés ex­té­rieurs. La zone eu­ro n’a pas les moyens de sup­por­ter une nou­velle crise spé­cu­la­tive ou de dé­fiance. L’in­té­rêt bien com­pris de l’Al­le­magne, comme des autres pays, est de s’as­su­rer, certes, que les dis­ci­plines bud­gé­taires sont bien com­prises et res­pec­tées, mais aus­si de fa­vo­ri­ser une vé­ri­table re­prise eu­ro­péenne sans la­quelle ce pays ne connaî­trait pas de pros­pé­ri­té du­rable.

pro­jet re­pose beau­coup plus sur le le­vier fis­cal que sur les éco­no­mies. C’est pour­tant là-des­sus que les mar­chés vous at­tendent…

Des éco­no­mies, nous en fe­rons. Au­tant que nous fe­rons de nou­velles re­cettes fis­cales. Je de­man­de­rai à la Cour des comptes de réa­li­ser ra­pi­de­ment un au­dit de la si­tua­tion de nos comptes, afin de pro­po­ser, dès le dé­but de l’été, des pistes d’éco­no­mies qui se­ront bien sûr né­ces­saires. Compte te­nu de la fai­blesse ac­tuelle de nos pers­pec­tives de crois­sance, un cer­tain nombre de dé­penses pré­vues dans le bud­get 2012 se­ront ge­lées si né­ces­saire. Nous tien­drons le cap fixé, qui est de ré­duire nos dé­fi­cits pu­blics à 3 % en 2013. C’est la pa­role de la France, je la fe­rai res­pec­ter. Et donc je ne fe­rai pas comme le can­di­dat sor­tant qui, fraî­che­ment élu, est re­ve­nu en juillet 2007 sur la pa­role de la France don­née par son pré­dé­ces­seur Jacques Chi­rac.

mettent en doute votre dé­ter­mi­na­tion en sou­li­gnant qu’il est im­pos­sible de bais­ser les dé­penses pu­bliques sans dou­leur…

Nous le fe­rons dans la jus­tice, sans mettre en cause le pou­voir d’achat des Fran­çais, ni la qua­li­té des ser­vices col­lec­tifs. Les pre­mières dé­penses so­ciales se­ront fi­nan­cées par re­dé­ploie­ment. Il y a trop de dé­penses fis­cales qui n’ont pas at­teint leur ob­jec­tif, as­sez de frais de fonc­tion­ne­ment qui peuvent être im­mé­dia­te­ment di­mi­nués, pour que nous puis­sions dé­ga­ger des éco­no­mies. Mais que l’on ne d’hui, comme Oséo et le Fonds stra­té­gique d’in­ves­tis­se­ment et nous la do­te­rons grâce à un li­vret d’épargne in­dus­trie mis en place à par­tir du li­vret de dé­ve­lop­pe­ment du­rable dont nous dou­ble­rons le pla­fond. Une telle banque pour­rait éga­le­ment col­lec­ter d’autres pro-

Dis­cours du Bour­get, 22 jan­vier 2012. compte pas sur moi pour tou­cher aux pres­ta­tions so­ciales des plus mo­destes. Ce se­rait d’ailleurs un comble qu’on de­mande aux plus pré­caires d’être pri­vés de la so­li­da­ri­té na­tio­nale !

a pour­tant été fait par­tout ailleurs, en Grèce, en Ita­lie et en Es­pagne­en­core ré­cem­ment…

On voit les ré­ac­tions que ce­la sus­cite et l’ab­sence de ré­sul­tat en dé­pit des souf­frances su­bies. Je suis sé­vère à l’égard de la si­tua­tion de la France, mais je ne veux pas la com­pa­rer. La France n’est pas comme l’Es­pagne, dont le gou­ver­ne­ment, di­ri­gé par un ami du can­di­dat sor­tant, af­fronte un taux de chô­mage de 20 % avec des taux d’in­té­rêt de 6 %.

n’em­pêche qu’il y a des dé­fi­cits struc­tu­rels en France. Les­quels sont les plus in­quié­tants ?

Le chiffre le plus pré­oc­cu­pant, c’est ce­lui du dé­fi­cit ex­té­rieur. Soixan­te­dix mil­liards d’eu­ros, c’est le signe d’un grave manque de com­pé­ti­ti­vi­té. Le vrai re­dres­se­ment doit être ce­lui de la pro­duc­tion. Ce­la a été oc­cul­té trop long­temps avec l’aban­don de toute po­li­tique in­dus­trielle. Ce n’est qu’au mo­ment de la mise en place du grand em­prunt qu’une ré­flexion col­lec­tive a pu être me­née sur les en­jeux à long terme ; mal­heu­reu­se­ment les fonds ont trop tar­dé à être li­bé­rés et ne le sont tou­jours pas pour la plu­part. J’éla­bo­re­rai avec le gou­ver­ne­ment un plan de mo­bi­li­sa­tion pour l’offre pro­duc­tive. La banque pu­blique d’in­ves­tis­se­ment en se­ra l’un des ins­tru­ments : nous réuni­rons les ins­ti­tu­tions qui existent au­jour­ duits d’épargne pour in­ter­ve­nir. Nous avons deux atouts en France : l’un est la dé­mo­gra­phie, la jeu­nesse, sur les­quels nous de­vons in­ves­tir ; l’autre le­vier, c’est l’épargne, près de 16 % du PIB. L’en­jeu est de mieux mo­bi­li­ser cette épargne pour l’af­fec­ter aux fi­nan­ce­ments sur le long terme des en­tre­prises.

votre ré­forme fis­cale, les re­ve­nus du tra­vail se­ront taxés comme ceux du ca­pi­tal. Qu’ad­vien­drat-il de l’as­su­rance-vie ou du plan d’épargne en ac­tion ?

Chaque fois que l’épargne est blo­quée sur un temps long et af­fec­tée à un fi­nan­ce­ment d’en­tre­prise, elle doit obéir à un ré­gime par­ti­cu­lier. Donc, son in­dis­po­ni­bi­li­té et son af­fec­ta­tion jus­ti­fient des dis­po­si­tifs tels que l’as­su­rance-vie et le plan d’épargne en ac­tions. Avec un pla­fond, bien sûr.

la taxa­tion des riches, n’y at-il pas un mes­sage d’apai­se­ment à adres­ser aux créa­teurs d’en­tre­prise, qui prennent 100 % du risque ? Ceux­ci pour­raient payer 75 % d’im­pôt sur leurs plus-va­lues, en cas de ces­sion et sont ten­tés par l’exil fis­cal.

La créa­tion d’en­tre­prise est une né­ces­si­té. Nous l’en­cou­ra­ge­rons. Je ré­ta­bli­rai le sta­tut de la jeune en­tre­prise in­no­vante, mo­di­fié à tort. Ce­pen­dant, je ne connais pas beau­coup de créa­teurs d’en­tre­prise ga­gnant plus de 1 mil­lion d’eu­ros de re­ve­nus par an. Il y a ef­fec­ti­ve­ment cette ques­tion de la plus­va­lue. La ces­sion d’une en­tre­prise n’est pas tou­jours sou­hai­table, sur­tout si c’est pour qu’elle soit ra­che­tée par des fonds étran­gers. La banque pu­blique d’in­ves­tis­se­ment sou­tien­dra le dé­ve­lop­pe­ment des en­tre­prises pour les ai­der à gran­dir. Si une ces­sion in­ter­vient mal­gré tout, je rap­pelle qu’il existe en France des mé­ca­nismes de lis­sage des plus-va­lues, tel le mé­ca­nisme du quotient, per­met­tant d’évi­ter une im­po­si­tion confis­ca­toire pour des re­ve­nus ex­cep­tion­nels.

n’em­pêche, les ca­bi­nets d’ex­pa­tria­tion fis­cale se­raient dé­bor­dés de de­mandes de­puis que vous avez an­non­cé un im­pôt à 75 %...

Nous sommes dans un mo­ment ex­trê­me­ment dif­fi­cile, vous m’in­ter­ro­gez sur les ef­forts à exi­ger de ceux qui touchent 1 000 ou 1 200 eu­ros. Dans ce contexte, alors qu’un vé­ri­table pa­trio­tisme éco­no­mique est de mise, ceux qui s’at­tri­buent 1 mil­lion, 2 mil­lions d’eu­ros de re­ve­nus, voire plus, nous me­na­ce­raient de par­tir en exil ? Au­jourd’hui, cha­cun doit com­prendre le sens de l’ef­fort et de la jus­tice qui doit ins­pi­rer notre po­li­tique. Je fais confiance à tous ces chefs d’en­tre­prise qui sont lu­cides. Ils com­prennent bien que l’heure est au ras­sem­ble­ment de tous les Fran­çais au­tour d’une grande cause, le re­dres­se­ment pro­duc­tif. si rien n’est fait, un im­pact né­ga­tif sur la dis­tri­bu­tion de cré­dit, et donc la crois­sance. Il fau­dra que les di­ri­geants eu­ro­péens re­voient ces mé­ca­nismes, sans mettre en cause l’ob­jec­tif de so­li­di­té du sys­tème fi­nan­cier, qui est au coeur de la confiance des dé­po­sants et des épar­gnants.

grande confé­rence so­ciale que vous sou­hai­tez or­ga­ni­ser s’ins­crit dans ce que vous ap­pe­lez le « plan de mo­bi­li­sa­tion pour l’offre pro­duc­tive » ?

Cette confé­rence se tien­dra dé­but juillet. Je pré­sen­te­rai un agen­da so­cial de­vant les par­te­naires so­ciaux et nous re­gar­de­rons ce qui peut être fait pour l’em­ploi des jeunes, ce­lui des se­niors, le contrat de gé­né­ra­tion, la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, l’adap­ta­tion des en­tre­prises, le chô­mage par­tiel, la ré­forme du Smic. Et, bien en­ten­du, puisque ce­la a été fait du cô­té des syn­di­cats, il fau­dra éga­le­ment une ré­forme de la re­pré­sen­ta­ti­vi­té pa­tro­nale.

vous de re­nouer avec des pri­va­ti­sa­tions ?

Non, d’abord ce n’est pas sou­hai­table sur le plan des prin­cipes et en­suite ce n’est pas non plus ren-

[©éric Le­feuvre pour

Le can­di­dat face à l’équipe de La­Tri­bune.

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