« Le fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie va se rap­pro­cher du mo­dèle amé­ri­cain »

La Tribune Hebdomadaire - - HOLLANDEET­LESMARCHÉS - Propos recueillis par Phi­lippe Ma­bille, sé­ve­rine Sol­lier et Ma­thias Thé­pot

pré­sident du di­rec­toire du groupe Banques po­pu­laires-Caisses d’épargne (BPCE).

la tête du groupe Banques po­pu­lai­resCaisses d’épargne (BPCE) de­puis mars 2009, François Pé­rol re­vient pour sur les ré­formes en cours dans le sec­teur ban­caire. Il sou­ligne no­tam­ment les dan­gers de l’ap­pli­ca­tion de la di­rec­tive Bâle III, qui va di­mi­nuer l’offre de cré­dit et obli­ger les en­tre­prises à trou­ver la moi­tié de leurs fi­nan­ce­ments sur les mar­chés. Se­lon lui, les banques fran­çaises sont so­lides. S’agis­sant de la pro­po­si­tion de François Hol­lande de sé­pa­rer les ac­ti­vi­tés ban­caires, il es­time que le mo­dèle an­glais n’est pas trans­po­sable en France, mais que la règle amé­ri­caine peut conve­nir, à condi­tion de lais­ser les banques avoir des ac­ti­vi­tés de mar­ché pour le compte des en­tre­prises.

— L’image des ban­quiers­a beau­coup souf­fert de la crise, sus­ci­tant un fort re­jet de l’opi­nion. Les banques ont-elles suf­fi­sam­ment ti­ré les le­çons de la crise de 2008 ? François Pé­rol

— L’image du sec­teur fi­nan­cier a d’au­tant plus été abî­mée par la crise fi­nan­cière que, dans cer­tains pays, les banques ont coû­té ex­trê­me­ment cher aux contri­buables. Aux états-Unis, le gou­ver­ne­ment est en­core en­ga­gé par l’in­ter­mé­diaire du plan « Tarp »

à hau­teur de 124 mil­liards de dol­lars. En Gran­deB­re­tagne, l’état reste in­ves­ti à hau­teur de 75 mil­liards d’eu­ros dans ses banques. En France, la si­tua­tion est très dif­fé­rente. Les banques ont rem­bour­sé en to­ta­li­té les prêts ac­cor­dés par l’état, les­quels étaient d’un mon­tant beau­coup plus faible qu’aux états-Unis et au Royaume-Uni. Le plan d’aide aux banques n’au­ra donc rien coû­té aux contri­buables, sous ré­serve de l’is­sue du dé­man­tè­le­ment de la banque fran­co-belge Dexia.

vous, les banques fran­çaises n’ont donc pas vrai­ment com­mis d’er­reur ?

Les banques fran­çaises ont com­mis des er­reurs, bien sûr, mais moins que d’autres. Ce­ci est d’ailleurs illus­tré par l’am­pleur des fonds pu­blics in­ves­tis dans les banques en Grande-Bre­tagne et aux états-Unis. Les banques fran­çaises se sont at­ta­chées à cor­ri­ger leurs er­reurs. De­puis 2009, elles ont beau­coup chan­gé. Elles se sont adap­tées à un rythme ex­trê­me­ment ra­pide. Re­gar­dez le groupe BPCE et les chan­ge­ments in­ter­ve­nus en trois ans : le groupe est d’abord beau­coup plus so­lide, avec une aug­men­ta­tion de nos fonds propres durs de 40 % entre juin 2009 et la fin 2011 ; la ges­tion de nos li­qui­di­tés est éga­le­ment beau­coup plus ser­rée qu’elle ne l’était il y a trois ans. Sous son an­cienne forme, en 2008, le groupe était en­ga­gé dans des ac­ti­vi­tés spé­cu­la­tives. Il ne l’est plus au­jourd’hui, car nous avons ar­rê­té les ac­ti­vi­tés pour compte propre. En 2008, le groupe a per­du de l’ar­gent, il est au­jourd’hui ren­table, avec 2,7 mil­liards d’eu­ros de bé­né­fices dé­ga­gés en 2011, dont plus de 75 % sont ré­in­ves­tis en in­terne. En­fin, le groupe BPCE per­dait des clients, il gagne au­jourd’hui des parts de mar­ché sur ses prin­ci­paux mé­tiers.

fait d’être un groupe mu­tua­liste ré­gio­nal vous a-t-il per­mis de mieux tra­ver­ser l’an­née 2011 ?

La force d’un groupe dé­cen­tra­li­sé est de jouer la carte de la proxi- mi­té de fa­çon claire. Notre ac­tion trouve un large écho au­près de nom­breux Fran­çais. Nous de­vons tou­te­fois conti­nuer à ex­pli­quer ce que nous fai­sons et ce que nous sommes : c’est-à-dire un groupe ré­gio­nal avec trente-six Banques po­pu­laires et Caisses d’épargne qui ont cha­cune leur bi­lan et leur compte de ré­sul­tat, et sont ad­mi­nis­trées en ré­gion. Quand une dé­ci­sion de cré­dit est prise, elle l’est vrai­ment au ni­veau lo­cal.

vous les exi­gences de fonds propres de l’Au­to­ri­té ban­caire eu­ro­péenne pour le 30 juin 2012 ?

à la fin de l’an­née 2011, il nous res­tait 700 mil­lions d’eu­ros à trou­ver pour at­teindre les exi­gences de l’Au­to­ri­té ban­caire eu­ro­péenne. Nous se­rons au ren­dez-vous de juin.

à cette pé­riode que va être adop­tée la di­rec­tive trans­po­sant la nou­velle ré­gle­men­ta­tion ban­caire de Bâle II. Que va-t-elle chan­ger pour les banques ?

Ces règles sont né­fastes pour l’éco­no­mie eu­ro­péenne. Tout le pro­blème vient du ra­tio de li­qui­di­té : on de­mande aux banques, pour pou­voir ac­cor­der des cré­dits, de dé­te­nir un ni­veau éle­vé d’ac­tifs li­quides, es­sen­tiel­le­ment des obli­ga­tions d’état, afin de ré­sis­ter à un stress puis­sant. Pour s’adap­ter, les banques ne pour­ront que di­mi­nuer l’oc­troi de cré­dit. Si bien que dans trois ans, l’éco­no­mie eu­ro­péenne se fi­nan­ce­ra à hau­teur de 50 % sur les mar­chés, contre 25 % au­jour­

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