Il y a le choix cou­ra­geux, ce­lui d’une France forte, et puis il y a le choix du pas­sé, ce­lui d’une France faible. »

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - Propos recueillis par Jean-ch­ris­tophe cha­nut, phi­lippe Ma­bille et Francois roche

France forte, pro­cla­mez-vous… Qui peut être contre ! Que re­couvre ce slo­gan au mo­ment où le des­tin de notre pays semble ri­mer avec son dé­clin ?

Ce n’est pas qu’un slo­gan, c’est ma convic­tion pro­fonde. Pen­dant cinq ans, j’ai tout fait pour pro­té­ger les Fran­çais de la crise la plus vio­lente de­puis les an­nées 1930. Et notre pays a te­nu. Pour conti­nuer à pro­té­ger les Fran­çais, il faut faire dans les cinq ans qui viennent les choix qui ren­for­ce­ront notre pays, pas ceux qui l’af­fai­bli­ront. Je tiens un dis­cours de vé­ri­té, quand d’autres conti­nuent de faire le choix de la fa­ci­li­té qu’ils ont fait en 1981 et en 1997. Non seule­ment j’aborde les vrais su­jets, mais je mets en face des pro­po­si­tions concrètes, pour ren­for­cer notre com­pé­ti­ti­vi­té, re­faire de la France une terre in­dus­trielle, ai­der nos PME à se dé­ve­lop­per, amé­lio­rer la for­ma­tion des chô­meurs, chan­ger la po­li­tique com­mer­ciale eu­ro­péenne, re­ve­nir à l’équi­libre des fi­nances pu­bliques. Sur chaque thème, l’al­ter­na­tive est simple : il y a le choix cou­ra­geux, ce­lui d’une France forte, et puis il y a le choix du pas­sé, ce­lui d’une France faible. La ques­tion des retraites l’illustre par­fai­te­ment. Vou­loir faire payer par les sa­la­riés et les en­tre­prises, par des charges so­ciales sup­plé­men­taires, un re­tour en ar­rière sur cette ré­forme, c’est l’in­car­na­tion du choix qui rend la France plus faible. Il y a un choix entre tra­vailler plus ou bien payer plus d’im­pôts. J’ai choi­si la pre­mière so­lu­tion.

pré­pa­rer les es­prits aux chan­ge­ments pro­fonds qui sont à l’oeuvre ?

J’ai écrit une Lettre aux Fran­çais dans la­quelle j’ex­plique pour­quoi nous sommes en­trés dans un monde nou­veau, dans le­quel nous avons la pos­si­bi­li­té de pe­ser, d’être maîtres de notre des­tin, de notre ave­nir. Mais, pour ce­la, il faut ti­rer les le­çons de la crise, re­gar­der le monde tel qu’il est, com­prendre que la France n’est pas seule, qu’on ne peut pas igno­rer ce que font les autres, et sur­tout ce qu’ils ne font pas. Un exemple : peut-on conti­nuer à créer des postes de fonc­tion­naires et à mul­ti­plier les dé­penses pu­bliques sup­plé­men­taires, sans au­cune éco­no­mie, quand tous les pays d’Eu­rope font le contraire ? évi­dem­ment non. Et, après la faillite de la Grèce, et les dif­fi­cul­tés de l’Es­pagne, de l’Ita­lie, du Por­tu­gal, de l’Ir­lande, peut-on dire, comme le can­di­dat so­cia­liste, que si cette po­li­tique ne plaît pas aux mar­chés, il les domp­te­ra? Ce­la ne tient pas la route une se­conde.

voyez-vous évo­luer la France dans dix ans ?

Je veux une terre de pro­duc­tion, et non pas une terre de dé­lo­ca­li­sa­tions. C’est pour ce­la que je veux bais­ser le coût du tra­vail et pa­ral­lè­le­ment conti­nuer notre ef­fort d’in­no­va­tion, car nos en­tre­prises ont be­soin d’être plus fortes sur ces deux ter­rains. C’est pour ce­la éga­le­ment que je veux ai­der les TPE et les PME à gran­dir. La banque de l’in­dus­trie, l’obli­ga­tion faite aux grands groupes d’em­me­ner des PME sous-trai­tantes sur les mar­chés d’ex­port s’ils veulent bé­né­fi­cier des aides pu­bliques, la ré­duc­tion du nombre de normes, le gel des ef­fets de seuil pour trois ans, la sup­pres­sion du pri­vi­lège du Tré­sor, voi­là des me­sures concrètes. Je veux une France dans la­quelle on fait tou­jours le choix qui fa­vo­rise le tra­vail. C’est pour ce­la que je veux ré­for­mer le RSA, pour avoir une so­li­da­ri­té toute en­tière tour­née vers l’em­ploi. Avec 25 % des bé­né­fi­ciaires qui sont au RSA de­puis quatre ans, et 36 % des bé­né­fi­ciaires qui n’ont au­cune ac­ti­vi­té, nous de­vons avoir le cou­rage de dire que ce n’est pas de la so­li­da­ri­té, mais de la ca­pi­tu­la­tion. Je veux une France dans la­quelle, quand on est au chô­mage, on ait un droit à la for­ma­tion et qu’en contre­par­tie on soit te­nu d’ac­cep­ter une offre d’em­ploi pour la­quelle on a été for­mé. Au­jourd’hui, 10 % des chô­meurs sont for­més, c’est une aber­ra­tion. Et je veux une exo­né­ra­tion de charges pour in­ci­ter à l’em­bauche des chô­meurs de plus de 55 ans. En­fin je veux sor­tir de 38 an­nées in­in­ter­rom­pues de dé­fi­cit pu­blic. J’at­tein­drai cet ob­jec­tif en 2016, et j’ai ren­du pu­blic le chif­frage le plus pré­cis ja­mais don­né dans une élec­tion pré­si­den­tielle pour ex­pli­quer comment j’y par­vien­drai.

les cli­vages n’ont été aus­si forts entre riches et pauvres, jeunes et vieux, ceux qui ont un em­ploi et ceux qui n’en trouvent pas. Comment ré­con­ci­lier ces dif­fé­rentes France ?

La crise au­rait pu pro­fon­dé­ment di­vi­ser les Fran­çais. Ce­la n’a pas été le cas, car j’ai sou­hai­té ap­por­ter une aide aux Fran­çais les plus fra­giles, par exemple en 2009 avec la sup­pres­sion d’une par­tie de l’im­pôt sur le re­ve­nu des plus mo­destes. Je pro- pose un pro­jet qui ras­semble les Fran­çais, y com­pris sur les su­jets qui les di­visent. Pre­nez l’Eu­rope : nous ne pou­vons pas res­ter avec une France du oui et une France du non. Mon pro­jet, c’est une Eu­rope qui cesse d’ac­cep­ter des choses que ses par­te­naires re­fusent. Je veux que, comme aux états-Unis, les mar­chés pu­blics soient ré­ser­vés aux en­tre­prises qui pro­duisent en Eu­rope plu­tôt qu’à des pays qui n’ont pas ou­vert les leurs. Je veux qu’une par­tie des com­mandes pu­bliques aille aux PME eu­ro­péennes. Je veux que les fron­tières eu­ro­péennes soient mieux contrô­lées, en don­nant une vraie gou­ver­nance po­li­tique à Schen­gen et en har­mo­ni­sant nos po­li­tiques d’asile et d’im­mi­gra­tion. Pre­nez la mon­dia­li­sa­tion : elle fait des ga­gnants dans notre pays, mais aus­si des per­dants. Je veux ré­con­ci­lier les deux, per­mettre aux pre­miers de sa­tis­faire leurs rêves de grand large et de conquête, per­mettre aux se­conds d’être pro­té­gés dans la mon­dia­li­sa­tion.

du Conseil na­tio­nal de la ré­sis­tance peut-il sur­vivre dans la dé­cen­nie qui vient ?

C’est une ques­tion qu’il faut po­ser à tous ceux qui re­fusent les ré­formes et les éco­no­mies. Où en se­rait la France si elle était res­tée le seul pays d’Eu­rope à n’avoir pas ré­for­mé son ré­gime de retraites? Ce mo­dèle, qui est un hé­ri­tage de la Ré­sis­tance, doit conti­nuer à être le nôtre. C’est notre ré­fé­rence, une par­tie de nous. Mais notre jeu­nesse ne pour­ra en hé­ri­ter, et vivre aus­si bien que ses pa­rents, que si nous avons le cou­rage de faire des ré­formes pour rompre avec 38 an­nées de dé­fi­cit. Qui peut rai­son­na­ble­ment croire que l’as­su­rance-ma­la­die peut conti­nuer à vivre à cré­dit ? En deux ans, j’ai di­vi­sé son dé­fi­cit par deux, et l’équi­libre se­ra at­teint en 2015. Ai-je re­mis en cause ne se­rait-ce qu’un seul des fon­de­ments de l’as­su­ran­ce­ma­la­die ? Non. Y a-t-il moins de mé­de­cins et d’in­fir­mières à l’hô­pi­tal? Non, il y en a plus. Les hô­pi­taux ont-ils moins d’ar­gent ? Non, ils en ont plus, mais leur dé­fi­cit a été ré­duit de 65 %. Ce­la prouve qu’on peut faire des ré­formes et des éco­no­mies sans chan­ger de mo­dèle so­cial. Op­po­ser les deux, c’est le dis­cours clas­sique de ceux qui ne veulent rien faire.

ap­pel di­rec­te­ment au peuple, par ré­fé­ren­dum, pour court-cir­cui­ter les mé­dia­teurs que sont les par­te­naires so­ciaux, n’est-ce pas le plus sûr moyen de conduire à un blo­cage des ré­formes?

Le ré­fé­ren­dum est ins­crit dans notre Cons­ti­tu­tion. On a éten­du son champ d’ap­pli­ca­tion, en 1995, à tout pro­jet de loi por­tant no­tam­ment sur des ré­formes re­la­tives à la po­li­tique éco­no­mique et so­ciale de la Na­tion et aux ser­vices pu­blics qui y concourent. Ce que je veux, c’est rendre la pa­role au peuple sur des su­jets es­sen­tiels, pour les­quels les in­té­rêts par­ti­cu­liers qui s’ex­priment sont très nom­breux et donc la ten­ta­tion de l’im­mo­bi­lisme né­ces­saire­ment forte. La France ne peut pas être forte avec un sys­tème de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle qui conti­nue à fonc­tion­ner comme au­jour­d’hui : nous avons des cen­taines de mil­liers d’offres d’em­ploi non pour­vues et des chô­meurs mas­si­ve­ment ex­clus de la for­ma­tion. Mais en même temps, on parle d’un su­jet qui concerne un grand nombre d’ac­teurs, 35 mil­liards d’eu­ros de fi­nan­ce­ments, et qui contri­bue au fi­nan­ce­ment des par­te­naires so­ciaux. S’il y a blo­cage, je po­se­rai di­rec­te­ment la ques­tion

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