« L’environnem­ent, l’éco­no­mie verte, de la connais­sance et du vieillis­se­ment, sont les pi­liers de la crois­sance fu­ture. »

La Tribune Hebdomadaire - - RÉINVENTER LA FRANCE -

mo­dèles montrent que la Mé­di­ter­ra­née se­ra l’une des ré­gions du monde les plus ­tou­chées par le ré­chauf­fe­ment. Se­lon les mo­dèles les plus op­ti­mistes, les pluies au­ront di­mi­nué de 15 % dans vingt ans sur la rive sud de la Mé­di­ter­ra­née, alors que sa po­pu­la­tion au­ra dou­blé. Et n’oublions pas que rives nord et sud de la Mé­di­ter­ra­née par­tagent le même des­tin.

Roche – Comment af­fron­ter ce pro­blème ? Erik Or­sen­na

– La plu­part du temps, l’eau, qui est la pre­mière prio­ri­té, se classe aux der­niers rangs des prio­ri­tés des bud­gets. En faire une prio­ri­té per­met­trait de ré­soudre la plu­part des pro­blèmes qui se posent.

Ni­co­las Ba­ve­rez

– Il existe un point com­mun entre les ques­tions d’agri­cul­ture et d’environnem­ent. La pre­mière four­nit l’exemple type d’un grand atout fran­çais rui­né par l’idéo­lo­gie de la sub­ven­tion. Dro­guée à la PAC, l’agri­cul­ture française a dé­ser­té les mar­chés. À l’ex­cep­tion de quelques fi­lières comme la vi­ti­cul­ture, qui re­vit en trou­vant de nou­veaux clients dans les pays émer­gents. Pour le reste, nous avons trans­for­mé les pay­sans en jar­di­niers du pay­sage qui vivent de sub­ven­tions des­ti­nées à se ta­rir, en s’étant dé­ta­chés de la pro­duc­tion et des consom­ma­teurs. Le Gre­nelle de l’environnem­ent pré­sente un bi­lan ca­la­mi­teux pour les mêmes rai­sons. La dé­fense de l’environnem­ent a été le pré­texte pour dé­gui­ser des sub­ven­tions à la consom­ma­tion au lieu de construire des fi­lières in­dus­trielles fortes et d’in­ves­tir dans la re­cherche. La fi­lière so­laire a été dé­vas­tée par une mons­trueuse bulle spé­cu­la­tive fa­bri­quée par l’état (56 mil­liards d’eu­ros d’en­ga­ge­ments ac­tua­li­sés). L’état s’est bru­ta­le­ment ren­du compte que ce sys­tème n’était pas viable et a pro­non­cé d’un coup un mo­ra­toire qui a mis en faillite les pro­duc­teurs d’équi­pe­ments so­laires ou éo­liens, à l’image de Pho­to­watt ou Ver­gnet. L’environnem­ent et l’éco­no­mie verte consti­tuent pour­tant, avec la de­mande des classes moyennes du sud, l’éco­no­mie de la connais­sance et celle du vieillis­se­ment, l’un des quatre pi­liers de la crois­sance fu­ture, au­tour des­quels la France pour­rait re­cons­truire son ap­pa­reil pro­duc­tif. Je vou­drais éga­le­ment dire un mot de l’Eu­rope à par­tir de la rive sud de la Mé­di­ter­ra­née. Cha­cun s’ac­corde sur le fait que l’in­té­gra­tion éco­no­mique du Magh­reb consis­te­rait le plus puis­sant des le­viers de dé­ve­lop­pe­ment pour cette ré­gion. Dans le monde qui émerge, où de nou­veaux géants prennent le pas sur d’an­ciennes puis­sances, il est tout aus­si vi­tal de re­lan­cer l’in­té­gra­tion du con­tinent eu­ro­péen. Il s’agit d’un en­jeu vi­tal sur le plan éco­no­mique, puis­qu’une zone mo­né­taire ne peut fonc­tion­ner qu’avec un gou­ver­ne­ment éco­no­mique, une banque cen­trale qui joue un rôle de prê­teur en der­nier res­sort, une so­li­da­ri­té mo­né­taire et une res­pon­sa­bi­li­té bud­gé­taire. Par ailleurs, le grand mar­ché des ser­vices consti­tue une source de crois­sance po­ten­tielle consi­dé­rable. Il faut en­fin re­lan­cer l’Eu­rope de la dé­fense et de la sé­cu­ri­té, à l’heure où les états-Unis se re­tirent du con­tinent comme de l’Afrique et, dans une cer­taine tête. En­fin, pour lut­ter contre les po­pu­lismes et don­ner un nou­veau souffle à la ci­toyen­ne­té, il fau­dra faire vivre la dé­mo­cra­tie dans la zone eu­ro de fa­çon beau­coup plus in­tense et di­verse qu’au­jourd’hui. L’Eu­rope de­meure pour la France une des clés de son re­dres­se­ment et de son ave­nir. Dans ce monde de risques sys­té­miques à la re­cherche d’ins­ti­tu­tions et de règles, elle consti­tue la pre­mière en­ti­té his­to­rique dont l’in­té­gra­tion est fon­dée sur le mar­ché, la li­ber­té et la paix, et non l’op­pres­sion et la force ar­mée. C’est un mes­sage qui dé­passe le con­tinent pour s’adres­ser à tous les grands pôles de la mon­dia­li­sa­tion. me­sure, du Moyen-Orient. De la même fa­çon, les éner­gies re­nou­ve­lables en Eu­rope ont pour com­plé­ment idéal le gaz, et no­tam­ment le gaz russe, alors que la Rus­sie ne peut échap­per au sta­tut vul­né­rable d’émi­rat pé­tro­lier qu’en ac­cé­dant aux tech­no­lo­gies eu­ro­péennes. Voi­là au­tant de voies pour re­lan­cer l’in­té­gra­tion du con­tinent ­eu­ro­péen. Si nous n’évo­luons pas, la France ne fe­ra plus par­tie des dix pre­mières puis­sances éco­no­miques du monde dès 2020, voire avant. Le Bré­sil, ac­tuel­le­ment sixième, nous ta­lonne et de­vrait nous dé­pas­ser ra­pi­de­ment. À moyen terme, il faut que les pays eu­ro­péens ex­cé­den­taires consentent un sou­tien à la de­mande, comme le fait d’ailleurs l’Al­le­magne au­jourd’hui, pour ac­com­pa­gner l’ef­fort d’ajus­te­ment des pays dé­fi­ci­taires, France en

Erik Or­sen­na

– Je suis en­tiè­re­ment d’ac­cord avec cette ana­lyse, de même qu’avec l’idée se­lon la­quelle il faut tout faire pour fa­vo­ri­ser l’in­té­gra­tion du Magh­reb. L’agri­cul­ture et l’environnem­ent consti­tuent en ef­fet deux su­jets voi­sins. On ne peut pen­ser l’environnem­ent que comme une me­nace car il s’agit d’un be­soin. Or, tout be­soin re­pré­sente une op­por­tu­ni­té.

– Les Chi­nois l’ont bien com­pris et ont conquis une po­si­tion de lea­der dans de nom­breuses tech­no­lo­gies vertes clés.

– L’agri­cul­ture consti­tue un atout ma­jeur pour la France, au moins au­tant que le tou­risme. Le dé­fi agri­cole mon­dial n’est nul­le­ment ré­so­lu. La vo­la­ti­li­té des cours est sans doute un peu ac­crue par les mar­chés fi­nan­ciers, mais il existe sur­tout une forte ten­

Ni­co­las Ba­ve­rez

Erik Or­sen­na

sion entre l’offre et la de­mande, ce qui place le mar­ché agri­cole à la mer­ci de tous les évé­ne­ments, cli­ma­tiques ou po­li­tiques…

Ma­bille – La France est le seul pays qui a in­tro­duit le prin­cipe de pré­cau­tion dans sa Cons­ti­tu­tion. Erik Or­sen­na

– La pré­cau­tion, c’est la moindre des choses, mais était-il utile d’ins­crire « la moindre des choses » dans la Cons­ti­tu­tion ? Quant à l’in­ter­dic­tion de la re­cherche, ce prin­cipe consti­tue sur­tout un grave pé­ché contre l’in­tel­li­gence et contre l’ave­nir.

– Le prin­cipe de pré­cau­tion peut se trou­ver dans l’ordre ju­ri­dique, puis­qu’un État de droit re­pose sur la conci­lia­tion de prin­cipes contra­dic­toires. Pla­cer le prin­cipe de pré­cau­tion au-des­sus de tous les autres, dans la Cons­ti­tu­tion, est évi­dem­ment une faute ju­ri­dique, po­li­tique et mo­rale.

Ni­co­las Ba­ve­rez

Roche – Ré­su­mez-nous en une phrase « la France qu’on vou­drait ». Erik Or­sen­na

– La France qu’on vou­drait est plus juste, et n’a plus peur.

– Il s’agi­rait pour moi d’une France ou­verte sur le monde du siècle, fille aî­née d’une li­ber­té mo­dé­rée et d’une fra­ter­ni­té as­su­mée.

Ni­co­las Ba­ve­rez

La France qu’on vou­drait est une France plus juste et qui n’a plus peur ! »

[© éric le­feuvre pour

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