« La po­si­tion de l’al­le­magne sur la BCE et sur son rôle in­dé­pen­dant est connue. Elle est connue à Pa­ris », pré­ci­set-on à Ber­lin.

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE -

Pour l’Al­le­magne, le sens de l’his­toire est bien dif­fé­rent de ce­lui que pré­tend faire dé­sor­mais em­prun­ter à l’Eu­rope le can­di­dat Sar­ko­zy. Dans son es­prit, si la zone eu­ro veut être viable, elle doit adop­ter les prin­cipes de l’or­do­li­bé­ra­lisme qui ont fait le suc­cès de la RFA des an­nées 1950 et 1960 : un État dis­cret, une po­li­tique sa­la­riale me­su­rée, une po­li­tique bud­gé­taire stricte et une banque cen­trale in­dé­pen­dante et fo­ca­li­sée sur la seule po­li­tique mo­né­taire et la lutte contre l’in­fla­tion. Ni­co­las Sar­ko­zy avait adop­té cette Wel­tan­schauung (cette « vi­sion du monde ») lors­qu’il avait ac­cep­té le trai­té bud­gé­taire pro­po­sé par Ber­lin. Ce trai­té est la deuxième ten­ta­tive de Ber­lin pour faire de l’Union éco­no­mique et mo­né­taire une zone de com­pé­ti­ti­vi­té à l’al­le­mande où cer­tains pays cessent d’ap­puyer leur crois­sance sur la de­mande in­té­rieure sub­ven­tion­née par l’État. En ren­for­çant les règles bud­gé­taires grâce à ce nou­veau trai­té, on im­po­se­ra une baisse des dé­penses ou une hausse des taxes sur la consom­ma­tion dans les pays les moins com­pé­ti­tifs, dont la France. La lo­gique de ce trai­té est donc in­com­pa­tible avec une BCE « sou­te­nant la crois­sance ». Car, si la BCE sou­tient la crois­sance par la planche à billets ou le ra­chat mas­sif de titres d’État, alors les ef­forts de conso­li­da­tion bud­gé­taires de­vien­dront in­utiles. On fa­vo­ri­se­ra les dé­fi­cits bud­gé­taires au lieu de les com­battre et l’on crée­ra une dan­ge­reuse spi­rale in­fla­tion­niste. Le 9 dé­cembre der­nier, ce­la al­lait de soi pour «M er­ko­zy ». C’était du reste le prix à payer pour sau­ver l’eu­ro. Il est im­pos­sible au­jourd’hui de pré­tendre vou­loir conser­ver la mon­naie unique et de mo­di­fier le rôle de la BCE. Ja­mais l’Al­le­magne ne to­lé­re­ra de re­ve­nir sur l’in­dé­pen­dance stricte de cette ins­ti­tu­tion qui était une condi­tion non dis­cu­table lors de la créa­tion de la mon­naie unique. Elle pré­fé­re­ra alors sor­tir de la mon­naie unique. Pour deux rai­sons : le trau­ma­tisme de la grande in­fla­tion, évi­dem­ment, qui est tou­jours plus fort outre-Rhin que ce­lui de la po­li­tique dé­fla­tion­niste des an­nées 1930, mais aus­si la vo­lon­té de ne pas de­ve­nir la « vache à lait » des pays les moins com­pé­ti­tifs. Du coup, le fos­sé entre les deux an­ciens pro­me­neurs de Deau­ville ne cesse de se creu­ser. « La po­si­tion de l’Al­le­magne sur la BCE et sur son rôle in­dé­pen­dant est connue. Elle est éga­le­ment connue à Pa­ris et elle est in­chan­gée de­puis long­temps » ,a rap­pe­lé le porte-pa­role du gou­ver­ne­ment al­le­mand, lun­di 16 avril. Au­tre­ment dit : nous, nous ne changeons pas et nous sommes co­hé­rents. Comment l’Al­le­magne pou­vait- de po­li­tique in­té­rieure, c’eût été fort dan­ge­reux car, au sein même de son par­ti, on est très sen­sible aux cri­tiques de la Bu­ba. Et l’on n’ac­cep­te­ra pas de tou­cher à l’in­dé­pen­dance de la po­li­tique mo­né­taire. Or, et c’est la clé de ce sui­cide de «M er­ko­zy », comme son an­cien ami, An­ge­la Mer­kel veut conser­ver sa place après les élec­tions de sep­tembre 2013. Sa seule chance de de­meu­rer chan­ce­lière re­pose ac­tuel­le­ment sur deux pi­liers : elle doit ne pas être contes­tée dans son camp et, compte te­nu de la nou­velle géo­gra­phie po­li­tique al­le­mande et de la mon­tée des « pirates », elle doit ne pas heur­ter les So­ciaux-dé­mo­crates afin de re­cons­ti­tuer une « grande coa­li­tion » dont elle pren­drait la tête. On com­prend que, dé­sor­mais, la vic­toire de Ni­co­las Sar­ko­zy n’est plus aus­si im­pé­ra­tive pour elle que voi­ci deux mois. Au contraire, en désa­vouant les ro­do­mon­tades du can­di­dat UMP, elle montre de la bonne vo­lon­té du cô­té du SPD et af­fiche sa fer­me­té or­do­li­bé­rale vis-à-vis de son propre camp. L’hôte de l’Ély­sée n’est dé­ci­dé­ment plus un atout pour la lo­ca­taire de la chan­cel­le­rie. Et «Mer­ko­zy » ap­par­tient dé­sor­mais à l’his­toire. Sauf, évi­dem­ment, en cas de ré­élec­tion de Ni­co­las Sar­ko­zy…

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