Ra­fale : les es­poirs dé­çus de Ni­co­las Sar­ko­zy

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE - Mi­chel Ca­bi­rol

Ni­co­las Sar­ko­zy ne ven­dit pas le Ra­fale sous son quin­quen­nat. Ce­la au­ra pour­tant été l’un de ses dé­fis ma­jeurs. Une ob­ses­sion dé­clen­chée par l’échec du Ra­fale au Ma­roc qui a pré­fé­ré ache­ter, à l’au­tomne 2007, des F16 amé­ri­cains. Un vé­ri­table af­front pour le nou­veau pré­sident qu’il était… Ni­co­las Sar­ko­zy s’est bat­tu jus­qu’au der­nier mo­ment pour convaincre les Émi­rats arabes unis de si­gner un contrat dans le cou­rant du pre­mier tri­mestre 2012. En vain. Une vi­site pré­si­den­tielle avait été pro­gram­mée en fé­vrier, puis en mars. Il était prêt à sau­ter dans un avion pour si­gner à Abu Dha­bi cette com­mande de 60 ap­pa­reils. Mal­gré les re­la­tions pri­vi­lé­giées en­tre­te­nues avec ce pays, il n’a pas ob­te­nu, en re­tour, le contrat tant es­pé­ré… Pour vendre le Ra­fale, le pré­si­dent­can­di­dat a tout ten­té. Y com­pris en le pro­po­sant au Ko­weït ou à Oman, où il avait peu de chance de réus­sir. Ces deux pays, sous forte in­fluence amé­ri­caine pour l’un, bri­tan­nique pour l’un, n’avaient au­cune

marge de ma- noeuvre pour s’of­frir un avion com­pé­ti­tif. Le pré­sident a même ten­té de le pla­cer au co­lo­nel Kadhafi, lorsque ce der­nier est ve­nu à Pa­ris en 2007… Au Bré­sil, le pré­sident Lu­la avait pro­mis de sé­lec­tion­ner le Ra­fale (36 ap­pa­reils) peu avant son dé­part, en dé­cembre 2010. Au fi­nal, Lu­la n’a pas te­nu pa­role. Pour­quoi ? Mys­tère. Des ru­meurs de ré­tro­com­mis­sions ont pla­né, avec la pré­sence de cer­tains in­ter­mé­diaires fran­çais, qui ap­pa­raissent au­jourd’hui dans des af­faires sul­fu­reuses au­tour du pré­sident de la Ré­pu­blique. Et pour­tant, en sep­tembre 2009, Ni­co­las Sar­ko­zy y croyait. Avant de s’en­vo­ler vers Bra­si­lia pour une vi­site de 48 heures, le chef de l’État sen­tait le suc­cès à por­tée de main, même si les Bré­si­liens res­taient très pru­dents sur une éven­tuelle an­nonce. « Le lien af­fec­tif qui unis­sait les deux pré­si­dents pou­vait lais­ser croire que tout était pos­sible», as­su­rait-on alors. À l’is­sue du dî­ner

res­treint of­fert à Bra­si­lia par Lu­la, Ni­co­las Sar­ko­zy re­tourne voir, tard dans la soi­rée, la dé­lé­ga­tion ély­séenne et celle de Das­sault Avia­tion, dont le PDG Charles Edel­stenne, pour leur de­man­der de re­tra­vailler avec les Bré­si­liens la pro­po­si­tion française. «I l faut battre le fer tant qu’il est chaud», exige-t-il. Les équipes tra­vaille­ront jus­qu’à l’aube pour ar­rê­ter, vers six heures du ma­tin, l’offre qui va convaincre les Bré­si­liens. Bous­cu­lés, ces der­niers ne peuvent plus re­fu­ser. «N ico­las Sar­ko­zy a les­si­vé toute la dé­lé­ga­tion française », se rap­pelle-t-on. Et, pour­tant, ce se­ra l’échec. En Suisse, Berne n’avait guère ap­pré­cié les propos de Ni­co­las Sar­ko­zy lors du G20 à Cannes lors­qu’il avait dé­non­cé les « dé­fi­ciences » dans les ef­forts de la con­fé­dé­ra­tion pour ne plus être consi­dé­rée comme un pa­ra­dis fis­cal. Of­fi­ciel­le­ment, la Suisse a jus­ti­fié son choix du Gri­pen sué­dois par des consi­dé­ra­tions bud­gé­taires, l’offre du Ra­fale étant es­ti­mée su­pé­rieure d’un mil­liard d’eu­ros… C’est en Inde qu’une is­sue heu­reuse semble la plus proche. Se­lon le chef d’état­ma­jor de l’ar­mée de l’air in­dienne, les né­go­cia­tions de­vraient en­core du­rer entre « huit et dix mois». Le contrat de 126 ap­pa­reils se­rait si­gné d’ici à la fin de l’exer­cice fis­cal in­dien 2012-2013, qui s’achève fin mars. Tout comme aux Émi­rats et au Bré­sil, c’est donc le pro­chain pré­sident de la Ré­pu­blique – si Ni­co­las Sar­ko­zy n’ob­tient pas un se­cond man­dat - qui de­vrait as­sis­ter à la si­gna­ture du contrat in­dien. Ce se­ra aus­si pro­ba­ble­ment le cas au Qa­tar et, peu­têtre, en Ma­lai­sie. Il le de­vra en grande par­tie à l’ob­ses­sion de son pré­dé­ces­seur…

[dr]

Le Ra­fale.

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