Fuite des cer­veaux dans les banques d’in­ves­tis­se­ment

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE - Christine Le­joux

Les grandes banques d’in­ves­tis­se­ment perdent leurs stars. La se­maine der­nière, Gold­man Sachs a an­non­cé le dé­part, après 24 ans de bons et loyaux ser­vices, du fran­çais Yoël Zaoui, pour­tant pro­mu, il y a moins d’un an, co­di­rec­teur de la branche fu­sions et ac­qui­si­tions de la banque amé­ri­caine. Yoël Zaoui em­boîte ain­si le pas à Ian Han­nam, qui a ré­cem­ment cou­pé le cor­don avec J.P. Mor­gan, où il di­ri­geait la di­vi­sion mar­chés ac­tions. Ou bien en­core à An­drea Or­cel, qui a mis fin, il y a peu, à ses fonc­tions de res­pon­sable de la stra­té­gie de la banque de fi­nan­ce­ment et d’in­ves­tis­se­ment (BFI) chez Bank of Ame­ri­ca Mer­rill Lynch. Les banques d’in­ves­tis­se­ment eu­ro­péennes ne sont pas épar­gnées : Cré­dit Suisse, UBS, Deutsche Bank ont-elles aus­si su­bi le dé­part de cer­taines de leurs poin­tures. Pour cer­tains, l’heure de la re­traite était ve­nue. Mais la plu­part avaient en­core quinze ou vingt ans de tra­vail de­vant eux. Et ces an­nées, beau­coup ne sou­haitent plus les pas­ser au sein d’un uni­vers en proie à une mu­ta­tion pro­fonde de­puis la crise fi­nan­cière de 2008. Le mo­dèle de BFI qui se pro­file est bien dif­fé­rent de ce­lui qu’ils ont connu, no­tam­ment en rai­son du poids crois- sant de la ré­gle­men­ta­tion. Aux États-Unis, la « Vol­cker rule » in­ter­di­ra bien­tôt aux banques de spé­cu­ler pour leur propre compte. Une ac­ti­vi­té certes ris­quée mais très ré­mu­né­ra­trice, et qui pour­rait pri­ver cer­tains éta­blis­se­ments d’un quart de leurs re­ve­nus.

Autre équa­tion com­plexe, pour les pa­trons de banques d’in­ves­tis­se­ment: dé­ga­ger une ren­ta­bi­li­té aus­si bonne que par le pas­sé, mais avec des équipes consi­dé­ra­ble­ment ré­duites. Crise fi­nan­cière oblige, le sec­teur ban­caire au­ra an­non­cé, l’an der­nier, quelque 220000 sup­pres­sions de postes dans le monde, d’après l’agence Bloom­berg.

En­fin, et peut-être sur­tout, les bo­nus ne sont plus ce qu’ils étaient. En rai­son, d’une part, de la crise bour­sière qui a frap­pé les ac­ti­vi­tés de mar­chés, l’an der­nier, si bien que les re­ve­nus liés au conseil en fu­sions et ac­qui­si­tions ont re­pré­sen­té moins de 7 % du chiffre d’af­faires de Gold­man Sachs, en 2011, contre 16 % une di­zaine d’an­nées au­pa­ra­vant. D’autre part, la crise de 2008 a dé­bou­ché sur un en­ca­dre­ment des bo­nus, dont 60 % du mon­tant doit dé­sor­mais être ver­sé sur trois ans et qui sont à présent ré­glés à hau­teur de 45 % en ac­tions. Le ca­bi­net Sia Conseil table ain­si sur une chute de 25 % à 47 % des bo­nus des tra­ders des banques fran­çaises, au titre de 2011.&

[©AFP]

Le siège de Gold­man Sachs, à New York.

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