Le fé­dé­ra­lisme ou la guerre!

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE -

La nais­sance des états fé­dé­raux s’est sou­vent ac­com­pa­gnée de vio­lence po­li­tique. La preuve par les exemples suisse, amé­ri­cain et al­le­mand.

L’ar­gu­men­taire du mou­ve­ment fé­dé­ra­liste eu­ro­péen s’ap­puie sur cette al­ter­na­tive : ou l’Eu­rope se dote d’une struc­ture fé­dé­rale ou elle dis­pa­raî­tra dans le choc des af­fron­te­ments entre états-Na­tions. En ar­rière-plan se dresse tou­jours l’épou­van­tail des conflits qui ont dé­chi­ré le vieux con­tinent, de cette dont par­lait l’his­to­rien al­le­mand Ernst Nolte, et qui avait trau­ma­ti­sé les « Pères de l’Eu­rope » de l’après-guerre. Le mi­nistre po­lo­nais du Bud­get, Ja­cek Ros­tows­ki, n’a-t-il pas, en sep­tembre 2011, bran­di la me­nace d’une

si la zone eu­ro écla­tait ? Pour les fé­dé­ra­listes, l’his­toire eu­ro­péenne est une tra­gé­die. Lais­sés à eux-mêmes, les États eu­ro­péens s’en­tre­dé­chirent et s’au­to­dé­truisent. Seule une struc­ture de mé­dia­tion entre les am­bi­tions na­tio­nales, re­pré­sen­tant l’in­té­rêt gé­né­ral, est ca­pable de maî­tri­ser cette « pul­sion de mort » et d’im­po­ser la paix, l’ordre et la pros­pé­ri­té. Mais qu’est ce que le « fé­dé­ra­lisme » ? Ce n’est pas ce pro­ces­sus dé­cen­tra­li­sa­teur qui ame­na des pays uni­taires comme la Bel­gique ou le Bré­sil à se consti­tuer en fé­dé­ra­tion, mais le phé­no­mène in­verse. Le fé­dé­ra­lisme dont il s’agit ici est le fruit d’une union vo­lon­taire d’en­ti­tés pré­exis­tantes. C’est un phé­no­mène « cen­tra­li­sa­teur ». Dans ce cas, la nou­velle struc­ture cen­trale doit s’im­po­ser ac­ti­ve­ment, non seule­ment en li­mi­tant les pou­voirs des en­ti­tés fé­dé­rées, mais éga­le­ment en leur im­po­sant une vi­sion « uni­taire », com­mune. Cette vo­lon­té uni­fi­ca­trice ne peut qu’en­trer en conflit avec les par­ti­cu­la­ri­tés pré­exis­tantes au sein des en­ti­tés fé­dé­rées. Dès lors, pour ces der­nières, se pose tou­jours une al­ter­na­tive: re­non­cer à une par­tie de leur iden­ti­té et de leurs avan­tages, ou faire sé­ces­sion. Pour l’État fé­dé­ral, re­pré­sen­tant de l’in­té­rêt gé­né­ral, la sé­ces­sion est in­sup­por­table. In­évi­ta­ble­ment, le tout doit s’im­po­ser face aux par­ties. Et l’his­toire montre que, sou­vent, il le fait par la force et la vio­lence. Au mi­lieu des an­nées 1840, en Suisse, les can­tons ur­bains étaient do­mi­nés par le par­ti ra­di­cal qui prô­nait la créa­tion d’un vrai État fé­dé­ral afin d’uni­fier le pays pour le mo­der­ni­ser. Le « pacte fé­dé­ral » de 1815 li­mi­tait en ef­fet les com­pé­tences du pou­voir cen­tral à la dé­fense et aux af­faires étran­gères. En 1845, sept can­tons ca­tho­liques conser­va­teurs et ru­raux consti­tuèrent une « al­liance par­ti­cu­lière » – en al­le­mand « Son­der­bund » – , pour frei­ner les am­bi­tions ra­di­cales. Les autres can­tons y virent une ten­ta­tive sé­ces­sion­niste et en no­vembre 1846, une courte guerre ci­vile, il est vrai peu meur­trière, mais néan­moins vio­lente, mit fin au et per­mit la créa­tion d’un vé­ri­table État fé­dé­ral avec la cons­ti­tu­tion de 1848. Aux États-Unis, la ques­tion du fé­dé­ra­lisme s’est po­sée dès l’in­dé­pen­dance. Si le par­ti fé­dé­ra­liste, qui dé­tint le pou­voir de 1789 à 1801, put créer quelques struc­tures cen­trales, les an­ti­fé­dé­ra­listes me­nés par Tho­mas Jef­fer­son frei­nèrent le mou­ve­ment par la suite. Au mi­lieu du siècle,

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