Da­vid Le Bris

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE -

Professeur à BEM Bor­deaux Ma­na­ge­ment School

Cer­tains s’in­quiètent des risques que l’élec­tion de François Hol­lande à la pré­si­den­tielle française fe­rait pe­ser sur la sta­bi­li­té éco­no­mique de la zone eu­ro. Le can­di­dat so­cia­liste af­firme qu’il dé­non­ce­ra le der­nier trai­té eu­ro­péen si la­bo­rieu­se­ment né­go­cié et af­fiche un pro­gramme peu cré­dible de dé­penses pu­bliques cou­plé à des taxa­tions confis­ca­toires sur les hauts re­ve­nus. Le 7 mai, la France pour­rait donc être at­ta­quée par les mar­chés et sa chute ris­que­rait d’en­traî­ner le nau­frage de la zone eu­ro. Cette peur est-elle rai­son­nable ? Il est vrai que la der­nière élec­tion d’un so­cia­liste à l’Ély­sée, François Mit­ter­rand en mai 1981, avait af­fo­lé les mar­chés. Sous la crainte d’un pro­gramme ou­ver­te­ment hos­tile à l’éco­no­mie ca­pi­ta­liste, les ac­tions chutent d’un tiers et les taux sur la dette française bon­dissent de deux points. Mais le Par­ti Com­mu­niste ne fe­ra qu’une courte fi­gu­ra­tion et les chars so­vié­tiques ne des­cen­dront pas les Champs Ély­séen. Le slo­gan de l’époque af­fir­mait « Chan­ger la vie », il est dé­li­cat de sa­voir ce qui a chan­gé pour les Fran­çais mais pour les ac­tion­naires la vie a ef­fec­ti­ve­ment chan­gé… En mieux. Du­rant le pre­mier sep­ten­nat so­cia­liste, le cours des ac­tions se­ra mul­ti­plié par 2,5 et par 4,5 à la fin du se­cond man­dat. De ce point de vue, cette pé­riode est tout sim­ple­ment la plus faste de l’his­toire. Dé­jà en 1954, du­rant les 7 mois du gou­ver­ne­ment d’une autre fi­gure my­thique de la gauche, Men­dèsF­rance, les ac­tions connaissen­t la hausse la plus ra­pide de l’his­toire. Les cours s’en­volent de 75 % et pro­gressent en­core de 10 % le mois sui­vant son dé­part. Ce mou­ve­ment est por­té par la dé­cou­verte du gi­se­ment de pé­trole de Pa­ren­tis dans les Landes par Es­so-France. Cette der­nière voit son cours mul­ti­plié par dix car le sud-ouest est ima­gi­né en Texas fran­çais. Au-de­là de ces épi­sodes pa­ra­doxaux comment les mar­chés ré­agissent-ils lors de l’ar­ri­vée de la gauche au pou­voir ? De­puis 1871, la France a connu 157 gou- ver­ne­ments di­ri­gés par 141 hommes et une femme ; Édith Cres­son il y a vingt ans. La du­rée moyenne d’un gou­ver­ne­ment en France est in­fé­rieure à onze mois ; on ima­gine l’éner­gie dé­pen­sée en dé­bats po­li­ti­ciens pour par­ve­nir à ce triste score. Avec ses cinq an­nées de pré­sence, François Fillon est d’ailleurs dans le trio de tête des chefs de gou­ver­ne­ment les plus du­rables. Les mar­chés fi­nan­ciers ré­agissent fa­vo­ra­ble­ment à tous les nou­veaux gou­ver­ne­ments. En moyenne, du­rant le mois de la no­mi­na­tion d’un gou­ver­ne­ment, le cours des ac­tions pro­gresse quatre fois plus vite qu’en temps nor­mal quelle que soit la cou­leur du nou­veau res­pon­sable. Cette ré­ac­tion po­si­tive tra­duit la fin d’une in­cer­ti­tude qui est coû­teuse pour les in­ves­tis­seurs. Sur la du­rée, les per­for­mances des ac­tions ap­pa­raissent bien meilleures sous les gou­ver­ne­ments de gauche que ceux de droite ! Le ré­sul­tat est sur­pre­nant : sous la gauche, la ren­ta­bi­li­té réelle (avec di­vi­dendes et après in­fla­tion) est de 4,4 % par an contre His­to­ri­que­ment, les in­nom­brables dis­cours as­sas­sins de la gauche contre la fi­nance n’ont pas eu d’im­pact du­rable. À l’in­verse, les bonnes dis­po­si­tions af­fi­chées par la droite en­vers les en­tre­prises ne se sont pas tra­duites par des pro­fits pour les ac­tion­naires. S’in­quié­ter des ac­tuelles im­pré­ca­tions du can­di­dat so­cia­liste contre la fi­nance n’est donc pas plus per­ti­nent que de croire aux pro­messes des len­de­mains qui chantent. De plus, les en­tre­prises du CAC 40 font au­jourd’hui l’es­sen­tiel de leurs pro­fits à l’étran­ger et sont donc de moins en moins af­fec­tées par les dé­ci­sions po­li­tiques fran­çaises. Pro­fits qui re­tournent lar­ge­ment vers l’étran­ger car les ac­tion­naires fran­çais sont de moins en moins nom­breux. Nous ne sommes plus en 1981, hors quelques ro­do­mon­tades, François Hol­lande est un so­cial-dé­mo­crate réa­liste. S’il est élu, il se conten­te­ra pro­ba­ble­ment de quelques chan­ge­ments sé­man­tiques dans le trai­té eu­ro­péen car nos par­te­naires aus­si veulent la crois­sance mais ils ont com­pris que ce sont des comptes pu­blics à l’équi­libre qui per­met­tront de la re­trou­ver. Quant à ses vel­léi­tés dé­pen­sières et confis­ca­toires, le réa­lisme re­pren­dra vite le des­sus. Il faut tou­te­fois re­gret­ter cette pos­ture idéo­lo­gique, pour deux rai­sons. Tout d’abord, en dé­for­mant la réa­li­té, elle contri­bue à en­tre­te­nir l’in­com­pré­hen­sion chez les Fran­çais. En­suite, elle em­pêche d’évo­quer la vé­ri­table ques­tion po­li­tique ac­tuelle : quel pé­ri­mètre de­main pour la sphère pu­blique ? Cette ques­tion n’est abor­dée ni par la gauche ni par la droite alors que les dé­penses pu­bliques at­teignent un re­cord de 56 % du PIB. Les deux bords pré­fèrent ri­va­li­ser sur les moyens de faire payer les en­tre­prises, les « riches » et le ca­pi­tal. Alors que seul du ca­pi­tal per­met­tra aux sa­la­riés d’être mieux ré­mu­né­rés ; Der­rière les PME ex­por­ta­trices al­le­mandes tant van­tées, se trouvent de riches pro­prié­taires ca­pables d’in­ves­tir. La gauche n’est donc pas dan­ge­reuse en elle-même mais par le dé­ni que ses dis­cours contri­buent à en­tre­te­nir.

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