Rendre plus ef­fi­cace la su­per­vi­sion de l’état en créant une ou plu­sieurs struc­tures de ges­tion des ac­tifs pu­blics.

La Tribune Hebdomadaire - - OÙ VA LA CHINE ? -

ce­ment du mo­dèle so­cial de­vient une source de dé­fi­cits in­sou­te­nables…

pé­renne.

un sys­tème fis­cal

La Chine n’est évi­dem­ment pas le seul pays du monde à être con­fron­té à cette obli­ga­tion. Mais elle est d’au­tant plus né­ces­saire en Chine que le pays va de­voir faire face, au cours des vingt pro­chaines an­nées à au moins trois dé­fis : ré­sis­ter aux chocs ma­croé­co­no­miques, et l’on sait que la Chine est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible au ra­len­tis­se­ment de la crois­sance mon­diale ; fi­nan­cer les in­ves­tis­se­ments pu­blics qui se­ront né­ces­saires pour at­teindre l’en­semble des ob­jec­tifs stra­té­giques d’ici à 2030 ; être suf­fi­sam­ment souple et trans­pa­rent pour que ce sys­tème fis­cal puisse de­ve­nir un réel ou­til de pi­lo­tage de la po­li­tique éco­no­mique, no­tam­ment en cas de crise.

des re­la­tions mu­tuel­le­ment bé­né­fiques avec le reste du monde.

Sur ce cha­pitre, le dis­cours of­fi­ciel ne change pas. Même si la Chine ré­oriente sa crois­sance éco­no­mique vers la de­mande in­terne, ce­la ne doit pas s’ac­com­pa­gner d’un re­pli sur soi. L’in­té­gra­tion à l’éco­no­mie mon­diale reste un ob­jec­tif stra­té­gique, ce qui ne veut pas dire qu’elle se fe­ra tou­jours sur un mode non conflic­tuel.

Ces six stra­té­gies, qui se­lon le rap­port de la Banque mon­diale, « forment un en­semble co­hé­rent et consti­tuent les pi­liers du dé­ve­lop­pe­ment de la Chine pour les vingt pro­chaines an­nées » , quelles chances ont-elles d’être me­nées à bien ? Le pre­mier dé­fi est ce­lui de la ré­forme des en­tre­prises d’État. Ces der­nières consti­tuent le socle sur le­quel est bâ­tie au­jourd’hui l’éco­no­mie chi­noise dans les sec­teurs clés que sont l’éner­gie, les trans­ports, les tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion, les t é l é c o mmu­ni c a t i o n s , la construc­tion, les mé­dias et l’in­dus­trie fi­nan­cière. Elles réa­lisent près de 4 000 mil­liards de dol­lars de chiffre d’af­faires, bé­né­fi­cient de très lourdes sub­ven­tions.

Ces en­tre­prises sont aus­si une source d’in­fluence et de pou­voir pour les hauts cadres du par­ti com­mu­niste qui en forment le plus sou­vent la di­rec­tion gé­né­rale. Ce qui ex­plique qu’elles ont long­temps été les en­fants ché­ris du pou­voir, no­tam­ment en 2009, à l’oc­ca­sion du grand plan de sti­mu­la­tion de l’éco­no­mie après la crise fi­nan­cière de 2008. Se­lon une étude pu­bliée dans The Ame­ri­can In­ter­est (ré­fé­rences en page 9), les en­tre­prises pu­bliques ont été à l’ori­gine de 40 % de la c roi s sa nce de l ’é c ono­mie chi­noise entre 2001 et 2008, et de pro­ba­ble­ment 55 % de cette crois­sance entre 2009 et 2010, à la suite de ce fa­meux plan de sou­tien à l’ac­ti­vi­té de 2009. Quant aux banques pu­bliques, elles réa­lisent à elles seules la presque to­ta­li­té des fi­nan­ce­ments à l’éco­no­mie, tant la part des banques pri­vées et des banques étran­gères est en­core faible et la taille des mar­chés fi­nan­ciers en­core trop mo­deste. Tou­jours se­lon The Ame­ri­can In­ter­est, le sec­teur pu­blic, qui re­pré­sente moins de 50 % du PIB chi­nois, n’en re­çoit pas moins 75 % des fi­nan­ce­ments du pays.

Les en­tre­prises pu­bliques sont su­per­vi­sées par le State-Ow­ned As s e t s S u p e r v i s i o n and Ad­mi­nis­tra­tion Com­mis­sion (Sa­sac), un or­ga­nisme hau­te­ment stra­té­gique, contrô­lé de près par le gou­ver­ne­ment. Son pré­sident, Wang Yong, 54 ans, di­plô­mé de l’Ins­ti­tut tech­no­lo­gique de Har­bin, est un spé­cia­liste de l’aé­ro­nau­tique, un sec­teur dans le­quel il a ef­fec­tué l’es­sen­tiel de sa car­rière. Il est na­tu­rel­le­ment membre du Par­ti com­mu­niste et exerce aus­si la fonc­tion de se­cré­taire gé­né­ral ad­joint du gou­ver­ne­ment. Il exerce donc sa tu­telle sur 150 en­tre­prises « na­tio­nales » et pro­ba­ble­ment 120 000 en­tre­prises ré­gio­nales et lo­cales. À plu­sieurs re­prises, Wang Yong s’est d’ailleurs ex­pri­mé sur le désa­mour dont s ouff r e nt au­jourd’hui les en­tre­prises d’État, comme le sou­ligne Charles-édouard Bouée qui di­rige les ac­ti­vi­tés asia­tiques de Ro­land Ber­ger (lire son in­ter­view page 10), dans un livre qu’il a écrit sur le ma­na­ge­ment des en­tre­prises chi­noises (ré­fé­rences en page 9) : « La frus­tra­tion des di­ri­geants d’en­tre­prises pu­bliques est com­pré­hen­sible. Dans une so­cié­té dans la­quelle les en­tre­pre­neurs pri­vés sont consi­dé­rés comme des hé­ros, le sec­teur pu­blic est consi­dé­ré comme une source d’in­ef­fi­ca­ci­té et de stag­na­tion. » De­puis quelques mois ce­pen­dant, les at­taques contre les en­tre­prises pu­bliques viennent des membres de l’exé­cu­tif chi­nois qui leur re­prochent les avan­tages que l’État leur a ac­cor­dés dans le

Comment ré­for­mer ce mas­to­donte, qui four­nit po­si­tions et ré­mu­né­ra­tions confor­tables à bon nombre de cadres du Par­ti ? Cette ques­tion est cen­trale. À la fin des an­nées 1990, le gou­ver­ne­ment avait dé­jà en­tre­pris une ré­forme du sec­teur pu­blic en pro­cé­dant à la fer­me­ture ou à la liquidatio­n d’une par­tie des en­tre­prises pu­bliques, ce qui a coû­té quelque 2 000 mil­liards de re­mim­bis ( l’équi­valent de 240 mil­liards d’eu­ros). Ce qui donne une idée de l’am­pleur d’une telle ré­forme si elle de­vait por­ter sur les grandes cor­po­ra­tions pu­bliques. En outre, la Chine est en­ga­gée dans une po­li­tique de va­lo­ri­sa­tion de cham­pions na­tio­naux dans les sec­teurs stra­té­giques pour le pays et l’on voit mal comment des en­tre­prises pri­vées pour­raient, seules, por­ter les am­bi­tions de la Chine dans l’éner­gie, les nou­velles tech­no­lo­gies ou les ac­ti­vi­tés f i n a n c i è r e s . Po u r l’heure les pistes de ré­formes sont en­core as­sez larges. La pre­mière consis­te­rait en une dé­fi­ni­tion plus claire de ce que le gou­ver­ne­ment dé­fi­nit comme « biens et ser­vices pu­blics » des­ti­nés à êt r e fi nan­cés par l ’ État. Au­tre­ment dit, la four­ni­ture d’éner­gie ou l’ins­tal­la­tion de ré­seaux de té­lé­com­mu­ni­ca­tions sont-elles réel­le­ment des ac­ti­vi­tés qui doivent être fi­nan­cées par l’État, où le sec­teur pri­vé peut-il par­ti­ci­per plus lar­ge­ment au re­dé­ploie­ment de ces ac­ti­vi­tés ? La ques­tion est ou­verte et semble faire l’ob­jet de dé­bats au sein de l’exé­cu­tif. Autre piste de ré­forme : rendre plus ef­fi­cace la su­per­vi­sion de l’État en créant une ou plu­sieurs struc­tures de ges­tion des ac­tifs pu­blics qui re­pré­sen­te­raient le gou­ver­ne­ment au sein de ces en­tre­prises et étu­die­raient la fa­çon de rendre plus li­quide la par­ti­ci­pa­tion de l’État en ayant re­cours aux mar­chés fi­nan­ciers ; en­fin, reste l’ob­jec­tif à long terme de bri­ser les mo­no­poles et de pas­sé, comme les li­mites ré­gle­men­taires à la concur­rence dans cer­tains sec­teurs, l’ac­cès à la pro­prié­té fon­cière ou à l’éner­gie à des prix cas­sés, des ap­ports mas­sifs en ca­pi­taux. Ce qui n’em­pêche pas que, se­lon une étude ré­cente, ci­tée par la Banque mon­diale, la crois­sance de la pro­duc­ti­vi­té dans le sec­teur pu­blic chi­nois re­pré­sen­tait seule­ment le tiers de celle en­re­gis­trée dans le sec­teur pri­vé.

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