La tran­si­tion vers un mar­ché trans­pa­rent et ef­fi­cace de la terre agri­cole pour­rait aug­men­ter de 60 % la pro­duc­ti­vi­té.

La Tribune Hebdomadaire - - OÙ VA LA CHINE ? -

des Chi­nois aux sec­teurs stra­té­giques. Mais il pré­sente des fai­blesses no­tables : les pe­tites et moyennes en­tre­prises n’ont pas suf­fi­sam­ment ac­cès au cré­dit, les taux d’in­té­rêt bas ont fa­vo­ri­sé la spé­cu­la­tion fon­cière et im­mo­bi­lière, l’en­det­te­ment in­té­rieur des en­tre­prises et col­lec­ti­vi­tés lo­cales, ga­ran­ti par l’État, est in­suf­fi­sam­ment quan­ti­fié, contrô­lé et gé­ré. On ne voit pas comment le gou­ver­ne­ment pour­rait sor­tir de ce sys­tème sans adop­ter une po­li­tique de taux d’in­té­rêt flexibles, créer de vé­ri­tables agences de ré­gu­la­tion fi­nan­cières et des mar­chés dis­po­sant de da­van­tage de pou­voir et d’au­to­no­mie et ou­vrir le ca­pi­tal des banques pu­bliques à des ac­tion­naires pri­vés. Et c’est pro­ba­ble­ment dans cette di­rec­tion qu’il s’ache­mine pru­dem­ment.

Ac­cor­der aux agri­cul­teurs un droit de pro­prié­té à vie sur leurs terres… Voi­ci la ré­forme pro­ba­ble­ment la plus spec­ta­cu­laire sur la­quelle tra­vaille le gou­ver­ne­ment chi­nois, si l’on en croit le do­cu­ment de la Banque mon­diale. Entre 2003 et 2008, le gou­ver­ne­ment a ré­qui­si­tion­né 1,4 mil­lion d’hec­tares de terres agri­coles aux fins d’ur­ba­ni­sa­tion aux­quels il faut ajou­ter pro­ba­ble­ment plus de 450 000 hec­tares ré­qui­si­tion­nés de fa­çon illé­gale, ce qui a d’ailleurs don­né lieu ces der­nières an­nées à de nom­breuses ma­ni­fes­ta­tions et pro­tes­ta­tions de la part des pay­sans pri­vés de leur ou­til de tra­vail. Il faut croire que les risques de désordre ont at­teint un tel ni­veau que le gou­ver­ne­ment semble dé­ci­dé à ré­agir. Il est donc ques­tion de com­men­cer à ga­ran­tir, dans cer­taines ré­gions, et à des condi­tions non en­core spé­ci­fiées, un droit de pro­prié­té à vie aux agri­cul­teurs sur les terres qu’ils cultivent. Ce pro­jet fi­gu­rait dé­jà dans les dé­ci­sions prises par le Par­ti en 2008, mais n’a ja­mais été mis en oeuvre. La loi de­vrait donc pro­chai­ne­ment cla­ri­fier qui pour­rait être éli­gible à ce droit de pro­prié­té, et les res­pon­sa­bi­li­tés qui lui in­com­be­raient. Pour l’heure, la terre est une source de fi­nan­ce­ment pour les en­tre­prises pu­bliques mais aus­si pour les ad­mi­nis­tra­tions lo­cales qui uti­lisent des terres ré­qui­si­tion­nées comme col­la­té­ral pour em­prun­ter au­près des banques, le plus sou­vent au moyen de « vé­hi­cules spé­ciaux », créés pour contour­ner la sur­veillance des au­to­ri­tés cen- ra­di­cale de la pro­prié­té fon­cière et du fi­nan­ce­ment des col­lec­ti­vi­tés lo­cales, il n’y a au­cune chance d’at­ti­rer des in­ves­tis­se­ments pro­duc­tifs vers l’agri­cul­ture et donc de ré­duire les in­éga­li­tés de dé­ve­lop­pe­ment entre les zones ru­rales et ur­baines. La tran­si­tion vers un mar­ché trans­pa­rent et ef­fi­cace de la terre agri­cole pour­rait aug­men­ter de 60 % la pro­duc­ti­vi­té de l’agri­cul­ture, se­lon cer­taines études. Là en­core, le gou­ver­ne­ment s’at­telle à une rude tâche. La spé­cu­la­tion fon­cière a été à l’ori­gine de la construc­tion de quelques-unes des plus grandes for­tunes de Chine. Re­mettre de l’ordre dans ce sec­teur sup­pose que les gou­ver­ne­ments lo­caux soient obli­gés de rendre des comptes sur leurs ac­qui­si­tions de terres et que ces der­nières soient liées à des pro­jets réels, ap­prou­vés par le gou­ver­ne­ment cen­tral. Ce­la sup­pose aus­si que les gains en ca­pi­tal réa­li­sés dans la trans­for­ma­tion de la terre agri­cole et ter­rains à bâ­tir, qui sont sou­vent su­pé­rieurs à 100 %, soient li­mi­tés ou en tout cas uti­li­sés pour fi­nan­cer le dé­ve­lop­pe­ment des zones ru­rales. Ces pro­jets de ré­formes fi­gurent en toutes lettres dans le do­cu­ment de la Banque mon­diale et du DRC.

C’est une Chine to­ta­le­ment nou­velle qui émerge de ces dif­fé­rents travaux. Certes, dans ces cen­taines de pages de pro­jec­tions, d’ana­lyse et de pro­jets, il y a une part de « wi­sh­full thin­king ». Mais la pla­ni­fi­ca­tion et l’an­ti­ci­pa­tion sont au coeur de la mé­ca­nique chi­noise de gou­ver- trales. On compte au­jourd’hui plus de 5 000 struc­tures fi­nan­cières de ce type, qui ont lar­ge­ment contri­bué à la for­ma­tion des 1 400 mil­liards d’eu­ros de dettes des col­lec­ti­vi­tés lo­cales chi­noises, se­lon les chiffres du Bu­reau na­tio­nal de l’au­dit. Sans une ré­forme ne­ment. C’est pour­quoi il faut prê­ter at­ten­tion à ces exer­cices, bien qu’en Eu­rope et aux ÉtatsU­nis nous en ayons per­du la ­pra­tique de­puis long­temps. La re­con­fi­gu­ra­tion de l’éco­no­mie chi­noise va mo­di­fier son rap­port au monde. Mon­ter en gamme dans les tech­no­lo­gies et les ser­vices va pro­vo­quer des ten­sions concur­ren­tielles avec les pays dé­ve­lop­pés dans des sec­teurs dans les­quels ces der­niers pensent dé­te­nir tou­jours un avan­tage c o mpé­ti t i f , alors même que les conten­tieux concer­nant la Chine à l’OMC ne cessent d’aug­men­ter (107 dos­siers ac­tuel­le­ment ou­verts…).

La stra­té­gie d’ou­ver­ture in­ter­na­tio­nale des grandes en­tre­prises chi­noises va pro­vo­quer elle aus­si des frot­te­ments avec les in­té­rêts des pays dé­ve­lop­pés, no­tam­ment si les in­ves­tis­se­ments chi­nois se concentren­t dans l’éner­gie, les in­fra­struc­tures, les ma­tières pre­mières ou les nou­velles tech­no­lo­gies. Dans ce contexte, les di­rec­tions dans les­quelles va tra­vailler le gou­ver­ne­ment chi­nois sont d’ores et dé­jà iden­ti­fiées : pous­ser à des ac­cords com­mer­ciaux ré­gio­naux dans une lo­gique de « ré­gio­na­lisme ou­vert », au­tre­ment dit des ac­cords pré­fé­ren­tiels entre pays d’une même zone, mais ou­verts à des par­te­naires ex­té­rieurs, ce qui se­rait une fa­çon de contrer la mul­ti­pli­ca­tion des ac­cords bi­la­té­raux ou pré­fé­ren- tiels, dont la Chine est le plus sou­vent ex­clue ; ou­vrir son propre mar­ché des ser­vices afin d’ac­cé­lé­rer les trans­ferts de com­pé­tences et de tech­no­lo­gies en pro­ve­nance de l’étran­ger ; dé­ve­lop­per l’in­ves­tis­se­ment di­rect étran­ger afin de li­mi­ter le gonfle-

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