Les me­sures des­ti­nées à ac­cé­lé­rer l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du yuan se sont mul­ti­pliées de­puis 2011.

La Tribune Hebdomadaire - - OÙ VA LA CHINE ? - Sophie Rol­land

Le yuan se­ra-t-il bien­tôt une mon­naie de ré­serve au même titre que le dol­lar amé­ri­cain ? La place fi­nan­cière de Shan­ghai va-t-elle sup­plan­ter Londres et New York ? Une chose est sûre : la Chine, deuxième puis­sance éco­no­mique mon­diale, ai­me­rait bien ne plus être un nain dans la sphère fi­nan­cière et, de­puis quelques mois, elle s’em­ploie à don­ner au ren­min­bi – la mon­naie du peuple, le nom of­fi­ciel du yuan – un sta­tut vé­ri­ta­ble­ment in­ter­na­tio­nal.

Au-de­là d’un simple dé­sir de puis­sance, cette ac­cé­lé­ra­tion des ré­formes est aus­si, voire sur­tout, un des ef­fets se­con­daires de la crise fi­nan­cière. Pour la Chine, il est de­ve­nu urgent de ré­duire sa dé­pen­dance vis-à-vis des États-Unis. Pour­quoi ?

À force d’en­re­gis­trer des ex­cé­dents com­mer­ciaux co­los­saux et d’in­ter­ve­nir pour dé­fendre une pa­ri­té fixe du yuan contre le dol­lar, elle a amas­sé des ré­serves de changes dé­me­su­rées. Ces der­nières ont mas­si­ve­ment été in­ves­ties dans des ac­tifs ré­pu­tés « sans risque », les bons du Tré­sor amé­ri­cain. Mais, de­puis que la crise a fra­gi­li­sé les ÉtatsU­nis, le ca­rac­tère « sans risque » de la dette amé­ri­caine est de­ve­nu tout re­la­tif. En outre, le ren­min­bi s’ap­pré­ciant ré­gu­liè­re­ment face au dol­lar (de plus de 30 % de­puis 2005), mé­ca­ni­que­ment, les ré­serves dé­te­nues par la Chine ne cessent de se dé­va­lo­ri­ser.

L’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du ren­min­bi a beau être un des ob­jec­tifs af­fi­ché par le ré­gime, elle pren­dra du temps. Pékin n’a pas l’in­ten­tion de re­non­cer à sa po­li­tique des pe­tits pas. Le pro­verbe cher à Deng Xiao­ping semble tou­jours aus­si ap­pré­cié des di­ri­geants ac­tuels. « Pour tra­ver­ser la ri­vière, il faut mar­cher sur les pierres ». Au­tre­ment dit, l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du yuan se fe­ra, mais pro­gres­si­ve­ment, par pe­tites touches, de telle sorte qu’à chaque nou­velle étape, les au­to­ri­tés chi­noises pour­ront vé­ri­fier que la si­tua­tion ne leur échappe pas. Un rap­port de la banque cen­trale chi­noise, dont l’agence de presse of­fi­cielle s’est fait l’écho en fé­vrier der­nier, donne une idée du ca­len­drier des ré­formes en­vi­sa­gé par Pékin. La People’s Bank of Chi­na (PBoC) pré­co­nise une in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du yuan et une ou­ver­ture du compte de ca­pi­tal en quatre temps. Pre­mière étape (pour les trois ans à ve­nir) : dé­ve­lop­per les in­ves­tis­se­ments chi­nois à l’étran­ger. La PBoC ex­plique qu’il s’agit de sai­sir une « op­por­tu­ni­té stra­té­gique » , car la bande de fluc­tua­tion du ren­min­bi contre dol­lar.

De­puis le 16 avril, la de­vise chi­noise peut ain­si grim­per ou des­cendre de 1 % chaque jour face au billet vert par rap­port à son cours pi­vot, alors que sa fluc­tua­tion, à la hausse ou à la baisse, était jusque-là li­mi­tée à 0,5 % (le pré­cé­dent élar­gis­se­ment de la zone de fluc­tua­tion, de + ou - 0,3 % à + ou - 0,5 % re­mon­tait à 2007). Le mo­ment est par­ti­cu­liè­re­ment bien choi­si. Compte te­nu du ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie mon­diale, l’appréciati­on du yuan de­vrait res­ter li­mi­tée. En 2011, l’ex­cé­dent cou­rant s’était dé­jà consi­dé­ra­ble­ment ré­duit à 2,8 % du PIB et, à en croire les éco­no­mistes, il pour­rait être en­core plus ré­duit cette an­née. De plus, un lé­ger ren­ché­ris­se­ment du yuan au­rait l’avan­tage de li­mi­ter les pres­sions in­fla­tion­nistes et de fa­vo­ri­ser le ré­équi­li­brage de la crois­sance, pour qu’elle re­pose moins sur les ex­por­ta­tions et l’in­ves­tis­se­ment et da­van­tage sur la de­mande in­té­rieure. les banques oc­ci­den­tales sont af­fai­blies par la crise. Deuxième étape (à un ho­ri­zon de trois à cinq ans) : in­ten­si­fier les prêts en ren­min­bi à l’étran­ger. Troi­sième étape (d’ici 5 à 10 ans) : au­to­ri­ser les in­ves­tis­se­ments étran­gers en ac­tions, obli­ga­tions, et immobilier. Dans ce sché­ma, la conver­ti­bi­li­té to­tale du ren­min­bi ap­pa­raît comme l’ul­time ré­forme. Mais là, la banque cen­trale ne se risque pas à avan­cer une échéance… Con­crè­te­ment, les me­sures des­ti­nées à ac­cé­lé­rer l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du yuan se sont mul­ti­pliées de­puis 2011. Der­niè­re­ment, la Chine a fait un pas de plus vers la conver­ti­bi­li­té de sa de­vise en dé­ci­dant d’élar­gir

S’il est em­blé­ma­tique, cet élar­gis­se­ment de la marge de fluc­tua­tion du yuan, ne consti­tue pour­tant pas l’avan­cée la plus si­gni­fi­ca­tive. En re­vanche, l’ac­cord si­gné entre le Royau­meU­ni et Hong Kong en jan­vier pour que la Ci­ty de­vienne une vé­ri­table place fi­nan­cière ex­tra­ter­ri­to­riale (off­shore) pour le yuan pour­rait bien se ré­vé­ler dé­ci­sif. Il per­met­tra en ef­fet de tes­ter l’ap­pé­tit des in­ves­tis­seurs in­ter­na­tio­naux pour les titres li­bel­lés en ren­min­bi sur l’une des places fi­nan­cières les plus li­quides au monde. En avril, un pre­mier em­prunt obli­ga­taire émis par la banque HSBC y avait dé­jà été co­té.

Jusque-là, le seul mar­ché ex­tra­ter­ri­to­rial du ren­min­bi était ce­lui de Hong Kong. Lan­cé en 2007 (mais vé­ri­ta­ble­ment opé­ra­tion­nel en 2009), il a connu un dé­ve­lop­pe­ment fou­droyant ces deux der­nières an­nées (35,7 mil­liards de yuans d’émis­sions en 2010, 131 mil­liards en 2011). En 2010, McDo­nald’s avait été la pre­mière so­cié­té étran­gère à émettre des obli­ga­tions « dim­sum », en ré­fé­rence à la cui­sine can­to­naise. Elle avait ra­pi­de­ment été sui­vie par Ca­ter­pillar, Volks­wa­gen, Tes­co ou en­core Air Li­quide.

L’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion du yuan ne passe pas seule­ment par les mar­chés obli­ga­taires. Autre avan­cée ma­jeure : en dé­cembre 2011, la Chine et le Ja­pon ont conve­nu d’uti­li­ser da­van­tage leurs mon­naies res­pec­tives, le yuan et le yen, pour leurs échanges c o mmer­ciaux, jus­qu’ici sur­tout li­bel­lés en dol­lars. De quoi per­mettre au yuan de prendre sa place dans le com­merce ré­gio­nal. Ac­tuel­le­ment, près de 9 % du com­merce ex­té­rieur du pays est li­bel­lé en ren­min­bi. Le Ja­pon s’est en outre en­ga­gé à ache­ter des bons du tré­sor chi­nois li­bel­lés en yuan.

Reste à Pékin à pour­suivre son pro­gramme per­met­tant aux in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels étran­gers d’in­ves­tir en Chine. Le 3 avril, la Chine a presque tri­plé le mon­tant que les ins­ti­tu­tions étran­gères peuvent in­ves­tir sur ses mar­chés fi­nan­ciers, en le por­tant de 30 à 80 mil­liards de dol­lars maxi­mum. À cette oc­ca­sion, le mon­tant maxi­mum qu’ils peuvent le­ver à Hong Kong pour in­ves­tir en Chine conti­nen­tale est pas­sé de 20 à 70 mil­liards de ren­min­bi. De quoi per­mettre aux ins­ti­tu­tions fi­nan­cières in­ter­na­tio­nales de jouer un rôle plus ac­tif sur le mar­ché ac­tions do­mes­tique.

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