En 2011, pour la troi­sième an­née d’af­fi­lée, le « pri­vate equi­ty » fran­çais a in­ves­ti plus qu’il n’a ré­col­té.

La Tribune Hebdomadaire - - ANALYSE -

Maigre conso­la­tion pour l’Afic, le ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment fran­çais n’est pas seul dans son mal­heur. L’an der­nier, les fonds de « pri­vate equi­ty » ont le­vé 229,8 mil­liards de dol­lars (175 mil­liards d’eu­ros) seule­ment, à l’échelle mon­diale, un mon­tant en baisse de 6,6 % par rap­port à 2010, se­lon Ernst & Young. D’après le ca­bi­net, plus de 1 200 so­cié­tés de ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment sont ac­tuel­le­ment en quête de fonds, de par le monde. Une concur­rence telle que nombre d’entre elles de­vront mettre la clé sous la porte. « Entre 30 % et 50 % des gé­rants de fonds dis­pa­raî­tront, au cours des cinq pro­chaines an­nées » , es­time An­toine Dréan, fon­da­teur et di­rec­teur gé­né­ral de la so­cié­té de conseil en le­vée de fonds Tria­go. La purge a dé­jà com­men­cé : en 2011, le nombre de fonds de « pri­vate equi­ty » dans le monde a di­mi­nué, pour la pre­mière fois.

Mais le ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment n’est-il pas en par­tie res­pon­sable de ses propres dif­fi­cul­tés ? Des fonds, il en a eu au­tant qu’il en a vou­lu, dans les an­nées 2000. Entre 2005 et 2008, an­nées d’eu­pho­rie pour le « pri­vate equi­ty », ce­lui-ci a le­vé 1 900 mil­liards de dol­lars, à l’échelle mon­diale. Soit près de la moi­tié des 3 900 mil­liards le­vés au cours de ses qua­rante an­nées d’exis­tence !

Or, une par­tie im­por­tante de ce monceau d’ar­gent le­vé en trois ans « a été in­ves­tie au mau­vais mo­ment, lorsque les prix d’ac­qui­si­tion des en­tre­prises étaient éle­vés. Cer­tains de ces in­ves­tis­se­ments ne valent plus grand-chose au­jourd’hui » , as­sène An­toine Dréan.

Car la crise fi­nan­cière de 2008 et la ré­ces­sion éco­no­mique de 2009 sont pas­sées par là, avec pour co­rol­laire la chute des va­lo­ri­sa­tions des en­tre­prises et, pour les fonds de LBO (Le­ve­rage BuyOut : ac­qui­si­tion par en­det­te­ment) sur­en­det­tés, la dé­pos­ses­sion de leurs par­ti­ci­pa­tions par leurs banques créan­cières.

Ré­sul­tat, les fonds le­vés en 2006 ont au­jourd’hui rem­bour­sé à leurs in­ves­tis­seurs 19 % seule­ment de leur mise, alors que la règle veut que ces der­niers ré­cu­pèrent plus de la moi­tié de leur in­ves­tis­se­ment au bout de six ans. Dans ces condi­tions, pas éton­nant que les in­ves­tis­seurs se fassent dé­sor­mais ti­rer l’oreille.

« Il y a une cor­rec­tion des ex­cès pas­sés, et elle est saine. Mais tout n’est pas de la faute des équipes de pri­vate equi­ty » , nuance Vir­gi­nie La­zès, di­rec­trice as­so­ciée de la banque Bryan, Gar­nier & Co. En ef­fet, si les banques et les as­su­reurs, tra­di­tion­nels pour­voyeurs de fonds du ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment, se montrent au­jourd’hui moins pro­digues, c’est en rai­son du dur­cis­se­ment de leur ré­gle­men­ta­tion en ma­tière de fonds propres, avec la pro­chaine en­trée en vi­gueur des normes dites de Bâle III et de Sol­va­bi­li­té II. Bien que celles-ci aient une por­tée mon­diale, elles s’avèrent par­ti­cu­liè­re­ment pé­na­li­santes pour les so­cié­tés fran­çaises de « pri­vate equi­ty », qui, con­trai­re­ment à leurs ri­vales an­glo-saxonnes, ne peuvent pas se ra­battre sur l’ar­gent des fonds de pen­sion, très peu nom­breux dans l’Hexa­gone. Ré­sul­tat, au­jourd’hui, les par­ti­cu­liers sont les prin­ci­paux in­ves­tis­seurs en « pri­vate equi­ty », en France.

Une si­tua­tion qui « n’est pas saine, les in­ves­tis­se­ments des par­ti­cu­liers ré­sul­tant d’in­ci­ta­tions fis­cales dont on ignore si elles per­du­re­ront [comme le dis­po­si­tif FCPI, fonds com­mun de place-

C’est dire si la si­tua­tion ac­tuelle du ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment n’est pas simple. No­tam­ment en France où, à ces pro­blé­ma­tiques de le­vées de ca­pi­taux et de ces­sions de par­ti­ci­pa­tions, s’ajoute celle de la fiscalité.

Du­rant la cam­pagne élec­to­rale, François Hol­lande s’est en­ga­gé à re­voir la pro­cé­dure du LBO, poin­tant du doigt « des groupes fi­nan­ciers qui viennent prendre la sub­stance des en­tre­prises pour les vendre après » . L’une des me­sures phares du can­di­dat so­cia­liste à la pré­si­den­tielle ré­side dans la sup­pres­sion – ou du moins la ré­duc­tion – de la dé­duc­ti­bi­li­té des in­té­rêts des em­prunts contrac­tés pour fi­nan­cer l’ac­qui­si­tion d’une so­cié­té. « Une ini­tia­tive propre à flin­guer le LBO », ful­mine un conseiller en le­vée de fonds. Et à fa­vo­ri­ser l’exil des so­cié­tés fran­çaises de ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment : « En ce mo­ment, nous tra­vaillons beau­coup sur le dé­pla­ce­ment de sièges so­ciaux à l’étrang e r, n o ta mment à Londres »,

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