Notre es­sor au Viet­nam est bon pour Con­car­neau, qui ne s’est ja­mais aus­si bien por­tée. »

La Tribune Hebdomadaire - - REPORTAGE - Pas­cal Pi­riou,

pré­sident du di­rec­toire rence de prix liée bien sûr au coût de la main-d’oeuvre, même si Jean-Marie Nicot-Bé­ren­ger n’es­time ce­lui-ci qu’à 15 % en­vi­ron du prix d’un de ces na­vires. « Nous avons pu trou­ver fa­ci­le­ment du per­son­nel qua­li­fié, ajoute-t-il, car le géant lo­cal de la construc­tion na­vale, Vi­na­shin, était en pleine re­struc­tu­ra­tion »

La ten­dance s’est ce­pen­dant re­tour­née avec l’es­sor de l’ex­plo­ra­tion pé­tro­lière off­shore, et Seas a dû, pour li­mi­ter le turn over, aug­men­ter en trois ans les sa­laires de 50 % (35 % seule­ment en eu­ros). Ce­la dit, le sa­laire moyen dans l’en­tre­prise reste de l’ordre 150 à 200 eu­ros par mois…

À l’ori­gine de la ra­pide ex­pan­sion in­ter­na­tio­nale du chan­tier bre­ton, fon­dé en 1965 par les frères Guy et Mi­chel Pi­riou, il y a Jacques de Cha­teau­vieux, pré­sident du groupe Bour­bon et client his­to­rique du chan­tier fi­nis­té­rien. L’homme d’af­faires réu­nion­nais, de­ve­nu l’un des lea­ders des ser­vices ma­ri­times à l’off­shore pé­tro­lier, en­cou­rage les pre­miers pas à l’étran­ger (une so­cié­té à l’île Mau­rice ré­cem­ment re­cé­dée, et un bu­reau d’étude en Po­logne où sont sous-trai­tées cer­taines coques de ba­teaux). Cette stra­té­gie doit per­mettre à Pi­riou de ré­sis­ter au dur­cis­se­ment de la concur­rence mon­diale.

En 2004, il pro­pose à la deuxième gé­né­ra­tion, qui ac­cède au pou­voir, de le suivre au Ni­gé­ria puis, en 2006 au Viet­nam. Pour fi­nan­cer l’in­ves­tis­se­ment, dé­ci­sion est prise de cé­der 80 % du ca­pi­tal à AXA Pri­vate Equi­ty et à Jac­car, hol­ding per­son­nel de Jacques de Cha­teau­vieux. De­puis, les fils de Guy Pi­riou, Pas­cal et Jacques, ain­si que leurs prin­ci­paux di­rec­teurs, ont re­pris le contrôle du chan­tier (55 %), Jac­car en conser­vant 45 %. « Jac­car nous a fa­ci­li­té la vie au Viet­nam, grâce à sa connais­sance du pays » , re­con­naît vo­lon­tiers le pa­tron de Pi­riou.

Mais Jacques de Cha­teau­vieux, dont la ga­laxie ne cesse de s’étendre, ap­porte aus­si les com­mandes : le site de Ben Luc tra­vaille ain­si à 100 % pour Bour­bon, et ce­lui de Nhà Bè à 100 % pour Sap­mer, fi­liale à 80 % de… Jac­car.

En cinq ans, le chiffre d’af­faires de Pi­riou a bon­di de 80 %. Mais les quelque 350 sa­la­riés fran­çais – dont 250 à Con­car­neau– s’in­quiètent de cet en­goue­ment pour l’in­ter­na­tio­nal. Pas­cal Pi­riou le sait et re­jette avec éner­gie le terme de dé­lo­ca­li­sa­tion. « Notre es­sor au Viet­nam est bon pour Con­car­neau, qui ne s’est ja­mais aus­si bien por­tée. L’ob­jec­tif est d’évi­ter de perdre des clients pour des rai­sons de prix ou de dé­lais. Mais nous sommes dé­ci­dés à conser­ver l’in­gé­nie­rie à Con­car­neau. Nous conti­nuons d’y construire les pro­to­types, et nous construi­sons les sé­ries au Viet­nam, en nous trans­fé­rant à nous-mêmes notre sa­voir-faire » , mar­tèle-t-il, non sans re­con­naître, prag­ma­tique : « On ne construi­ra sans doute plus de grand tho­nier à Con­car­neau. Ce n’est pas grave si on fait autre chose, par exemple tra­vailler da­van­tage pour la ma­rine na­tio­nale. » Il cite aus­si le contrat que Con­car­neau vient de si­gner avec la so­cié­té gua­de­lou­péenne TMDD pour une barge de 50 mètres, ou en­core la li­vrai­son pro­chaine d’un qua­trième re­mor­queur aux ports al­gé­riens…

Une lo­gique de com­plé­men­ta­ri­té qui semble por­ter ses fruits : dans un sec­teur si­nis­tré en France, le chan­tier fi­nis­té­rien fait mieux que gar­der la tête hors de l’eau. Mal­gré tout, l’ar­ri­vée il y a trois mois à Hô-Chi-Minh-Ville de Jean-Marc Prime, l’ex-res­pon­sable du bu­reau d’études de Con­car­neau, a ravivé les in­quié­tudes, sa mis­sion étant jus­te­ment d’en créer un au Viet­nam. « Pour le mo­ment, dit-il, ce n’est pas simple, beau­coup de nos sa­la­riés ne parlent pas en­core bien l’an­glais. Mais le but, c’est que dans trois ans, je laisse mon poste à un Viet­na­mien. »

Car, même s’il ré­flé­chit à une nou­velle im­plan­ta­tion en In­do­né­sie, Pi­riou veut faire du Viet­nam la base de son es­sor en Asie. Il juge ce pays de 90 mil­lions d’ha­bi­tants (qui connaît de­puis vingt ans un taux de crois­sance an­nuel moyen de 7 %) pro­met­teur et moins écra­sant que la Chine. Pour le mo­ment, sa dé­pen­dance à Jac­car ne lui pose guère de pro- Lau­ri veut s’at­ta­quer à l’océan Pa­ci­fique, « où le thon est plus abon­dant ». Deux na­vires – voire quatre – d’une nou­velle sé­rie sont en dis­cus­sion avec Pi­riou. Tout de même, Pi­riou pré­fé­re­rait di­ver­si­fier la clien­tèle de Seas. Ce se­ra le rôle du nou­veau di­rec­teur com­mer­cial, Jo­ris Ne­ven, dé­bau­ché fin 2011 des chan­tiers néer­lan­dais Da­men. Une fa­çon de gar­der la main. Car Yan­nick Lau­ri veut que ses pro­chains na­vires soient « plus éco­no­miques, que leur prix se rap­proche de ce­lui d’un tho­nier clas­sique » . Au­tour de 20 mil­lions d’eu­ros l’uni­té. Il n’ex­clut d’ailleurs pas de mettre son par­te­naire bre­ton –ac­tion­naire com­mun ou pas – en concur­rence avec des chan­tiers chi­nois ou co­réens. His­toire sans doute de pi­men­ter la né­go­cia­tion.

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