« in­ves­tir dans l’édu­cat ion, la re­cherche et la san­té »

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE - Propos recueillis I.B.

Ce quin­quen­nat va s’ou­vrir sur une vé­ri­table ré­vo­lu­tion : pour la pre­mière fois, une élec­tion dans un pays eu­ro­péen pèse sur l’en­semble de la po­li­tique éco­no­mique de la zone. Avant même le se­cond tour, la mul­ti­pli­ca­tion des voix pour exi­ger, dans le sillage de François Hol­lande, une po­li­tique de crois­sance va contri­buer à ré­orien­ter les po­li­tiques. Car celle conduite ac­tuel­le­ment ne peut que nous faire bas­cu­ler de la grande ré­ces­sion à la grande dé­pres­sion. Les pré­co­ni­sa­tions idéo­lo­giques de la Com­mis­sion comme de la BCE, telles que la ré­forme du mar­ché du tra­vail, des­ti­née à faire bais­ser les sa­laires, sont pro­fon­dé­ment dé­fla­tion­nistes ; elles amènent à une dé­fla­tion struc­tu­relle. Il faut en sor­tir : sans trai­ter cette ur­gence, notre ave­nir se­ra du­ra­ble­ment as­som­bri. Au-de­là, sur le moyen-long terme, il faut re­nouer avec une stra­té­gie de crois­sance, in­dis­pen­sable, ne se­rait-ce que pour payer nos retraites, fi­nan­cer nos ser­vices pu­blics. Il faut non seule­ment re­trou­ver des taux de crois­sance suf­fi­sants, mais aus­si rat­tra­per tout ce qui a été per­du de­puis le dé­but de la crise, soit près de 10 points de PIB en Eu­rope. Ce­la passe no­tam­ment par une po­li­tique vo­lon­ta­riste d’in­ves­tis­se­ment dans deux sec­teurs : l’édu­ca­tion et la san­té. S’agis­sant de l’édu­ca­tion, le risque existe que la France soit ab­sente de la nou­velle vague d’ex­pan­sion. Par­tout dans le monde, des états-Unis aux pays émer­gents, le ni­veau moyen d’études, sin­gu­liè­re­ment su­pé­rieures, monte ; il n’est pas en­vi­sa­geable d’igno­rer cette ten­dance. Nous de­vons consi­dé­rer l’édu­ca­tion comme un sec­teur créa­teur de ri­chesses, et ne pas hé­si­ter à ­ac­cueillir ­mas­si­ve­ment des étu­diants étran­gers. C’est seule­ment si nous par­ve­nons à réa­li­ser cet ef­fort de qua­li­fi­ca­tion, de for­ma­tion et de re­cherche, que nous pour­rons faire face à la tran­si­tion éner­gé­tique, que le chan­ge­ment cli­ma­tique nous im­po­se­ra : nous avons be­soin de cher­cheurs, d’in­gé­nieurs, de tech­ni­ciens pour nous adap­ter à cette nou­velle donne. Le se­cond ver­sant de la po­li­tique de crois­sance pas­se­rait par l’in­ves­tis­se­ment dans le do­maine mé­di­co-so­cial. Là aus­si, la de­mande se­ra mé­ca­ni­que­ment très forte, qu’il s’agisse de re­cherche mé­di­cale ou de ges­tion de la dé­pen­dance. Au to­tal, en 2025, la san­té pour­rait re­pré­sen­ter un cin­quième de l’éco­no­mie eu­ro­péenne, l’édu­ca­tion un dixième, tout comme la tran­si­tion éner­gé­tique et l’adap­ta­tion cli­ma­tique. On au­rait là, avec ces nou­veaux sec­teurs, pas moins de la moi­tié de l’éco­no­mie ! Bien sûr, tout ce­la va coû­ter cher aux fi­nances pu­bliques. Mais je crois fon­da­men­ta­le­ment qu’il est pos­sible de ré­duire notre dé­fi­cit pu­blic tout en pro­cé­dant à ces in­ves­tis­se­ments né­ces­saires. Les marges d’éco­no­mies, de sup­pres­sion des niches fis­cales ou so­ciales sont re­mar­quables, si l’on veut bien re­mettre en cause la lo­gique de po­li­tiques pu­bliques d’in­ci­ta­tion, coû­teuses, pour une in­ef­fi­ca­ci­té sou­vent pa­tente. Un exemple à 30 mil­liards d’eu­ros : les mul­tiples dis­po­si­tifs d’al­lé­ge­ment de co­ti­sa­tions so­ciales se can­ni­ba­lisent ; chaque em­ploi peu qua­li­fié créé coûte de 40 000 à 100 000 eu­ros à l’état par an, soit bien plus qu’un professeur ou une in­fir­mière qua­li­fiée.

Chaque em­ploi peu qua­li­fié coûte de 40 000 à 100 000 eu­ros à l’état par an. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.