« METTRE fin à l’agi­tat ion per­pé­tuelle »

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE - Propos recueillis par S.P.

’ur­gence est de cou­per court au cli­mat dé­lé­tère qui règne dans le pays et de res­tau­rer l’as­sise de la confiance. Confiance dans les ins­ti­tu­tions, confiance entre les ci­toyens, seule condi­tion pour ou­vrir des pers­pec­tives d’ave­nir. La crise de confiance ac­tuelle touche tous les re­pré­sen­tants du pou­voir et du sa­voir (san­té, jus­tice, en­sei­gne­ment, re­cherche). Con­crè­te­ment, il s’agit pour le futur pré­sident de mettre en co­hé­rence son dis­cours et ses actes, par une plus grande mo­des­tie dans les an­nonces et une per­sé­vé­rance dans trois ou quatre prio­ri­tés dé­fi­nies. Donc de mettre fin à l’agi­ta­tion per­pé­tuelle qui a ca­rac­té­ri­sé le pré­cé­dent quin­quen­nat. Res­tau­rer la confiance, ce­la passe aus­si par l’ac­ces­sion au lo­ge­ment, au sens du foyer. Or, l’ac­cès au lo­ge­ment est de­ve­nu qua­si im­pos­sible pour cer­tains et ex­trê­me­ment dif­fi­cile pour les classes moyennes. Même un cadre su­pé­rieur doit four­nir des ga­ran­ties in­vrai­sem­blables. Per­mettre à tous les Fran­çais d’avoir un lieu si­gni­fie éga­le­ment chan­ger la per­cep­tion et les po­li­tiques en vi­gueur dans le lo­ge­ment. Il ne s’agit pas de créer en­core plus de quo­tas de HLM, mais de re­pen­ser l’ur­ba­nisme pour fa­vo­ri­ser les condi­tions du « vivre en­semble », se­lon l’ex­pres­sion en vogue. Les plans de dé­pla­ce­ments ur­bains de­vraient donc être pen­sés et mis en oeuvre dans cette pers­pec­tive. Au­jourd’hui, tout tend à « ghet­toï­ser » les ci­toyens. On voit ar­ri­ver chez nous les ré­si­dences de luxe pour ul­tra­riches à l’amé­ri­caine, avec ca­mé­ras de sur­veillance! C’est pour­tant en se cô­toyant qu’on ap­prend à se connaître… et à s’ac­cep­ter. Res­tau­rer la confiance, c’est en­fin re­pen­ser l’exer­cice de l’au­to­ri­té dans la dé­mo­cra­tie contem­po­raine. Les hommes po­li­tiques sont entre Cha­rybde et Scyl­la, entre la pos­ture du lea­der cha­ris­ma­tique et le laxisme. Ils ont ou­blié qu’il n’y a pas d’au­to­ri­té sans une forme de compétence, comme l’a mon­tré We­ber. Ils doivent dé­sor­mais faire avec une au­to­no­mie crois­sante des ci­toyens. Leur au­to­ri­té n’est donc plus aus­si so­li­daire que par le pas­sé de la lé­gi­ti­mi­té. Dé­sor­mais elle se fonde sur l’exer­cice de la res­pon­sa­bi­li­té, c’est-à-dire sur le fait d’être ca­pable de ré­pondre de ses actes. L’exer­cice de l’au­to­ri­té du futur pré­sident de­vra donc se fon­der sur le fait de te­nir pa­role dans les deux sens du terme, à la fois ne pas par­ler à tort et à tra­vers, ne pas dire tout ce qui lui passe par la tête ; mais aus­si faire preuve de re­te­nue, de constance et en as­su­mer les consé­quences. C’est ce que l’on ob­serve dans les re­la­tions pa­rents-en­fants comme entre ma­na­gers et col­la­bo­ra­teurs ou entre pro­fes­seurs et élèves. Et c’est au­tre­ment plus com­plexe et exi­geant que se ré­fu­gier der­rière n’im­porte quel sta­tut. Pour le futur pré­sident et les membres de son équipe, il est cru­cial de tra­vailler à ins­tal­ler ce nou­veau rap­port à l’au­to­ri­té ».

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