Ivan Best

La Tribune Hebdomadaire - - LA TRIBUNE À… MADRID -

ré­dac­teur en chef ad­joint au ser­vice éco­no­mie de

Ils man­que­raient d’in­té­gri­té. Les conflits d’in­té­rêts se­raient mul­tiples, pour nos éco­no­mistes les plus mé­dia­tiques, comme l’af­firme un livre ré­cent si­gné Laurent Mau­duit ( voir en­ca­dré), au­quel ont ver­te­ment ré­pon­du cer­tains d’entre eux. Mais, par-de­là la po­lé­mique sur leur at­ti­tude, leurs liens avec le monde de la fi­nance, la ques­tion n’est-elle pas tout sim­ple­ment celle de l’uti­li­té des conseiller­s du prince, cen­sés pré­voir les grandes évo­lu­tions ma­croé­co­no­miques, et sug­gé­rer les po­li­tiques les plus ap­pro­priées ? Peuvent-ils pré­voir ? Avant la crise, on pou­vait en­core, avec un peu de man­sué­tude, le pen­ser. De­puis 2008, ce n’est plus le cas. Car la pré­vi­sion des grands in­di­ca­teurs de l’éco­no­mie (PIB, em­ploi, in­fla­tion…) re­pose sur l’uti­li­sa­tion de mo­dèles qui, au­jourd’hui, « ne peuvent plus an­ti­ci­per quoi que ce soit » , sou­ligne le di­rec­teur d’études éco­no­miques de Na­tixis, Pa­trick Ar­tus. A la ri­gueur, ils fonc­tionnent quand tout est calme, quand les évo­lu­tions éco­no­miques s’en­chaînent lo­gi­que­ment. « Mais de­puis l’au­tomne 2008, il y a de telles dis­con­ti­nui­tés, il y a tant de pa­ra­mètres, d’in­cer­ti­tudes, que ces mo­dèles sont de­ve­nus in­opé­rants », in­siste Pa­trick Ar­tus. Et de diag­nos­ti­quer une « vraie crise de la ma­croé­co­no­mie » . S’il existe un lieu en France où l’on dé­fend en­core cette « ma­cro » – in­ven­tée par Keynes et ses suc­ces­seurs, dans les an­nées 1930 –, c’est bien l’Ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques. L’un de ses cadres, Eric Heyer, l’ad­met, les temps sont dif­fi­ciles. « Les mo­dèles ma­croé­co­no­miques, li­néaires, sont adap­tés à des si­tua­tions plus ou moins nor­males. Mais quand un choc im­por­tant se pro­duit, on ne le voit pas ve­nir. En­suite, si l’éco­no­mie reste éloi­gnée de sa tra­jec­toire ten­dan­cielle, comme au­jour­d’hui, la pré­vi­sion reste très dif­fi­cile. » Nos éco­no­mistes sont-ils en me­sure, au moins, de conseiller va­la­ble­ment les res­pon­sables po­li­tiques ? La si­tua­tion est pour le moins pa­ra­doxale. Alors que la crise de 2008 a re­mis au goût du jour les re­lances key­né­siennes, l’ana­lyse éco­no­mique fon­dée sur les le­çons du maître de Cam­bridge s’ef­fondre. Car le pro­blème va au-de­là de la simple pré­vi­sion. Un gou­ver­ne­ment ou une banque cen­trale pour­raient ad­mettre une er­reur des ex­perts sur le taux de crois­sance à ve­nir. Mais la vé­ri­té, c’est que les po­li­tiques, les ­ban­quiers cen­traux, sont plon­gés dans le noir ab­so­lu. « Au­jourd’hui, en rai­son de la com­plexi­té des phé­no­mènes à l’oeuvre dans la crise, no­tam­ment fi­nan­ciers, per­sonne n’est ca­pable de dire à la Banque cen­trale eu­ro­péenne quel se­ra l’im­pact d’une baisse d’un point des taux d’in­té­rêt », sou­ligne Pa­trick Ar­tus. « La Banque d’Angleterre a fait réa­li­ser une étude pour pré­voir l’in­fla­tion à dix-huit mois. In­té­res­sant, sauf que la marge d’er­reur était éva­luée entre 1 et 4 % », iro­nise-t-il. Eric Heyer tem­père : « Nous pou­vons tou­jours ex­pli­quer les en­chaî­ne­ments éco­no­miques. » Oui, mais de là à pou­voir éva­luer vrai­ment et conseiller les res­pon­sables po­li­tiques… « Les éco­no­mistes que je ren­con­trais avaient tou­jours d’ex­cel­lentes idées gé­né­rales », note un an­cien conseiller de Ber­cy. « Exemple : il faut sou­te­nir le BTP. Mais ils étaient in­ca­pables de dire comment : par l ’o f f r e , la de­mande, les pro­prié­taires ? » En réa­li­té, la si pres­ti­gieuse ma­croé­co­no­mie était en crise avant 2008 et la chute de Leh­man Bro­thers. A tel point que, au-de­là des ex­perts mé­dia­tiques en piste de­puis des an­nées, plus au­cun jeune cher­cheur ne s’y in­té­resse. « Au cours des an­nées 1990 a émer­gé la cri­tique des études ma­croé­co­no­miques, cen­sées ex­pli­quer la réa­li­té de cen­taines de pays à l’aide de di­zaines de va­riables, dont cer­taines ne vou­laient plus dire grand-chose », ex­plique An­toine

[ca­gle­car­toons]

Vous vou­lez sa­voir comment se porte l’éco­no­mie amé­ri­caine ? Très bien! Si vous la com­pa­rez au nau­frage… des éco­no­mies eu­ro­péennes.

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