Per­rin « le Par­rain » a conçu le cam­ping nou­velle gé­né­ra­tion, axé au­tour d’un art de « vivre en­semble » pour clien­tèle ai­sée.

La Tribune Hebdomadaire - - LA TRIBUNE À… MADRID -

Avant, on pré­voyait au moins dix jours de va­cances, on voya­geait plus de dix heures dans un avion et, en­fin, on pou­vait jouer les Ro­bin­son Cru­soé sur une plage de sable blanc dans un lodge en bois et toile du plus grand chic. C’était avant qu’Alain-Do­mi­nique Per­rin, l’ex-pa­tron de Car­tier, n’ait l’idée de pro­po­ser le même dé­pay­se­ment à trois heures de Pa­ris, sur l’île de Noir­mou­tier, deuxième ré­gion de France la plus en­so­leillée après le Var.

Dé­sor­mais, on peut jouer à Ro­bin­son et aux chefs sioux le temps d’un week-end ou plus, du 1er avril au 30 sep­tembre. Le concept est sé­dui­sant et ne manque pas d’ori­gi­na­li­té : en lieu et place de l’an­cien cam­ping mu­ni­ci­pal de La Gué­ri­nière se dressent main­te­nant des ti­pis en bois et toile, des lodges et des tentes tout droit sor­tis de notre ima­gi­naire d’en­fant, mais pour­vus du confort es­pé­ré par les ci­ta­dins que nous sommes.

Sur cinq hec­tares, le do­maine des Mou­lins offre, en bor­dure d’une des plus belles plages de l’île, 175 ha­bi­ta­tions éco­lo chic, version cam­ping « new age » et éco-friend­ly dans un vil­lage sans voi­tures, avec Spa et res­tau­rant gas­tro­no­mique, mais où la vé­gé­ta­tion a re­pris ses droits. Les en­fants y ont leurs lieux et leurs es­paces, leurs ani­ma­tions et leurs goû­ters. Ici, pas de té­lé­vi­sion. Les fa­milles sont cen­sées s’y re­trou­ver, se par­ler et par­ta­ger les joies simples du bord de mer pour être… en­semble, c’est tout. « Nos clients se sentent dans un co­con. Ils viennent ici pour se re­po­ser et dé­bran­cher. Nous leur pro­po­sons une hô­tel­le­rie de plein air haut de gamme », ex­plique Stéphane Du­fils, le di­rec­teur gé­né­ral d’Ori­gi­nal Cam­ping.

Car c’est bien de cam­ping qu’il s’agit, mais ori­gi­nal, parce qu’ici on na­vigue entre l’ori­gi­nel, les ori­gines et le dé­con­cer­tant. Adieu Mi­mile en mar­cel et son mo­bile home tout plas­tique. Bien­ve­nue aux bo­bos de tous bords, aux fa­milles re­com­po­sées, aux éco­los dé­crois­sants et aux Al­le­mands et Néer­lan­dais dé­jà conquis. Au do­maine des Mou­lins on joue la carte de l’au­then­tique, du simple raf­fi­né. L’image du cam­ping d’an­tan a été soi­gneu­se­ment gom­mée, les mo­bile homes dé­ga­gés peu à peu. Au point qu’Alain-Do­mi­nique Per­rin et Stéphane Du­fils n’ont pu évi­ter, le pre­mier été, les re­proches des ha­bi­tués es­ti­mant que « les riches leur pi­quaient leur cam­ping ». « Je m’en fous », ré­pond Alain-Do­mi­nique Per­rin, avec son franc-par­ler ha­bi­tuel. « Je fais tra­vailler des cen­taines de per­sonnes sur l’île. Je n’ai pas de honte d’en­tre­prendre et de faire tra­vailler les pu­blic (DSP) sur la pro­po­si­tion du maire de Noir­mou­tier, en 2008, Alain-Do­mi­nique Per­rin s’est pi­qué au jeu. Des mil­lions d’arbres ont été re­plan­tés. Pe­tit à pe­tit, les mo­dèles d’ha­bi­ta­tion de 2 à 8 per­sonnes se sont so­phis­ti­qués au point d’inau­gu­rer, cet été, une gamme de ti­pis pres­tige et de lodge luxueux pour­vus de ter­rasses pri­va­tives face à la mer avec Ja­cuz­zi, aux in­té­rieurs en bois clair, à la cui­sine ou­verte et à la dé­co­ra­tion ul­tra­soi­gnée… et sur­tout bien iso­lés des in­tem­pé­ries. Le res­tau­rant « La Ca­bane » est en passe de de­ve­nir un haut lieu gas­tro­no­mique de l’île. AlainDo­mi­nique Per­rin vient d’y ins­tal­ler Alex, un chef vé­né­zué­lien vi­vant à Ma­drid, qu’il a dé­cou­vert lors d’une de ses chasses en Es­pagne, et Willy, un chef pâ­tis­sier… par­lant es­pa­gnol ! D’ailleurs, les Noir­mou­trins ne s’y trompent pas, qui viennent dé­sor­mais en voi­sins pro­fi­ter des soins du Spa et de l’ex­cel­lente table du res­tau­rant. Mais aus­si de la carte des vins. Car on y sert ex­clu­si­ve­ment ceux du do­maine de La­gré­zette (Ca­hors), éga­le­ment pro­prié­té d’AlainDo­mi­nique Per­rin, qu’il cultive avec pas­sion de­puis trente-trois ans.

Le « gent­le­man cam­peur » a ain­si im­por­té au do­maine des Mou­lins tous les in­gré­dients du luxe, qu’il autres. Et une clien­tèle plus ai­sée fait mar­cher le com­merce lo­cal plus sû­re­ment que ceux qui ve­naient avec leur congé­la­teur plein pour les va­cances. Il faut que le tou­risme pro­duise de la ri­chesse sur l’île. Et il reste tou­jours d’autres em­pla­ce­ments à Noir­mou­tier pour ceux qui viennent avec leur ca­ra­vane et leur tente ».

De­puis qu’il a re­pris le cam­ping mu­ni­ci­pal en dé­lé­ga­tion de ser­vice maî­trise à la per­fec­tion, et dans le­quel il a fait toute sa car­rière. L’an­cien pa­tron de Car­tier qui, à 69 ans, pré­side en­core au co­mi­té stra­té­gique de Ri­che­mont et garde un re­gard acé­ré sur tous les pro­duits du groupe, n’a pas son pa­reil pour tra­quer ici ou là le moindre dé­tail qui por­te­rait om­brage à la qua­li­té de ses en­tre­prises.

Cette aven­ture des cam­pings, qu’il qua­li­fie de « ha­sard très amu­sant », ce gros bos­seur la mène comme tout ce qu’il a tou­jours en­tre­pris : à fond ! Se ba­la­dant in­co­gni­to en So­lex, cha­peau vis­sé sur les oreilles et lu­nettes noires, il passe au peigne fin toutes les trois se­maines ses nou­veaux ter­rains de jeux, note par exemple qu’il y manque des fleurs, et « pousse sou­vent son coup de gueule ». Les corps de mé­tier re­çoivent des SMS au moindre faux pas. Fu­rieux contre son construc­teur de tentes Ca­ba­non, il s’ap­prête à le traî­ner de­vant la jus­tice pour dé­faut ma­jeur sur la qua­li­té des toiles, dont beau­coup com­mencent à se dé­chi­rer. « Une tente s’amor­tit en sept ans. Celles-ci n’ont même pas trois ans. Je prends dix ans à chaque fois que je viens ici » , tem­pête ce­lui qui se bat contre ces gens du bâ­ti­ment trop ap­proxi­ma­tifs dans leurs dé­lais et leur ni­veau de qua­li­té. Mais quand le « pa­tron » est là, ça file droit. Et les pho­tos de lui en­fant qui ornent les murs du res­tau­rant sont là pour rap­pe­ler la lé­gi­ti­mi­té de ce fils du pays. « Le plus pe­tit em­ployé a ici la fier­té de tra­vailler pour ce pa­tron exi­geant et cha­ris­ma­tique » , re­con­naît Stéphane Du­fils, co­pain de pro­mo d’AlainDo­mi­nique Per­rin à l’Ecole des cadres.

Il règne dans ce lieu un es­prit bon en­fant, une franche ca­ma­ra­de­rie qui évite tout ac­cent trop « bling­bling ». Le « dress code » est chic, ma­rine et blanc, plu­tôt que rose et do­ré fa­çon Saint-Trop. Co­pains d’en­fance et membres de la fa­mille Per­rin se re­trouvent à dé­jeu­ner le week-end à La Ca­bane, par­mi les clients des Mou­lins. Stéphane Du­fils et Ré­gine Ham­me­rer veillent à culti­ver convi­via­li­té et hu­ma­nisme, res­pect du cadre na­tu­rel. Les jeunes re­crues viennent pour l’été des écoles de M. Per­rin (Sup de Luxe, Ecole des di­ri­geants et créa­teurs d’en­tre­prise), fils et filles de bonnes fa­milles qui ap­portent une pe­tite touche de « chez soi ». Le style Cô­té Ouest règne en maître.

Au­jourd’hui, l’aven­ture se pour­suit. Après les Mou­lins, AlainDo­mi­nique Per­rin a re­pris éga­le­ment la DSP du cam­ping de la Bar­bâtre, re­bap­ti­sé « Do­maine du Mi­di », et vient d’ac­qué­rir en bail com­mer­cial ce­lui de la Bosse, bien­tôt re­bap­ti­sé « Do­maine du Grand Large ». Ce der­nier n’est en­core qu’un su­blime ter­rain boi­sé de chênes verts et val­lon­né, en bor­dure de mer. Stéphane Du­fils pro­jette d’y ins­tal­ler pour l’été 2013 des ca­ra­vanes vin­tage dans la tra­di­tion hip­pie chic : « Chaque cam­ping de l’île a sa si­gna­ture. Les Mou­lins s’adressent à une clien­tèle très haut de gamme, ce­lui du Mi­di aux plus spor­tifs, avec club de voile sur la plage, et ce­lui des Bosses est le plus bran­ché. »

Au to­tal, 30 hec­tares sur l’île ven­déenne qui ac­cueillent l’été près de 12 000 per­sonnes. Per­rin l’en­tre­pre­neur sexa­gé­naire, qui ne dort que cinq heures par nuit, ne compte pas s’ar­rê­ter là. A Leu­cate, sur les bords de la Mé­di­ter­ra­née, il ouvre cet été un même concept d’Ori­gi­nal Cam­ping de 3 hec­tares, axé sur les sports nau­tiques. Et des pro­jets sont en cours dans le Lot, en lien avec les vi­gnobles. « Je sa­vais que je fe­rais un bon coup, mais je ne m’at­ten­dais pas à un tel suc­cès. Je re­çois un nombre in­cal­cu­lable de pro­po­si­tions de l’étran­ger dont, pas plus tard qu’hier, 300 hec­tares au Cos­ta Ri­ca. Mais j’en­vi­sage plu­tôt de dé­ve­lop­per une fran­chise mon­diale avec un ca­hier des charges ex­trê­me­ment dé­taillé. Et nous exi­ge­rons d’être les four­nis­seurs de tentes pour être ga­rants de la qua­li­té », pré­cise Alain-Do­mi­nique Per­rin, qui met un point d’hon­neur à faire fa­bri­quer ses ha­bi­ta­tions en France, prin­ci­pa­le­ment en Ven­dée.

[Arnaud Briand]

Un ti­pi re­vi­si­té du Do­maine des Mou­lins

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