En France, les marges des en­tre­prises sont trop faibles pour re­lan­cer l’in­ves­tis­se­ment. »

La Tribune Hebdomadaire - - ANALYSE - P Propos recueillis ar Phi­lippe Ma­bille

sur la sor­tie de la Grèce de la zone eu­ro. Avec tous les risques de conta­gion que ce­la im­plique…

1997, avec Lio­nel Jos­pin, la gauche avait eu de la chance. L’ajus­te­ment bud­gé­taire avait bé­né­fi­cié du re­tour de la crois­sance. Et si François Hol­lande avait à son tour de la chance ?

Je pense qu’il est illu­soire de comp­ter à court terme sur la chance pour ré­soudre les pro­blèmes struc­tu­rels que va de­voir af­fron­ter la France ces pro­chaines an­nées. Bien sûr, à deux ans, je com­prends bien le rai­son­ne­ment et nous n’ex­cluons pas une re­prise pro­gres­sive. Mais, quand on re­garde bien la si­tua­tion française, elle est très dif­fé­rente de celle de 1997. L’écart de com­pé­ti­ti­vi­té ac­cu­mu­lé est trop im­por­tant pour être ré­sor­bé ra­pi­de­ment, ce qui n’était pas le cas à l’époque, puisque le com­merce ex­té­rieur de la France était en ex­cé­dent. Les marges des en­tre­prises sont trop faibles pour re­lan­cer l’in­ves­tis­se­ment et sur­tout, le mar­ché du tra­vail est blo­qué. Si on ne sort pas de cette iner­tie, sur les taux d’em­ploi des jeunes no­tam­ment, il ne faut pas trop comp­ter sur un re­tour­ne­ment fa­vo­rable de l’ac­ti­vi­té. En outre, l’environnem­ent ma­croé­co­no­mique est dif­fé­rent. En 2012, tous les pays eu­ro­péens, sauf l’Al­le­magne, ont le pied sur le frein. Ce­la va plom­ber du­ra­ble­ment notre po­ten­tiel de crois­sance. Les éco­no­mistes tra­vaillent beau­coup ac­tuel­le­ment sur les mul­ti­pli­ca­teurs bud­gé­taires et s’in­ter­rogent sur l’ef­fet am­pli­fi­ca­teur d’une aus­té­ri­té gé­né­ra­li­sée dans plu­sieurs pays à la fois. On n’avait pas pris en compte cet ef­fet lors­qu’il a été dé­ci­dé d’ac­cé­lé­rer la ré­duc­tion des dé­fi­cits. à l’époque, on croyait que ce­la au­rait des ef­fets bé­né­fiques sur la crois­sance. Ce consen­sus est au­jourd’hui rom­pu.

a-t-il une al­ter­na­tive à ­l’aus­té­ri­té face à la pres­sion des mar­chés ?

C’est tout le dé­fi du mo­ment. Les éco­no­mistes, aca­dé­miques comme ceux des salles de mar­ché, sont d’ac­cord pour dire que ce se­rait mieux d’éta­ler les ef­forts afin de pré­ser­ver un peu de crois­sance. L’ex­pé­rience des der­niers mois a prou­vé qu’on ne ré­duit pas mieux les dé­fi­cits et la dette en ré­ces­sion. C’est contre­pro­duc­tif et même, comme en Grèce ou en Es­pagne, ce­la ag­grave le mal qu’on est cen­sé soi­gner. On peut ga­gner quelques dixièmes de point de crois­sance en ajus­tant mieux le rythme de la ré­duc­tion des dé­fi­cits et ce­lui des ré­formes struc­tu­relles. Tout le pro­blème, c’est de le faire sans rompre le fil té­nu de la confiance des mar­chés.

les mar­chés n’ont tou­jours pas at­ta­qué la France, comme cer­tains s’y at­ten­daient…

Je n’ai ja­mais cru à la thèse du ren­dez-vous du 7 mai. La zone de dan­ger sur la dette française se si­tue, se­lon moi, plu­tôt dans le cou­rant de l’été, lorsque la nou­velle ma­jo­ri­té is­sue des élec­tions lé­gis­la­tives de juin de­vra dé­li­vrer des ré­sul­tats concrets. On ne sait rien des 50 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mies bud­gé­taires an­non­cées, sur les 100 mil­liards et quelques d’ajus­te­ments né­ces­saires pour re­ve­nir à l’équi­libre en 2017. C’est quand les dis­cus­sions sé­rieuses vont com­men­cer au Par­le­ment que les in­ves­tis­seurs risquent de se rap­pe­ler au sou­ve­nir des di­ri­geants. Juillet se­ra d’au­tant plus ten­du qu’il y au­ra une échéance très im­por­tante de rem­bour­se­ment de dette à moyen et long terme par l’état, de l’ordre de 30 mil­liards d’eu­ros. Heu­reu­se­ment, l’Agence France Tré­sor a an­ti­ci­pé ce mo­ment, puisque 45 % de son be­soin de fi­nan­ce­ment de l’an­née [188 mil­liards d’eu­ros d’em­prunts à moyen et long terme, ndlr] est dé­jà as­su­ré.

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