Outre l’af­gha­nis­tan, le dé­ploie­ment du bou­clier an­ti­mis­sile de l’otan en Eu­rope est au me­nu du som­met de Chi­ca­go.

La Tribune Hebdomadaire - - DÉCRYPTAGE -

Et une pe­tite va­che­rie de plus entre « amis »… On connais­sait les di­ver­gences entre An­ge­la Mer­kel et François Hol­lande sur la re­lance éco­no­mique en Eu­rope, on connais­sait beau­coup moins leurs désac­cords… sur l’Otan. La scène se passe au Bun­des­tag jeu­di der­nier, de­vant des dé­pu­tés al­le­mands conquis. Après avoir rap­pe­lé sa fer­me­té sur la po­li­tique éco­no­mique que doit me­ner l’Eu­rope, la chan­ce­lière ap­pelle, sous les ap­plau­dis­se­ments nour­ris des dé­pu­tés, au res­pect du ca­len­drier de re­trait des troupes in­ter­na­tio­nales en Af­gha­nis­tan, fixé par l’Otan à fin 2014. Ni plus ni moins qu’un tacle ap­puyé à son nou­veau par­te­naire fran­çais aga­çant, François Hol­lande, qui dé­fen­dra di­manche et lun­di (20 et 21 mai) à Chi­ca­go un re­trait des troupes tri­co­lores avant la fin 2012. Am­biance.

« En 2012, nous condui­rons le re­trait de nos troupes com­bat­tantes d’Af­gha­nis­tan » , avait af­fir­mé le 11 mars François Hol­lande lors de son dis­cours sur la po­li­tique de dé­fense. La France, qui a dé­jà re­ti­ré 600 sol­dats de­puis oc­tobre 2011, comp­teen­core3400­hom­me­set150 gen­darmes, ba­sés no­tam­ment à Ka­boul et dans la pro­vince de Ka­pi­sa. Soit le cin­quième contin­gent étran­ger en Af­gha­nis­tan. Elle n’est pas le pre­mier pays à re­ti­rer ses troupes, les Pays-Bas en 2010 et le Ca­na­da en 2011 ont dé­jà son­né l’heure de la re­traite. Et les ÉtatsU­nis s’ap­prêtent à ra­pa­trier 23000 hommes dès cet été.

François Hol­lande ne re­non­ce­ra donc pas à sa pro­messe de cam­pagne de ra­me­ner ses « boys » à la mai­son « sans prendre le moindre risque » pour eux. Ni Ba­rack Oba­ma ni, en­core moins, An­ge­la Mer­kel ne le fe­ront dé­vier sur ce dos­sier, qui se­ra le su­jet prin­ci­pal de Chi­ca­go. « Ce n’est pas né­go­ciable » , rap­pel­let-on au sein de la pe­tite équipe qui a pré­pa­ré le som­met de l’Otan pour le pré­sident. Au 31 dé­cembre 2012, la France au­ra ra­pa­trié ses troupes com­bat­tantes ain­si que ses équi­pe­ments mi­li­taires ser­vant aux mis­sions de com­bat (900 vé­hi­cules, trois avions de com­bat Mi­rage 2000 et qua­torze hé­li­co­ptères). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y au­ra plus de sol­dat fran­çais en Af­gha­nis­tan. Mais, croix de bois, croix de fer, « ils ne com­bat­tront plus » . En­core faut-il « dé­fi­nir la doc­trine de leur em­ploi » , pré­cise l’en­tou­rage du pré­sident.

Ce­la fait par­tie des né­go­cia­tions en cours, car le re­trait des uni­tés com­bat­tantes est su­bor­don­né à l’ac­cord des autres pays membres de la coa­li­tion (Isaf ), qui dé­ploie en Af­gha­nis­tan en­core 130 000 hommes en­vi­ron. Aus­si, les contacts entre l’en­tou­rage de François Hol­lande et les Amé­ri­cains ont dé­bu­té… il y a dé­jà quelques mois. Les 6 et 7 mars, François Hol­lande avait envoyé à Wa­shing­ton un de ses proches, spé­cia­liste à gauche des ques­tions de dé­fense, Jean-Yves Le Drian, pour ex­pli­quer la po­li­tique en ma­tière de dé­fense du can­di­dat et pré­pa­rer le som­met de l’Otan. Les contacts té­lé­pho­niques entre Wa­shing­ton et le QG de François Hol­lande se sont pour­sui­vis tout au long de la cam­pagne pré­si­den­tielle. Jus­qu’au jeu­di 10 mai, où les né­go­cia­tions se sont ac­cé­lé­rées avec le dé­pla­ce­ment à Pa­ris de trois émis­saires amé­ri­cains. Le conseiller ad­joint à la Sé­cu­ri­té na­tio­nale char­gé des Af­faires éco­no­miques in­ter­na­tio­nales, Mi­chael Fro­man, a été re­çu au QG de François Hol­lande par Paul JeanOr­tiz, nom­mé ré­cem­ment conseiller di­plo­ma­tique, ain­si que par Mi­chel Sa­pin et Pierre Mos­co­vi­ci, qui ont joué un rôle im­por­tant pen­dant la cam­pagne et la tran­si­tion.

Pa­ral­lè­le­ment, le sous-se­cré­taire d’État char­gé des Af­faires eu­ro­péennes, Phi­lip Gor­don, et le conseiller à la Sé­cu­ri­té na­tio­nale au­près du vice-pré­sident Joe Bi­den, An­to­ny Blin­ken, ont eu un dé­jeu­ner de tra­vail ven­dre­di der­nier à Pa­ris avec Paul Jean-Or­tiz et plu­sieurs hauts fonc­tion­naires du Quai d’Or­say. Sur le ter­rain, la France a aus­si pris les de­vants en com­men­çant à pré­pa­rer son re­trait. Of­fi­ciel­le­ment avec Ka­boul, où le dé­part des Fran­çais in­quiète, la pro­vince où ils sont dé­ployés étant très in­stable.

En­fin, François Hol­lande de­vrait abor­der la ques­tion de la place et de l’in­fluence de la France dans l’Otan, la gauche s’étant op­po­sée en 2008 à notre re­tour dans le com­man­de­ment in­té­gré. « Je consi­dère que la France n’en a pas re­ti­ré de bé­né­fice pro­bant. Il fau­dra donc éva­luer cette dé­ci­sion » , avait-il dé­cla­ré en mars der­nier. « Pas ques­tion de re­ve­nir en ar­rière et de se re­ti­rer du com­man­de­ment in­té­gré de l’Or­ga­ni­sa­tion, af­firme-t-on au sein de l’équipe qui a pré­pa­ré le som­met. Mais nous vou­lons ex­per­ti­ser ce qu’a ga­gné la France de­puis son re­tour, et ce qu’elle n’a pas pu y ga­gner. Nous vou­lons mettre la pres­sion sur nos par­te­naires en pro­fi­tant de ce mo­ment par­ti­cu­lier qu’est l’al­ter­nance. »

En outre, François Hol­lande dé­fen­dra de­vant ses par­te­naires « une meilleure af­fir­ma­tion d’une iden­ti­té eu­ro­péenne au sein de l’Otan » . Ce qui pour­rait in­té­res­ser les Amé­ri­cains, dont le nou­veau centre d’in­té­rêt est l’Asie, avec la mon­tée en puis­sance de la Chine. En dé­pit des di­ver­gences fran­coa­mé­ri­caines, Ba­rack Oba­ma, qui va dé­bu­ter sa cam­pagne, et François Hol­lande, qui vient de ter­mi­ner la sienne, pour­raient avoir de bonnes rai­sons de faire de ce som­met un suc­cès, es­père-t-on dans l’en­tou­rage du pré­sident fran­çais. D’au­tant que la dé­ci­sion française de re­ti­rer ses troupes d’Af­gha­nis­tan semble être ac­tée par le plus fi­dèle al­lié des États-Unis, la Gran­deB­re­tagne. « La zone où les Fran­çais ap­portent leur sou­tien aux Af­ghans est une zone re­la­ti­ve­ment calme, ce qui rend pro­ba­ble­ment pos­sible un re­trait fran­çais sur une pé­riode rai­son­nable sans por­ter at­teinte gra­ve­ment aux troupes de la coa­li­tion » , a ré­cem­ment ex­pli­qué le mi­nistre de la Dé­fense bri­tan­nique, Phi­lip Ham­mond. Dont acte.&

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.