Les « pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion » ar­pentent les ki­lo­mètres de la Croi­sette pour né­go­cier tous azi­muts.

La Tribune Hebdomadaire - - CINÉMA -

de presse des équipes des films et mon­tée des marches : « Il faut tout le temps cou­rir d’un hô­tel à l’autre, ar­ri­ver bien en avance pour avoir de bons em­pla­ce­ments… Le pire, ce sont les confé­rences de presse : l’es­pace ré­ser­vé aux ca­mé­ras est tout pe­tit, les ca­me­ra­men sont en­tas­sés les uns sur les autres, il faut jouer des coudes et se battre pour avoir une bonne place, c’est sans pi­tié… »

Con­crè­te­ment, les « pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion » pré­sents au Fes­ti­val font du bu­si­ness. Es­sen­tiel­le­ment, ils vendent et achètent les droits de dis­tri­bu­tion des films pour chaque pays du monde. En pra­tique, le pro­duc­teur confie son film à une so­cié­té de ventes à l’in­ter­na­tio­nal, qui vend les droits pays par pays à un dis­tri­bu­teur, qui lui-même com­mer­cia­lise le film au­près des ex­ploi­tants de salles. Tout ce pe­tit monde converge donc pen­dant une se­maine sur les quelques ki­lo­mètres car­rés de la Croi­sette pour né­go­cier tous azi­muts : c’est le mar­ché du film.

Tel est le quo­ti­dien de Grégoire Me­lin, qui vend des films à l’in­ter­na­tio­nal de­puis qua­torze ans, d’abord chez Gaumont, puis Eu­ro­pa­Corp, en­fin pour son propre compte de­puis 2008 avec sa so­cié­té Ki­no­lo­gy (2 mil­lions d’eu­ros de chiffres d’af­faires en 2010). Ain­si, cette an­née, il com­mer­cia­lise les droits de The We and the I, le nou­veau film de Mi­chel Gon­dry, qui a ou­vert la Quin­zaine des réa­li­sa­teurs. Ou en­core Plan par­fait, le nou­veau film de Pas­cal Chaumeil (réa­li­sa­teur de L’Ar­na­coeur) avec Da­ny Boon et Diane Kru­ger. Il s’est aus­si oc­cu­pé avec suc­cès du der­nier film de Da­vid Cro­nen­berg, Cos­mo­po­lis (pré­sen­té en com­pé­ti­tion of­fi­cielle) : le film est dé­jà ven­du dans le monde en­tier.

Son fes­ti­val est consti­tué de ren­dez-vous qui s’en­chaînent avec des dis­tri­bu­teurs des quatre coins du monde (qua­rante-cinq na­tio­na­li­tés au to­tal) qui achètent les droits pour un ou plu­sieurs pays. « Chaque ren­dez-vous dure une de­mi-heure. Je pré­sente la di­zaine de films que je com­mer­cia­lise. J’adapte à chaque fois mon dis­cours à ce que cherche le dis­tri­bu­teur et aux spé­ci­fi­ci­tés de son pays. Je vois sou­vent les mêmes dis­tri­bu­teurs aux dif­fé­rents mar­chés du film de­puis quinze ans. Cer­tains, avec les an­nées, sont même de­ve­nus des amis proches. Je sais donc ce qu’ils veulent, et la dis­cus­sion rentre tout de suite dans le vif du su­jet sans perdre de temps. Je leur pré­sente les bandes-an­nonces des films, voire des ex­traits un peu plus longs (“pro­mo reels”), et j’en pro­fite pour gri­gno­ter un peu pen­dant qu’ils les vi­sionnent. Le prix n’est pas le prin­ci­pal point de dis­cus­sion, ce­la dure au maxi­mum 2 mi­nutes. Le prin­ci­pal est de don­ner en­vie… » Une pe­tite par­tie de ces ren­dez-vous se conclut par un ac­cord, qui reste in­for­mel : « Il est rare qu’il y ait plu­sieurs offres sur un même film. On se contente de to­per, et j’en­voie le contrat après le Fes­ti­val. »

Mais la pla­nète ci­né­ma ne se contente pas de né­go­cier les droits des films. Le Fes­ti­val joue aus­si un rôle clé dans le fi­nan­ce­ment d’un pro­jet. Car, en gé­né­ral, un pro­duc­teur n’ar­rive pas à réunir à lui seul le bud­get du film : il cherche donc des co­pro­duc­teurs, des aides, etc., as­sez sou­vent dans d’autres pays que le sien. « La force du Fes­ti­val, c’est d’être une oc­ca­sion unique de ren­con­trer des gens du monde en­tier qu’on ne voit pas ailleurs » , ex­plique Guillaume Col­boc, qui a fon­dé il y a deux ans sa propre so­cié­té de pro­duc­tion, Sec­tion9. Ch­ris­tian Val­sa­mi­dis, avo­cat as­so­cié chez Tay­lor Wes­sing qui compte par­mi ses clients Wong Kar-wai et Emir Kus­tu­ri­ca, confirme : « Cannes per­met de ren­con­trer des in­ter­lo­cu­teurs que vous n’aviez ja­mais vus, ce qui per­met de tra­vailler en­suite bien plus fa­ci­le­ment. La pla­nète en­tière est là. Sans Cannes, il fau­drait faire une cin­quan­taine de voyages longs et coû­teux chaque an­née. Voi­là pour­quoi Cannes est in­con­tour­nable pour faire avan­cer la pro­duc­tion d’un film, en par­ti­cu­lier les co­pro­duc­tions in­ter­na­tio­nales, c’est un ac­cé­lé­ra­teur de bu­si­ness. »

Sou­vent, les dif­fé­rents in­ter­ve­nants sur un pro­jet se fixent comme ob­jec­tif de si­gner un ac­cord à Cannes, ajoute Ch­ris­tian Val­sa­mi­dis. Avan­tages : « Tout le monde est phy­si­que­ment réuni, et ce­la per­met aus­si de se fixer une date bu­toir et de don­ner un écho mé­dia­tique à l’ac­cord. » Guillaume Col­boc cor­ro­bore : « Quand un pro­jet est an­non­cé à Cannes, l’écho mé­dia­tique est plus im­por­tant, tout le monde écoute. »

Tout ne se fait pas à Cannes, tou­te­fois. « À Cannes, on peut éven­tuel­le­ment bou­cler le fi­nan­ce­ment d’un pro­jet dé­jà bien avan­cé, mais on ne peut pas par­tir de rien et re­par­tir avec un pro­jet fi­nan­cé à 100 % » , ra­conte Guillaume Col­boc. « Cannes per­met de faire avan­cer d’une étape la pro­duc­tion d’un film » , ré­sume Ch­ris­tian Val­sa­mi­dis.&

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