Le pré­sident veut que le Pre­mier mi­nistre re­de­vienne le chef de la ma­jo­ri­té, se­lon la tra­di­tion ré­pu­bli­caine.

La Tribune Hebdomadaire - - ENTREPRISE­S -

Jean-Marc Ay­rault est en ef­fet quel­qu’un de « nor­mal », un élu de ter­rain – plus jeune maire de France d’une com­mune de plus de 30000 ha­bi­tants (Saint-Herblain) en 1976 – qui a gra­vi les uns après les autres tous les éche­lons au sein de Par­ti so­cia­liste. À la gauche du PS dans sa jeu­nesse, il a évo­lué vers un ré­for­misme tran­quille mais convain­cu. Exac­te­ment le type de ca­rac­tère dont a be­soin François Hol­lande dans les cir­cons­tances dif­fi­ciles de son ar­ri­vée au pou­voir. Les deux hommes se connaissen­t de­puis long­temps. C’est sous l’ère de Lio­nel Jos­pin qu’ils ont ap­pris à bien tra­vailler en­semble, même s’ils n’ont ja­mais été mi­nistres. L’un comme pre­mier se­cré­taire du PS, l’autre comme pré­sident du groupe so­cia­liste à l’As­sem­blée par­ti­ci­paient à la tra­di­tion­nelle réunion du mar­di à Ma­ti­gnon pour ca­ler le tra­vail lé­gis­la­tif. Les deux hommes ont en com­mun cet art du com­pro­mis, de la syn­thèse. Une qua­li­té né­ces­saire quand on di­rige un groupe par­le­men­taire tur­bu­lent dé­chi­ré entre les dif­fé­rentes cha­pelles so­cia­listes. Avec Jean-Marc Ay­rault à Ma­ti­gnon, François Hol­lande sait pou­voir comp­ter sur quel­qu’un de mé­tho­dique et or­ga­ni­sé.

Certes, Mar­tine Au­bry avait les fa­veurs du « peuple de gauche ». Mais avec la pre­mière se­cré­taire du PS, les ci­ca­trices ne sont pas re­fer­mées. François Hol­lande n’a pas ou­blié les cri­tiques de la maire de Lille sur sa ges­tion du PS quand il en était le pre­mier se­cré­taire. Le nou­veau pré­sident n’ou­blie pas non plus le « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » lan­cé par sa ri­vale à son adresse du­rant les pri­maires. Bref, le ca­rac­tère om­bra­geux de Mar­tine Au­bry ren­dait dif­fi­cile la « co­ha­bi­ta­tion ».

San­guin aus­si, Ma­nuel Valls, un autre pré­ten­dant à la fonc­tion. Sans par­ler de son image « trop à droite » qui au­rait pu en­ve­ni­mer les choses avec les par­te­naires d’Eu­rope éco­lo­gie-Les Verts, voire avec le groupe so­cia­liste à l’As­sem­blée. Car, François Hol­lande l’a dit, son Pre­mier mi­nistre ne se­ra pas un « col­la­bo­ra­teur », comme avait dit Ni­co­las Sar­ko­zy de François Fillon.

Le pré­sident veut que le Pre­mier mi­nistre re­de­vienne le chef de la ma­jo­ri­té, se­lon la tra­di­tion ré­pu­bli­caine. C’est donc à Jean-Marc Ay­rault que va re­ve­nir, avec Mar­tine Au­bry, le soin de me­ner la ba­taille des lé­gis­la­tives. C’est lui, en­suite, qui va de­voir or­ches­trer « l’été fou du pré­sident » où l’As­sem­blée va sié­ger qua­si­ment sans in­ter­rup­tion. Mais avant ça, dès juin, c’est le Pre­mier mi­nistre qui va de­voir as­su­mer les pre­mières

Cet an­cien professeur d’al­le­mand, ti­tu­laire d’un Capes de la langue de Goethe, est un ger­ma­no­phile convain­cu. Conseiller spécial de François Hol­lande du­rant la cam­pagne, il a dis­crè­te­ment dé­mi­né le ter­rain outre-Rhin pour le futur pré­sident. Iso­lé sur la scène in­ter­na­tio­nale, François Hol­lande doit ain­si à Jean-Marc Ay­rault d’avoir pu res­ser­rer les liens avec le SPD al­le­mand. C’est grâce au maire de Nantes qu’il a pu par­ti­ci­per au congrès du par­ti so­cial-dé­mo­crate al­le­mand et ren­con­trer son pré­sident, Sig­mar Ga­briel, le 4 dé­cembre 2011. Dans ces temps de crise, où François Hol­lande se fait fort de per­sua­der la chan­ce­lière al­le­mande An­ge­la Mer­kel d’as­sou­plir sa po­si­tion sur la né­ces­si­té d’in­clure un vo­let crois­sance dans le pacte bud­gé­taire eu­ro­péen, la connais­sance qu’a Jean-Marc Ay­rault de la « psy­cho­lo­gie ger­ma­nique » se­ra pré­cieuse.

Un Pre­mier mi­nistre « nor­mal donc », pas gla­mour mais ras­su­rant. Une sorte d’an­ti­hé­ros !

[AFP/ FRED DU­FOUR]

François Fillon sa­lue son suc­ces­seur, Jean-Marc Ay­rault, mer­cre­di ma­tin, sur les marches de l’hô­tel Ma­ti­gnon.

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