Jean-marc Ay­rault, un dé­mi­neur à Ma­ti­gnon

La Tribune Hebdomadaire - - ENTREPRISE­S - Jean-ch­ris­tophe Cha­nut

Le dé­pu­té et maire de Nantes, 62 ans, a été nom­mé mar­di Pre­mier mi­nistre par François Hol­lande. Pa­tron du groupe so­cia­liste à l’As­sem­blée de­puis 1997, ce ger­ma­no­phile or­ga­ni­sé et dis­cret se­ra très utile dans les re­la­tions avec Ber­lin.

La scène se passe dans un grand hô­tel pa­ri­sien du­rant la cam­pagne pré­si­den­tielle de 2007. Jean-Marc Ay­rault prend un ca­fé avec un jour­na­liste qui lui pose cette ques­tion : « Si Sé­go­lène Royal est élue pré­si­dente, qui se­ra son mi­nistre de l’Éco­no­mie? » Ré­ponse, après une longue hé­si­ta­tion, du dé­pu­té et maire de Nantes : « Ce se­ra François Hol­lande… » Puis l’homme rou­git. Ma­ni­fes­te­ment en­nuyé, il lance deux fois de suite : « Je ne vous ai rien dit, hein ! On ne s’est pas vus. » L’anec­dote ca­rac­té­rise Jean-Marc Ay­rault. Avec lui, on n’est pas dans l’es­broufe, le pa­nache. À l’in­verse, l’homme est plu­tôt dis­cret, mo­deste. « Gris, ap­pa­rat­chik passe mu­raille », di­ront ses dé­trac­teurs. «N or­mal », di­rait le nou­veau pré­sident de la Ré­pu­blique. Et c’est sans doute à ce­la que ce­lui qui était jus­qu’ici le pré­sident du groupe so­cia­liste à l’As­sem­blée na­tio­nale (de­puis 1997, un re­cord !) doit sa no­mi­na­tion, à 62 ans. me­sures pas for­cé­ment très po­pu­laires, comme le gel con­ser­va­toire d’une par­tie des dé­penses, an­non­cé par le can­di­dat Hol­lande. À lui aus­si, en juillet, de mettre en forme la loi de pro­gram­ma­tion plu­ri­an­nuelle des fi­nances pu­bliques, fixant la tra­jec­toire du re­tour à l’équi­libre bud­gé­taire pré­vu pour 2017. Il pour­ra s’ap­puyer sur son di­rec­teur de ca­bi­net, Ch­ris­tophe Chan­te­py qui, lui, a une longue ex­pé­rience mi­nis­té­rielle. Il fut conseiller tech­nique dans les gou­ver­ne­ments Cres­son et Bé­ré­go­voy mais, sur­tout, di­rec­teur du ca­bi­net de… Mi­chel Sa­pin quand ce­lui-ci était mi­nistre de la Fonc­tion pu­blique du gou­ver­ne­ment Jos­pin.

La tâche s’an­nonce ar­due et l’ex­pé­rience de par­le­men­taire de JeanMarc Ay­rault ne se­ra pas de trop. L’homme est bon ora­teur. Peu d’ef­fets de manches, dans ses dis­cours, mais tout le monde s’ac­corde pour dire qu’ils sont tou­jours bien construits. Pour preuve, il suf­fit de re­prendre ses ques­tions orales au Pre­mier mi­nistre lors­qu’il était pa­tron du groupe PS. Si l’ex­pé­rience du Par­le­ment consti­tue le pre­mier atout de Jean-Marc Ay­rault, il en a un autre, moins connu.

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