La Grèce hors de la zone eu­ro : pas si grave ?

La Tribune Hebdomadaire - - ENTREPRISE­S - Sophie Rol­land

La sor­tie de la Grèce de la zone eu­ro se­rait un évé­ne­ment sou­hai­table et gé­rable. Les dé­cla­ra­tions de cer­tains di­ri­geants al­le­mands ont sem­blé va­li­der cette thèse. Mais des éco­no­mistes en doutent…

Pa­trick Ar­tus et Jesús Cas­tillo, éco­no­mistes chez Na t i x i s , se disent « in­quiets ». « D’abord, la sor­tie de l’eu­ro et la dé­va­lua­tion n’ai­de­ront pas l’éco­no­mie grecque, en­suite, les pertes pour les in­ves­tis­seurs pu­blics et pri­vés ne se­raient pas né­gli­geables, en­fin, la sor­tie de la Grèce ré­vé­le­rait l’ab­sence de so­li­da­ri­té dans la zone eu­ro, et pour­rait faire an­ti­ci­per d’autres sor­ties de pays ayant des ca­rac­té­ris­tiques si­mi­laires » , es­timent-ils. Chez Au­rel BGC, les éco­no­mistes Ch­ris­tian Pa­ri­sot et Jean-Louis Mou­rier ne sont pas plus op­ti­mistes. « Le choc éco­no­mique d’un scé­na­rio de sor­tie de la zone eu­ro se­rait violent pour la Grèce et l’en­semble de la zone eu­ro. La sor­tie de la Grèce de la zone eu­ro est pos­sible, mais pas fa­cile et sur­tout n’est pas une so­lu­tion idéale et sans risque pour l’Eu­rope » , ex­pliquent-ils. Al­lant à l’en­contre de l’idée se­lon la­quelle une dé­va­lua­tion mo­né­taire per­met­trait à la Grèce de faire re­dé­mar­rer son éco­no­mie et dis­pa­raître son dé­fi­cit ex­té­rieur, les éco­no­mistes de Na­tixis sou­lignent que les im­por­ta­tions de la Grèce sont beau­coup plus im­por­tantes que ses ex­por­ta­tions. « Une dé­va­lua­tion au­rait comme ef­fet do­mi­nant d’ac­croître le prix des im­por­ta­tions, puisque la faible taille de l’in­dus­trie n’a qu’un faible ef­fet sur le com­merce ex­té­rieur en vo­lume. » Pour eux, une dé­va­lua­tion n’at­ti­re­rait pas for­cé­ment non plus beau­coup d’in­ves­tis­se­ments i ndus­triels. « Au­jourd’hui, le coût du tra­vail est faible en Grèce et pour­tant il y a peu d’in­ves­tis­se­ments étran­gers, sans doute en rai­son de la si­tua­tion géo­gra­phique dé­fa­vo­rable, de la faible qua­li­fi­ca­tion de la maind’oeuvre, ou en­core de l’in­sé­cu­ri­té ju­ri­dique » , constatent-ils. Ch­ris­tian Pa­ri­sot et Jean-Louis Mou­rier sou­lignent, quant à eux, que le seul avan­tage de la sor­tie de la zone eu­ro se­rait de per­mettre à la Grèce de créer de la mon­naie pour fi­nan­cer son dé­fi­cit bud­gé­taire. Le pays pour­rait alors payer ses fonc­tion­naires. Seul pro­blème : l’in­fla­tion gé­né­rée par le fi­nan­ce­ment mo­né­taire du dé­fi­cit, et la baisse de la de­vise. « Au to­tal, pour la po­pu­la­tion grecque, le dé­faut de l’État grec sur ce qui reste de sa dette, la na­tio­na­li­sa­tion des banques, l’hy­per­in­fla­tion et les res­tric­tions en termes de pro­duits im­por­tés se­raient plus dé­vas­ta­teurs que le plan de ri­gueur im­po­sé par l’Eu­rope à l’éco­no­mie » , résument-ils. Une dé­va­lua­tion ou un nou­veau dé­faut sur la dette pu­blique « condui­rait en­core à des pertes sub­stan­tielles, en par­ti­cu­lier pour le sec­teur pu­blic eu­ro­péen » , même après la re­struc­tu­ra­tion de la dette grecque de dé­but 2012, es­timent Pa­trick Ar­tus et Jesús Cas­tillo. Le di­rec­teur de la re­cherche de l’IESEG School of Ma­na­ge­ment de Lille, éric Dor, es­time que les coûts di­rects pour l’État fran­çais se­raient au mi­ni­mum de quelques di­zaines de mil­liards d’eu­ros et pour­raient al­ler jus­qu’à 66 mil­liards, dans un scé­na­rio où le re­tour à une nou­velle mon­naie na­tio­nale s’ac­com­pa­gne­rait d’un dé­faut de l’état grec sur ses dettes li­bel­lées en eu­ros. « Ces pertes po­ten­tielles se­raient en­core bien su­pé­rieures pour l’Al­le­magne » , es­time-t-il. Pour lui, « sous l’hy­po­thèse réa­liste d’une dé­va­lua­tion de la nou­velle mon- naie na­tio­nale grecque de 50 %, les banques fran­çaises su­bi­raient une perte de 19,8 mil­liards d’eu­ros ». Sur le point de quit­ter Ber­cy, le mi­nistre sor­tant de l’Éco­no­mie, François Ba­roin, a éva­lué le coût d’une sor­tie de la Grèce de la zone eu­ro à 50 mil­liards « net » pour l’État fran­çais. À ce coût s’ajou­te­rait la dé­pré­cia­tion des « titres que dé­tiennent les banques ou les as­su­rances dans leurs por­te­feuilles » , a-t-il dé­cla­ré. Le risque se­rait « tout à fait ab­sor­bable » par les in­té­res­sées. En re­vanche, se­lon lui, la me­nace d’une « conta­gion ex­cep­tion­nelle » de la crise grecque sè­me­rait « le doute et la dé­fiance dans l ’e s prit des in­ves­tis­seurs ». « Les prê­teurs pour­raient an­ti­ci­per que les mêmes causes pro­dui­ront les mêmes ef­fets, c’est-à-dire une crise po­li­tique et la sor­tie de l’eu­ro, d’où le re­dou­ble­ment de la crise fi­nan­cière » , pré­viennent Pa­trick Ar­tus et Jesús Cas­tillo. Chez Au­rel BGC, les éco­no­mistes ad­mettent que la zone eu­ro est « mieux pré­pa­rée qu’il y a deux ans » , mais in­sistent sur les « consé­quences fortes » d’un tel évé­ne­ment, « no­tam­ment en termes de cré­di­bi­li­té de la pé­ren­ni­té de la zone eu­ro ».

[AFP]

De­vant le Par­le­ment grec, à Athènes...

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