Fin 2011, 65,4 % de la dette hexa­go­nale était entre les mains d’in­ves­tis­seurs non-ré­si­dents.

La Tribune Hebdomadaire - - ÀLAUNE -

tel type d’em­prunt. Le mode opé­ra­toire des ad­ju­di­ca­tions est presque tou­jours le même et est très peu spec­ta­cu­laire. Quatre jours ou­vrés avant ces en­chères dites « à la hol­lan­daise », l’Agence France Tré­sor in­dique sur quels em­prunts obli­ga­taires l’opé­ra­tion por­te­ra. Elle donne éga­le­ment une four­chette sur les mon­tants à émettre. Le jour J, les pro­fes­sion­nels de cha­cune des vingt banques « spé­cia­listes en va­leurs du Tré­sor » sont de­vant leurs écrans. Ils trans­mettent leurs offres – quel vo­lume de titres ils sont prêts à ache­ter à un prix don­né, et ce­ci pour chaque ligne pro­po­sée – à la Banque de France au plus tard dix mi­nutes avant l’heure de la séance d’ad­ju­di­ca­tion. La Banque de France les classe par ordre dé­crois­sant de prix et elle les com­mu­nique à l’Agence France Tré­sor. Les offres dont les prix sont les plus éle­vés sont ser­vies en pre­mier. Celles de ni­veau in­fé­rieur le sont en­suite, jus­qu’à hau­teur du mon­tant sou­hai­té par l’Agence France Tré­sor. Les ré­sul­tats de l’ad­ju­di­ca­tion sont com­mu­ni­qués im­mé­dia­te­ment aux sou­mis­sion­naires et af­fi­chés sur les écrans des agences spé­cia­li­sées (AFP, Bloom­berg, Dow Jones, Reuters, etc.). Au fi­nal, les par­ti­ci­pants au­ront payé des prix dif­fé­rents, correspond­ant exac­te­ment aux prix qu’ils ont de­man­dés. pro­por­tions se sont com­plè­te­ment in­ver­sées. Fin 2011, 65,4 % de la dette hexa­go­nale était entre les mains d’in­ves­tis­seurs non-ré­si­dents. En gros, un tiers de la dette est dé­te­nu par des Fran­çais, un tiers par des Eu­ro­péens (hors France) et un tiers par des non-Eu­ro­péens. Faut-il s’en ré­jouir ou s’en in­quié­ter ? D’un cô­té, il est vrai que la di­ver­si­té de la de­mande adres­sée à la France lors des ad­ju­di­ca­tions lui per­met de bé­né­fi­cier d’un coût de fi­nan­ce­ment avan­ta­geux. La ro­bus­tesse de la de­mande a per­mis à l’AFT d’émettre sa dette à moyen et long terme (OAT et BTAN) au taux moyen de 2,25 % cette an­née. Pa­ra­doxa­le­ment, alors qu’on ne cesse de par­ler de crise des dettes sou­ve­raines, la France ne s’était ja­mais fi­nan­cée à un taux aus­si bas de­puis la créa­tion de l’eu­ro. Le pro­blème est que cette forte in­ter­na­tio­na­li­sa­tion rend aus­si la dette française très vul­né­rable. Rien ne per­met d’ex­clure un scé­na­rio ca­tas­trophe dans le­quel, non seule­ment les in­ves­tis­seurs non eu­ro­péens se dé­tour­ne­raient de la dette tri­co­lore, mais aus­si les in­ves­tis­seurs eu­ro­péens pré­fé­re­raient ra­pa­trier leurs avoirs et les in­ves­tir dans la dette émise par leur pays. « Hors de la zone eu­ro, il s’agit prin­ci­pa­le­ment de banques cen­trales d’Asie ou du Moyen-Orient, dont le com­por­te­ment d’in­ves­tis­se­ment est très stable. Le risque d’une dé­sta­bi­li­sa­tion ra­pide est très faible » , tem­pèrent plu­sieurs pro­fes­sion­nels. Dans un en­tre­tien au Fi­ga­ro, fin avril, le fi­nan­cier George So­ros s’in­quié­tait de la re­na­tio­na­li­sa­tion des mar­chés de dette. « Les banques es­pa­gnoles achètent de la dette es­pa­gnole et les banques fran­çaises de la dette française, mais vous ne voyez plus de banques fran­çaises ache­ter de la dette es­pa­gnole. Ce­la pour­rait po­ten­tiel­le­ment faire ex­plo­ser l’eu­ro » , pré­ve­nait-il. Dans ces condi­tions, l’Agence France Tré­sor de­vrait in­ten­si­fier son tra­vail de « VRP de la dette française ». Chaque an­née, ses res­pon­sables ef­fec­tuent des « road­shows » dans plus de vingt pays, de Hong Kong aux États-Unis. convain­cu les po­li­tiques : tous croient en l’exis­tence de ce mur de la dette, d’un ef­fet de l’en­det­te­ment sur les com­por­te­ments de consom­ma­tion, voire d’in­ves­tis­se­ment. La hausse de l’épargne des par­ti­cu­liers consta­tée en France en 2011, alors que la thé­ma­tique de la dette de­ve­nait om­ni­pré­sente, tend à confir­mer cette thèse. Est-ce en rai­son d’un fé­ti­chisme des 90 %, que la pro­gram­ma­tion des fi­nances pu­bliques trans­mise fin avril à Bruxelles par l’équipe Sar­ko­zy pré­voyait que la dette pla­fon­ne­rait à 89,4 % du PIB en 2013, pour di­mi­nuer en­suite ? Il en est de même pour François Hol­lande. Son pro­gramme élec­to­ral pré­voyait de ne pas dé­pas­ser les 90 % de dette. Alors que ce se­ra pro­ba­ble­ment le cas… Pour­quoi, d’ailleurs, 90 % ? et non 85 ou 95? Le chiffre de 90 %, mis en avant par Rein­hart et Ro­goff, est le ré­sul­tat d’une étude de l’his­toire fi­nan­cière : his­to­ri­que­ment, une dette de ce ni­veau se­rait cor­ré­lée avec une moindre crois­sance.& re­le­ver le pla­fond de la dette pu­blique. En ef­fet, face à la me­nace d’un ar­rêt du fonc­tion­ne­ment de nombre d’ad­mi­nis­tra­tions, un ac­cord bi­par­ti­san avait fi­na­le­ment été trou­vé. Le seuil de 14 294 mil­liards de dol­lars se­rait re­le­vé de 900 mil­liards d’eu­ros im­mé­dia­te­ment et de 1500 mil­liards en 2012 pour faire face aux be­soins de l’ad­mi­nis­tra­tion fé­dé­rale. Concer­nant plus de 76 % du PIB, le bras de fer entre les deux camps au Congrès a mon­tré que le désen­det­te­ment est de­ve­nu un en­jeu po­li­tique ma­jeur, comme en Eu­rope. On n’y parle pas d’aus­té­ri­té, mais l’ac­cord pré­voit des coupes d’un mon­tant de 1000 mil­liards de dol­lars et la re­cherche d’éco­no­mies à iden­ti­fier de l’ordre de 1500 mil­liards de dol­lars sur dix ans. Dans cet épi­sode, les États-Unis ont per­du la meilleure note, le triple A, sans pour au­tant voir leur taux s’en­vo­ler, ce­lui à dix ans tour­nant au­tour de 1,7 %. C’est que les bons du Tré­sor amé­ri­cains restent des ac­tifs sûrs, car les États-Unis bé­né­fi­cient de la su­pré­ma­tie de leur mon­naie, de­vise in­ter­na­tio­nale liée à leur sta­tut de pre­mière puis­sance mon­diale.

Quant au Ja­pon, troi­sième éco­no­mie du monde, il ar­rive à vivre avec une dette pu­blique de près de 205 % de son PIB. Il bé­né­fi­cie même des taux les plus bas du monde, à 0,8 % pour les dix ans, alors qu’il a per­du son triple A de­puis 1998. D’où vient ce pa­ra­doxe ? D’abord, l’Ar­chi­pel de­meure un pays qui bé­né­fi­cie en­core d’une ba­lance com­mer­ciale ex­cé­den­taire grâce au dy­na­misme d’une in­dus­trie de tech­no­lo­gie de pointe dans bien des do­maines. En­suite, cette

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