7. Faut-il re­na­tio­na­li­ser la dette?

La Tribune Hebdomadaire - - LA FRANCE ET LA DETTE -

dette gi­gan­tesque n’est pas liée aux me­sures contra-cy­cliques de la crise de 2008, mais de celle de 1990, quand le pays a connu l’écla­te­ment d’un bulle im­mo­bi­lière et bour­sière ayant en­traî­né l’écla­te­ment du sys­tème ban­caire et la faillite de nombre de PME. Les gou­ver­ne­ments y ont ré­pon­du par la dé­pense pu­blique. En­fin, cette dette est dé­te­nue à en­vi­ron 95 % par des ré­si­dents ja­po­nais, des in­ves­tis­seurs pour les­quels la sta­bi­li­té du pays est es­sen­tielle. Mais nombre d’ana­lystes aver­tissent que, sans une stra­té­gie de ré­duc­tion d’un tel poids, l’Ar­chi­pel s’ex­pose à de­voir se tour­ner vers les mar­chés in­ter­na­tio­naux pour pla­cer ses em­prunts, ce qui pour­rait se tra­duire par des primes de risque plus éle­vées.&

Faire ap­pel à l’épargne des Fran­çais et re­na­tio­na­li­ser la dette pu­blique pour des­ser­rer l’étau des mar­chés fi­nan­ciers et des agences de no­ta­tion… L’idée, plu­sieurs fois en­ten­due pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, est sé­dui­sante. Il n’est ce­pen­dant pas sûr qu’elle abou­tisse. Plu­sieurs pistes ont été évo­quées. Toutes prennent le Ja­pon, où la dette est plus éle­vée qu’en France mais où elle est dé­te­nue à 95 % par les mé­nages, en exemple. Cer­tains, comme JeanMi­chel Qua­tre­point, au­teur de Mou­rir pour le yuan, ont pro­po­sé de créer des OAT « per­pé­tuelles » que les mé­nages pour­raient sous­crire di­rec­te­ment au­près de la Banque pos­tale, des mu­tua­listes, des centres des im­pôts, voire des banques (mais sans com­mis­sion). Un taux éle­vé leur se­rait pro­po­sé, par exemple 4,5 %, mais 31 % des in­té­rêts étant ap­pe­lés à être ré­cu­pé­rés par le Tré­sor pu­blic sous forme de CSG et de pré­lè­ve­ment li­bé­ra­toire, le taux se­rait glo­ba­le­ment équi­valent au taux ac­tuel sur les OAT. De quoi rem­pla­cer pro­gres­si­ve­ment toutes les lignes d’OAT ar­ri­vant à échéance.

Claude Bé­béar, pré­sident d’hon­neur d’Axa et pa­tron de l’Ins­ti­tut Mon­taigne, et Da­vid Dau­tresme, an­cien pré­sident du Cré­dit du Nord et ex-La­zard, ont quant à eux dé­fen­du une for­mule cal­quée sur le li­vret A. Les bons du Tré­sor émis en di­rec­tion des par­ti­cu­liers se­raient ré­mu­né­rés au même taux, in­dexés sur l’in­fla­tion et exo­né­rés d’im­pôts. La dif­fé­rence avec le li­vret A ? Le ca­pi­tal de ces « bons per­pé­tuels » ne se­rait ja­mais rem­bour­sé par l’État, mais l’épar­gnant pour­rait les re­vendre. Res­te­rait à convaincre les banques… et les épar­gnants. Se­lon un son­dage réa­li­sé par Louis Har­ris fin 2011, seuls 30 % Fran­çais se­raient prêts à ache­ter une part de la dette du pays. Quant aux banques, elles se­ront ex­trê­me­ment ré­ti­centes s’il s’agit de vendre des titres sans com­mis­sion. En 2005, l’AFT avait es­sayé de rendre les OAT plus ac­ces­sibles aux par­ti­cu­liers, mais les banques de ré­seaux pré­fé­rant pla­cer leurs OPCVM « mai­son », leur dé­ten­tion par les mé­nages fran­çais est res­tée très mar­gi­nale.

Les taux d’em­prunt ac­tuel­le­ment ob­te­nus par l’AFT sur les mar­chés font perdre beau­coup d’in­té­rêt à une telle « re­na­tio­na­li­sa­tion » de la dette. Le 16 mai der­nier, la France a émis de la dette à 5 ans au taux his­to­ri­que­ment bas de 1,72 %. Dif­fi­cile d’at­ti­rer les mé­nages à de telles condi­tions… Même en sup­po­sant que l’État ac­cepte de payer plus cher pour pla­cer sa dette au­près des par­ti­cu­liers, les pro­por­tions met­traient du temps à s’in­ver­ser. Le mon­tant de la dette né­go­ciable étant de 1334 mil­liards d’eu­ros (au 29 fé­vrier 2012) et 65,4 % de cette dette étant dé­te­nue par des non-ré­si­dents (à fin 2011), il fau­drait, à stock de dette cons­tant, par­ve­nir à pla­cer 13 mil­liards d’eu­ros de dette au­près des par­ti­cu­liers pour faire bais­ser d’un seul point (de 65,4 à 64,4 %) le taux de dé­ten­tion de la dette par les non-ré­si­dents…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.