La plu­part des « pa­trons » de la So­cié­té Gé­né­rale de l’époque sont par­tis vers d’autres ho­ri­zons.

La Tribune Hebdomadaire - - ENQUÊTE - Lau­ra faure

Alors que le pro­cès en ap­pel de Jérôme Ker­viel s’ouvre le 4 juin, nom­breux sont les pro­ta­go­nistes de l’af­faire à avoir quit­té le na­vire So­cié­té Gé­né­rale. Une ques­tion se­ra sur toutes les lèvres : le tra­der est-il tout noir, la banque toute blanche, ou bien les lignes vont-elles bou­ger ? Et pour­rait-il vrai­ment y avoir une er­reur de la banque en fa­veur de Jérôme Ker­viel ?

Le 5 oc­tobre 2010, le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel a condam­né l’an­cien tra­der à cinq ans de pri­son, dont trois ans ferme, ain­si qu’à 4,9 mil­liards d’eu­ros de dom­mages et in­té­rêts ! Du 4 au 28 juin, tout se­ra re­mis sur la table par la cour d’ap­pel, pré­si­dée par Mi­reille Fi­lip­pi­ni, an­cienne juge d’ins­truc­tion au pôle fi­nan­cier. « La ques­tion du lien de cau­sa­li­té entre la faute ma­té­rielle et la me­sure du pré­ju­dice, et par­tant, entre la res­pon­sa­bi­li­té de la faute et le mon­tant du dom­mage, reste ou­verte, et de­vra être tran­chée par la cour d’ap­pel de Pa­ris. En pre­mière ins­tance, les juges […] ne se sont at­ta­chés qu’à l’or­ga­ni­sa­tion de la fraude par le pré­ve­nu » , écri­vait Va­lé­rie Se­gond dans un édi­to­rial de La Tri­bune du 14 oc­tobre 2010.

Pour Maître Da­vid Koub­bi, avo­cat de Jérôme Ker­viel, « on as­siste à une ré­forme du droit de la preuve : il n’y a pas eu preuve de la faute, comme il n’y a pas eu preuve du pré­ju­dice ».

La ques­tion de la res­pon­sa­bi­li­té de la banque et de l’éten­due de sa connais­sance des tran­sac­tions « fic­tives » de Jérôme Ker­viel se­ra éga­le­ment re­po­sée.

Mais où sont pas­sés les an­ciens col­lègues et res­pon­sables hié­rar­chiques de Jérôme Ker­viel ? Que sont de­ve­nus les Bou­ton, Ci­terne, Mus­tier, Ou­déa, pi­lotes de l’avion en dé­tresse ? Et qui dé­fend qui à la barre du tri­bu­nal au­jourd’hui ?

Trois chefs d’ac­cu­sa­tion pe­saient sur Jérôme Ker­viel lors de son pro­cès de­vant la 11e chambre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel en juin 2010 : abus de confiance, in­tro­duc­tion frau­du­leuse de don­nées dans un sys­tème de trai­te­ment au­to­ma­ti­sé, faux et usage de faux. Le tra­der du desk Del­ta One au­rait « dis­si­mu­lé ses po­si­tions par un mon­tage de tran­sac­tions fic­tives », et « échap­pé aux pro­cé­dures in­ternes de contrôle mises en place par la banque en four­nis­sant des ex­pli­ca­tions men­son­gères et des do­cu­ments fal­si­fiés » , lit-on dans le ju­ge­ment.

Consi­dé­ré comme la « créa­ture » de la banque, qui l’a em­ployé pen­dant huit ans, le per­son­nage in­trigue, fas­cine, et sus­cite l’empathie dans l’opi­nion. Mais, il est aus­si per­çu comme un ma­ni­pu­la­teur ou un joueur com­pul­sif. Après avoir tra­vaillé dans une so­cié­té d’ex­per­tise en in­for­ma­tique, il se consacre de­puis quelques se­maines à sa dé­fense, et com­pa­raî­tra libre, le 4 juin.

À quelques ex­cep­tions près, les pa­trons de la So­cié­té Gé­né­rale à l’époque de l’af­faire sont par­tis vers d’autres ho­ri­zons. PDG de la So­cié­té Gé­né­rale jus­qu’en mai 2008, Da­niel Bou­ton a di­ri­gé son conseil d’ad­mi­nis­tra­tion jus­qu’en avril 2009, avant de dé­mis­sion­ner et de fon­der sa propre so­cié­té, DMJB Conseil. Il of­fi­cie aus­si comme ad­mi­nis­tra­teur de plu­sieurs en­tre­prises, dont Veo­lia Environnem­ent ou To­tal. Ar­ma­ged­don. » De­puis fé­vrier 2011, il di­rige la BFI de la banque ita­lienne Uni­cre­dit…

Phi­lippe Ci­terne, lui aus­si, a quit­té la banque. Di­rec­teur gé­né­ral dé­lé­gué lorsque l’af­faire éclate, il in­tègre la so­cié­té d’in­ves­tis­se­ment Pe­rel­la Wein­berg Part­ners en juin 2009, comme membre du conseil con­sul­ta­tif. Il de­vient en­suite ad­mi­nis­tra­teur in­dé­pen­dant du groupe Ac­cor et pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’Ins­ti­tut té­lé­com & ma­nage­ment SudPa­ris.

Aux ma­nettes de la com­mu­ni­ca­tion pen­dant l’af­faire, Hugues Le Bret a en­suite di­ri­gé Bour­so­ra­ma, la banque en ligne de So­cié­té Gé­né­rale, de 2009 à 2010. Le len­de­main du ver­dict, il pu­blie « La se­maine où Jérôme Ker­viel a failli faire sau­ter le sys­tème fi­nan­cier mon­dial », et quitte la banque. Il pi­lote au­jourd’hui Achèle, son ca­bi­net de conseil en com­mu­ni­ca­tion, et in­ter­vient à l’École de com­mu­ni­ca­tion de Sciences Po. Quant à Sla­wo­mir Kru­pa, alors di­rec­teur de ca­bi­net de la BFI, et à Fré­dé­ric Ou­déa, di­rec­teur fi­nan­cier, ils sont tou­jours dans la place. Le pre­mier a été nom­mé en jan­vier 2012 di­rec-

Der­nier ap­pe­lé à la barre des té­moins lors du pro­cès en juin 2010, il avait dé­cla­ré : « Je fais un rêve: que Ker­viel re­con­naisse qu’il a fait ce­la seul et qu’il ex­plique pour­quoi. »

Les ré­centes dé­cla­ra­tions de Jean-Pierre Mus­tier, an­cien res­pon­sable de la banque de fi­nan­ce­ment et d’in­ves­tis­se­ment (BFI), ont aus­si mar­qué les es­prits. En dé­cembre der­nier, il an­non­çait de grands bou­le­ver­se­ments pour le sec­teur ban­caire lors d’un col­loque à l’école des Mines : « Vous ne vous ren­dez pas compte que, d’ici à deux jours ou une se­maine, notre monde pour­rait dis­pa­raître. C’est

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