La France compte 31 mil­lions de clients ré­gu­liers sur le Net. Elle s’est conver­tie au e-com­merce en quelques an­nées.

La Tribune Hebdomadaire - - ENQUÊTE -

Les Fran­çais ne sont pas aus­si tech­no­philes que les Co­réens. Mais ils ont dé­jà les yeux ri­vés sur leur pe­tit écran. Dans les trans­ports en com­mun, ces pe­tits en­gins ad­dic­tifs sont dans toutes les mains. Ils ont rem­pla­cé livres et jour­naux. Et 25 % de ses uti­li­sa­teurs se sé­pa­re­raient plus fa­ci­le­ment de leur té­lé que de ce nou­veau té­lé­phone mo­bile ! « Le m-com­merce a de beaux jours de­vant lui. Le ter­reau est très fer­tile en France » , en dé­duit Emmanuel Wit­voet, spé­cia­liste des usages du mo­bile chez Full­six, agence de pu­bli­ci­té.

En quelques an­nées, le pays s’est conver­ti au e-com­merce. Il compte 31 mil­lions de clients ré­gu­liers sur le Net. Et près d’un tiers des Fran­çais ont un smart­phone, se­lon Ip­sos. La bas­cule d’un écran de PC à cet autre, fût-il mi­cro­sco­pique, est en cours. Elle se­ra ful­gu­rante, se­lon Emmanuel Wit­voet. « À terme, le té­lé­phone mo­bile pren­dra la place du PC. Entre les deux, il y au­ra la ta­blette » , confirme An­toine Le­loup, PDG de Bran­dal­ley. « Le mo­bile ? Ce n’est ni plus ni moins qu’un nou­veau sup­port de vente en ligne » , phi­lo­sophe Xavier Court, co­fon­da­teur de vente-pri­vée. com, qui ne voit pas là de ré­vo­lu­tion.

Il n’em­pêche : les dé­buts du m-com­merce sont très spec­ta­cu­laires. No­tam­ment pour tous les achats réa­li­sés dans l’ur­gence. pour le jour même. Les ci­né­philes se conver­tissent à la dé­ma­té­ria­li­sa­tion de leur ti­cket de ci­né­ma pour s’évi­ter les files d’at­tente. Et le m-com­merce a aus­si conquis les ac­cros des ventes aux en­chères et des ventes flashs pro­po­sées en ligne. Tous les adeptes d’eBay et consorts savent com­bien il leur faut se dé­ci­der dans l’heure. Consul­té au ré­veil, entre deux ren­dez-vous ou dans le dos du pa­tron, le té­lé­phone mo­bile est alors l’arme ab­so­lue pour ne pas ra­ter LA bonne af­faire. EBay compte réa­li­ser 8 mil­liards de dol­lars de chiffre d’af­faires via les mo­biles en 2012. Et, tous les jours, 400 000 per­sonnes se connectent avec leur mo­bile au site vente-pri­vée.com (VP). Soit 20 % de son tra­fic jour­na­lier. Et ça marche : les ventes conclues de­puis un écran mo­bile, ta­blette ou té­lé­phone, ont Tout le monde sait qu’on peut ache­ter un billet SNCF sur son iP­hone de­puis 2011. La chaîne hô­te­lière Ma­riott constate, elle, que 47 % des tran­sac­tions réa­li­sées sur mo­bile concernent dé­jà des ré­ser­va­tions de chambres bon­di de 30 % chez VP, sur les cinq der­niers mois. « Les mo­biles font un pic d’au­dience à 7 heures du ma­tin », note Xavier Court, tan­dis que les ta­blettes as­surent un pic d’au­dience à 21 heures, quand leurs uti­li­sa­teurs, vau­trés dans leur ca­na­pé, feuillette­nt les « ventes en cours ».

Fin 2012, ces ventes sur mo­bile ou ta­blettes de­vraient pe­ser lourd : 200 mil­lions d’eu­ros, soit 20 % des ventes du site mar­chand. Tous les concur­rents de vente-pri­vée. com sont aus­si aux aguets. Chez Bran­dal­ley, le pe­tit écran mo­bile re­pré­sente 10 % des ventes. « De­main, ce se­ra da­van­tage en­core » , pro­met An­toine Le­loup. Le site de vente de mode s’ap­prête à lan­cer une nou­velle version de son ap­pli­ca­tion iP­hone pour pou­voir ac­cé­der non seule­ment aux ventes flash, mais

« Près de 10 % de la fré­quen­ta­tion du site pro­vient d’un écran mo­bile, ta­blette ou té­lé­phone. Et le taux de trans­for­ma­tion d’une vi­site en achat est deux fois su­pé­rieur à ce­lui consta­té de­puis un or­di­na­teur », note Ul­ric Jérôme, di­rec­teur exé­cu­tif de Pix­ma­nia.

Du coup, les sites mar­chands af­fûtent leurs armes. Tout passe d’abord par la créa­tion d’une version mo­bile de leur site de vente. « 63 % des sites de e-com­merce l’ont dé­jà fait en France. Et 17 % ont pré­vu de le faire en 2012 », ob­serve Gilles Blanc, di­rec­teur des études chez CCM Bench­mark, en s’ap­puyant sur les ré­sul­tats d’une en­quête dé­voi­lée dé­but mai pour la Fé­dé­ra­tion du e-com­merce et de la vente à dis­tance (FE­VAD). Ras­su­rer sur la sé­cu­ri­sa­tion du paie­ment sur mo­bile s’im­pose aus­si, se­lon Emmanuel Wit­voet.

Cette ruée vers l’or du smart­phone fe­ra-t-elle du tort ? Dé­jà, les en­seignes de ma­ga­sins s’en in­quiètent. Car, avec l’avè­ne­ment du e-com­merce et de ses prix ul­tra­com­pé­ti­tifs, plu­sieurs dis­tri­bu­teurs ont vu leur mar­ché se dé­ro­ber sous leurs pieds. Par­mi eux : Sur­couf dans l’in­for­ma­tique ou Car­re­four dans l’élec­tro­nique grand pu­blic. Le pre­mier est en re­dres­se­ment ju­di­ciaire. Le deuxième ré­flé­chit à ­l’ave­nir de ses rayons EPCS (élec­tro­nique, pho­to, ci­né, son). Le m-com­merce et ses ap­pli­ca­tions de géo­mar­ke­ting leur com­pliquent en­core la tâche. « Ils de­vront faire avec », juge Emmanuel Wit­voet de l’agence Full­six.

En ma­ga­sin, tous les clients ar­rivent dé­sor­mais avec leur smart­phone en main. À la barbe des ven­deurs, ils sont prêts à com­pa­rer les prix avec ceux pra­ti­qués par la concur­rence. Et à tour­ner les ta­lons s’ils trouvent moins cher ailleurs ! But, l’en­seigne d’ameu­ble­ment, forme ain­si tous ses ven­deurs à ce tru­blion. Se­pho­ra per­son­na­lise son dis­cours sur mo­bile pour mieux conseiller ses clients en ma­ga­sin. Signe que, en pleine crise de la consom­ma­tion, le smart­phone va en­core dur­cir la concur­rence entre en­seignes et sites mar­chands.&

[DR]

Avec son « Cube Del­haize Di­rect », qui pré­sente sur ses quatre faces 300 pro­duits et leur Gen­code dans la salle des pas per­dus, la gare cen­trale de Bruxelles fait fi­gure de pré­cur­seur en ma­tière de m-com­merce. Qui ose­ra, en France, suivre le pre­mier...

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