Pour en fi­nir avec Keynes

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE - Yvan best

Jean-Marc Da­niel dé­nonce les mé­faits d’une po­li­tique de dé­fi­cit bud­gé­taire per­ma­nent, qui, des États-Unis à la France, em­pêche le re­tour de la crois­sance.

Ne pre­nez pas les di­ri­geants amé­ri­cains pour des li­bé­raux : Ro­nald Rea­gan com­pris, ils ont tous été, de­puis l’après-guerre, de purs key­né­siens, et ce­ci est à l’ori­gine de la crise éco­no­mique dé­clen­chée en 2008. Comme tou­jours, l’éco­no­miste Jean-Marc Da­niel dé­coiffe, n’hé­si­tant pas, dans son der­nier ou­vrage Ri­car­do, re­viens ! Ils sont res­tés key­né­siens, ré­ces­sion. Pour lui, le main­tien de taux d’in­té­rêt très faibles, tout au long des an­nées 2000, par la Ré­serve fé­dé­rale, qui a ali­men­té le cré­dit à tout-va et conduit à la crise fi­nan­cière, avait pour but prin­ci­pal de fa­ci­li­ter le fi­nan­ce­ment du dé­fi­cit bud­gé­taire à faible coût. Un dé­fi­cit cons­tant aux États-Unis, dans une op­tique très key­né­sienne de sou­tien de la de­mande. Le seul chan­ge­ment de po­li­tique éco­no­mique qu’a ap­por­té Rea­gan, au dé­but des an­nées 1980, fut de chan­ger l’ori­gine de cette im­passe bud­gé­taire : ce n’est plus la dé­pense pu­blique qui creuse le dé­fi­cit, mais les baisses d’im­pôts. Jean-Marc Da­niel ex­plique très clai­re­ment pour­quoi ce sou­tien ar­ti­fi­ciel de la de­mande n’est plus gé­né­ra­teur de hausse des prix, comme dans les an­nées 1970 : c’est que les consom­ma­teurs amé­ri­cains se tournent vers les pro­duits made in Chi­na. Au­jourd’hui, dé­fi­cit bud­gé­taire rime avec dé­fi­cit ex­té­rieur. D’où le pa­ra­doxe évident d’un pays riche, le plus riche, qui, au lieu de fi­nan­cer le dé­ve­loppe- ment des plus pauvres, ce que vou­drait la lo­gique éco­no­mique, vit conti­nû­ment à cré­dit, grâce à l’épargne des Chi­nois… Très cri­tique à l’égard des États-Unis, l’au­teur l’est tout au­tant, ou presque, à l’en­contre de la po­li­tique éco­no­mique française, tour­née vers le sou­tien à la consom­ma­tion. Un sou­tien qui ne fait qu’ali­men­ter, là aus­si, le dé­fi­cit ex­té­rieur. Que fau­drait-il faire ? D’abord, re­ve­nir à un équi­libre bud­gé­taire struc­tu­rel, c’est-à-dire hors ef­fet de la conjonctur­e. Car l’État ne doit pas pra­ti­quer le dé­fi­cit per­ma­nent, il doit se conten­ter d’amor­tir les cycles éco­no­miques. Pour y par­ve­nir, Jean-Marc Da­niel sug­gère no­tam­ment de cou­per dans les dé­penses d’édu­ca­tion, au mo­tif que trop d’élèves sor­tant du sys­tème scolaire dis­posent de for­ma­tions in­adap­tées au monde l’en­tre­prise. Et la po­li­tique éco­no­mique, dont le but ul­time de­vrait être la re­cherche de la crois­sance maxi­male, de­vrait se concen­trer sur la pro­duc­ti­vi­té. Celle-ci pas­se­rait par une concur­rence ac­crue, né­ces­si­tant no­tam­ment une ré­forme du mar­ché du tra­vail as­su­rant une plus grande flexi­bi­li­té, et par des baisses d’im­pôt au pro­fit des en­tre­prises (l’im­pôt sur les bé­né­fices des so­cié­tés di­vi­sé par deux, à 15 %), fi­nan­cées par une aug­men­ta­tion de la TVA et une taxe car­bone. Bref, tout le contraire ce que pré­voit François Hol­lande…

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