L’ar­chi­tec­ture de la su­per­vi­sion ban­caire eu­ro­péenne et les plans d’ajus­te­ments bud­gé­taires : deux ur­gences à gé­rer dès sep­tembre.

La Tribune Hebdomadaire - - DÉCRYPTAGE -

Pour res­ter dans les clous du plan de re­dres­se­ment des fi­nances pu­bliques (2,8 % de dé­fi­cit en 2014, contre 9 % en 2011), le gou­ver­ne­ment es­pa­gnol va de­voir mettre en oeuvre un nou­veau plan de ri­gueur de 65 mil­liards d’eu­ros d’ici à la fin 2014, avec hausse de la TVA, baisse des pres­ta­tions chô­mage et des sa­laires des fonc­tion­naires. En Ita­lie, les in­di­ca­teurs sont au rouge, les ré­formes an­non­cées par Ma­rio Mon­ti tardent à pro­duire des ef­fets, des doutes im­por­tants montent sur la so­li­di­té du sec­teur ban­caire ita­lien, la dette pu­blique est de 2 000 mil­liards d’eu­ros, soit plus de 120 % du PIB, le tout sur fond de dé­gra­da­tion de la note de l’Ita­lie par Moo­dy’s. En 2012-2013, l’Ita­lie a be­soin d’em­prun­ter 415 mil­liards d’eu­ros, soit près de 25 % du PIB. C’est presque au­tant que la to­ta­li­té des res­sources du MES.

Lorsque le nou­veau mi­nistre de l’éco­no­mie, Vit­to­rio Grilli, ex­plique dans le Cor­riere del­la Se­ra que « les mar­chés ne re­con­naissent pas en­core la qua­li­té des ef­forts ac­com­plis par notre pays pour re­mettre les comptes en ordre », c’est un bel eu­phé­misme. Le plan de pri­va­ti­sa­tion de 15 à 20 mil­liards d’eu­ros par an an­non­cé le 15 juillet est certes une nou­velle po­si­tive, mais les in­ves­tis­seurs savent que les pro­ces­sus de pri­va­ti­sa­tion sont longs et com­plexes, qu’ils butent sur des consi­dé­ra­tions po­li­tiques qui peuvent blo­quer cer­taines opé­ra­tions, comme l’exemple de la Grèce l’a mon­tré j us­qu’à l a ca­ri­ca­ture.

La Grèce jus­te­ment, où la troï­ka re­tourne le 24 juillet pour me­ner des dis­cus­sions pro­ba­ble­ment dif­fi­ciles sur la re­mise en oeuvre du programme d’ajus­te­ment né­go­cié avec l’Union eu­ro­péenne et le FMI, en plan de­puis six mois. Les chances de par­ve­nir à éco­no­mi­ser 11,5 mil­liards d’eu­ros sur deux ans, entre 2013 et 2014, sont consi­dé­rées comme nulles, or la Grèce a be­soin d’ar­gent en août pour rem­bour­ser 3 mil­liards d’eu­ros d’obli­ga­tions à la BCE et se­rait dé­jà en train de né­go­cier un prêt re­lais.

Reste le cas de la France. Fran­çois Hol­lande a réus­si la ma­noeuvre la plus fa­cile consis­tant à faire ac­cep­ter à ses par­te­naires eu­ro­péens, et d’abord à l’Allemagne, un plan de re­lance de la crois­sance de 120 mil­liards d’eu­ros (dont les dé­tails res­tent à mettre en oeuvre et dont les ré­sul­tats concrets se­ront longs à ap­pa­raître). Mais pour être au ren­dez­vous de 2014 en termes de ni­veau de dé­fi­cit pu­blic, de nou­velles coupes dans les dé­penses sont né­ces­saires, éva­luées par la Cour des comptes à plus de 30 mil­liards d’eu­ros. Lorsque l’on voit les dif­fi­cul­tés que le gou­ver­ne­ment a s’in­ter­ro­ger sur les dif­fi­cul­tés qu’il y au­ra à en­ga­ger un « ef­fort » sup­plé­men­taire de 30 mil­liards d’eu­ros l’an­née pro­chaine, sans tou­cher de fa­çon très si­gni­fi­ca­tive à la masse sa­la­riale de la fonc­tion pu­blique.

D’ores et dé­jà, les mar­chés ont com­men­cé à agir, en dés­in­ves­tis­sant mas­si­ve­ment de la dette sou­ve­raine des pays de l’Eu­rope du Sud, mais aus­si des mar­chés ac­tions, et en su­rin­ves­tis­sant dans les pays eu­ro­péens ju­gés plus sûrs, ce qui ac­cen­tue les dés­équi­libres in­ternes contre les­quels les gou­ver­ne­ments eu­ro­péens et la BCE veulent pour­tant agir. Il y a au­jourd’hui en Eu­rope au moins six pays que les in­ves­tis­seurs paient pour ac­cep­ter leur ar­gent.

Les taux d’in­té­rêt sur les obli­ga­tions d’État à deux ans sont né­ga­tifs en Suisse, au Da­ne­mark, en Allemagne, en Au­triche, aux Pays-Bas et en Fin­lande, une liste à la­quelle il faut ajou­ter la France, quoique cette si­tua­tion soit pro­ba­ble­ment tran­si­toire. En jouant de cette fa­çon, les in­ves­tis­seurs et les hedge funds in­diquent bien qu’ils ne croient guère en un rap­pro­che­ment des éco­no­mies eu­ro­péennes, mais au contraire en une scis­sion de plus en plus pro­non­cée entre le nord et le sud de l’Eu­rope, ce qui est le plus sûr che­min pour faire écla­ter l’eu­ro.

Si l’on ajoute à ce­la la si­tua­tion po­li­tique aux États-Unis, où un cer­tain nombre de ques­tions se éprou­vées pour mettre en mu­sique le col­lec­tif bud­gé­taire de ces der­niers jours (7,2 mil­liards de hausses d’im­pôts, 1,5 mil­liard de gel des dé­penses), on ne peut que

Au to­tal, l’exé­cu­tif eu­ro­péen de­vrait ac­cé­lé­rer le calendrier pour dé­mon­trer aux in­ves­tis­seurs que le temps de la dé­ci­sion po­li­tique à Bruxelles peut rat­tra­per le temps des mar­chés, en dé­ci­dant ra­pi­de­ment, dès les pre­miers jours de sep­tembre, de l’ar­chi­tec­ture re­te­nue pour la su­per­vi­sion ban­caire eu­ro­péenne. Dans une interview ré­cente au jour­nal al­le­mand Han­dels­blatt, Ch­ris­tian Noyer, gou­ver­neur de la Banque de France, a in­di­qué que la BCE se­rait en me­sure d’as­su­rer im­mé­dia­te­ment le rôle de su­per­vi­seur des banques eu­ro­péennes, une fois le pro­jet du 29 avril fi­na­li­sé. Une fa­çon ha­bile d’ac­cé­lé­rer le pro­ces­sus, contre l equel ­l ’A l ­l emagne a en­core des pré­ven­tions.

L’autre ur­gence est celle de la si­tua­tion éco­no­mique et des plans d’ajus­te­ment bud­gé­taires. Si la zone eu­ro entre pro­gres­si­ve­ment en ré­ces­sion au cours des pro­chains mois, fau­dra-t-il se mettre d’ac­cord sur des amé­na­ge­ments des plans de ré­duc­tion de dé­fi­cit pu­blic en Es­pagne, en Ita­lie, en Grèce ou en France, ou les lais­ser se dé­rou­ler se­lon le calendrier ini­tial, quitte à pro­vo­quer de nou­veaux troubles so­ciaux ?

Pour les mar­chés, n’est-il pas pro­bable qu’un plan cré­dible, en cours de mise en oeuvre, même sur un calendrier un peu plus long, vau­drait mieux que des in­ter­ro­ga­tions per­ma­nentes sur la ca­pa­ci­té de la zone eu­ro à se désen­det­ter ? Troi­sième ur­gence : faute de convaincre sur le calendrier po­li­tique et tech­nique, fau­dra-t-il que l’Eu­rope en passe par des choix ex­trêmes, une re­ca­pi­ta­li­sa­tion mas­sive du MES (dont la France et l’Allemagne por­te­raient la res­pon­sa­bi­li­té) ou la créa­tion de struc­tures fi­nan­cières ad hoc eu­ro­péennes afin de par­quer les mau­vaises dettes de notre sys­tème ban­caire ?

Au­cune de ces so­lu­tions n’est ano­dine. Mais faute d’ac­tion dé­ter­mi­née, la zone eu­ro pour­rait éprou­ver, dès sep­tembre, des dif­fi­cul­tés à ré­ta­blir sa cré­di­bi­li­té vis-à-vis des mar­chés in­ter­na­tio­naux de ca­pi­taux.

[AFP]

Ben Ber­nanke, pré­sident de la Fed, sèche sur les moyens de re­lan­cer la crois­sance de l’éco­no­mie amé­ri­caine.

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