Pour­quoi la voi­ture fran­çaise n’est plus un ob­jet de dé­sir

La Tribune Hebdomadaire - - QU’ELLE EST VERTE MA VALLÉE - So­phie pé­ters

Les construc­teurs na­tio­naux sont-ils sur­tout ma­lades de leur manque d’au­dace ?

Vou­loir trou­ver à tout prix des rai­sons ma­croé­co­no­miques, comme le font les di­ri­geants de PSA, à des dif­fi­cul­tés sec­to­rielles ré­sul­tant de choix stra­té­giques spé­ci­fiques ne conduit-il pas à une er­reur de diag­nos­tic ? Ex­plo­rons alors une autre piste pour ex­pli­quer la crise de l’au­to­mo­bile fran­çaise : les construc­teurs ont fait l’im­passe sur la dé­si­ra­bi­li­té de cet ob­jet hau­te­ment iden­ti­taire que re­pré­sente la voi­ture… Ache­ter une au­to­mo­bile, qui plus est haut de gamme, ne re­lève plus seule­ment de la va­leur d’usage. La voi­ture reste, par­ti­cu­liè­re­ment en Eu­rope et sin­gu­liè­re­ment en France, un signe iden­ti­taire qui en dit long sur son pro­prié­taire. Pour preuve, même la Da­cia, fa­bri­quée en Rou­ma­nie à bas coût, au look im­pro­bable, sé­duit une pe­tite frange de bo­bos pa­ri­siens qui veulent af­fi­cher leur mé­pris sup­po­sé de l’au­to­mo­bile. Ob­jet dé­sor­mais « peu rai­son­nable et cher » , « en­com­brant et épui­sant dans les em­bou­teillages » , dont beau­coup de ci­ta­dins ont dé­ci­dé de se sé­pa­rer, la voi­ture conti­nue de sé­duire… à con­di­tion qu’elle ap­porte un pe­tit plus de sa­tis­fac­tion. Il suf­fit pour s’en convaincre de no­ter les suc­cès des mo­dèles ré­tro évo­quant des vé­hi­cules em­blé­ma­tiques, comme les Mi­ni et Fiat 500. Le cas mar­ke­ting de la Mi­ni est à l’au­to­mo­bile ce que Nes­pres­so est au ca­fé. Une réus­site à cent pour cent, où les dé­cli­nai­sons de gamme et les ser­vices s’en­chaînent sans faillir. Quant à la Fiat 500, pe­tite, ronde, et cra­quante, elle est le mo­dèle le plus ven­du chez Fiat, au­quel elle a re­don­né sa san­té fi­nan­cière. Pa­ra­doxe : ins­pi­rées d’au­tos po­pu­laires d’en­trée de gamme, les nou­veaux mo­dèles s’im­posent au­jourd’hui dans le seg­ment pre­mium et s’adressent à une clien­tèle ai­sée ! Reste alors la ques­tion qui fâche : pour­quoi PSA et Re­nault n’uti­lisent-ils pas leurs mo­dèles my­thiques pour em­boî­ter le pas de leurs ri­vaux eu­ro­péens ? Les Fran­çais ont bien ten­té de s’en­gouf­frer dans la brèche du seg­ment pre­mium , mais en tour­nant ré­so­lu­ment le dos au ré­tro. Gon­flé, Ci­troën a même bap­ti­sé « DS » son pe­tit mo­dèle co­pié sur la Mi­ni, his­toire de faire un clin d’oeil à l’his­toire. Mais il a axé la publicité de la DS3 sur l’« an­ti­ré­tro ». Une vraie pro­vo­ca­tion ! Et pour­tant : au ­der­nier Sa­lon ré­tro­mo­bile, une DS23 à in­jec­tion s’est ven­due à 187 000 eu­ros. Et chez le pape de la DS, Vincent Cres­cia, pa­tron du Ga­rage du Lac en Suisse, il faut comp­ter trois ans d’at­tente et 120 000 eu­ros de res­tau­ra­tion pour une « vraie » DS. En­fin, ré­cem­ment, une 2 CV a trou­vé pre­neur à 60 000 eu­ros. Vous avez dit pas­sion ? Trop ra­tion­nels et trop fi­nan­ciers, les construc­teurs fran­çais semblent avoir ou­blié qu’ils de­vaient avant tout pro­duire de ru­ti­lants ob­jets de dé­sir et que, face à un coup de coeur pour seule mo­ti­va­tion d’achat, leurs plans à 5 ans ne pe­saient pas bien lourd… Tout n’est peut-être pas per­du : Car­los Ta­vares, di­rec­teur gé­né­ral dé­lé­gué de Re­nault, songe à re­lan­cer la my­thique Al­pine des an­nées soixante, avec une car­ros­se­rie ré­tro ins­pi­rée de l’ori­gi­nale…

[AFP]

La Fiat 500 Guc­ci.

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