HOL­LANDE!: 13 ME­SURES CHOCS POUR RE­BON­DIR

LE CONTEXTE Le chef de l’État a!ronte ce di­manche 5 mai la co­lère de la gauche qui l’a por­té au pou­voir le 6 mai 2012. Un an après, le pré­sident voit son au­to­ri­té contes­tée et sa ca­pa­ci­té à sor­tir la France de la crise est mise en doute. LES EN­JEUX Franç

La Tribune Hebdomadaire - - L’ÉVÉNEMENT - PHI­LIPPE MA­BILLE P.M. R.G.

Un an après l’avoir por­té au pou­voir, une par­tie de la gauche va ma­ni­fes­ter ce di­manche 5! mai, ba­lai à la main, contre la politique me­née par Fran­çois Hol­lande, à l’ap­pel du Front de gauche et d’un Jean-Luc Mé­len­chon de­ve­nu le pire cau­che­mar du chef de l’État. De­ve­nu le pré­sident le plus im­po­pu­laire de la Ve Ré­pu­blique en un an de pou­voir, Fran­çois Hol­lande ne fê­te­ra pas ce lun­di un an­ni­ver­saire, mais une « étape » sur un che­min qui s’an­nonce en­core di"cile.

Si un mot de­vait ré­su­mer le bi­lan de Fran­çois Hol­lande à l’Ély­sée, le pre­mier qui vient na­tu­rel­le­ment à l’es­prit est « dé­cep­tion ». Les Fran­çais at­ten­daient beau­coup de l’al­ter­nance in­car­née par un slo­gan im­pru­dent : « Le chan­ge­ment, c’est main­te­nant. » Sans doute trop, car le manque de ré­sul­tats du pré­sident de la Ré­pu­blique le tire vers le bas, inexo­ra­ble­ment. Les Fran­çais s’in­ter­rogent sur la ca­pa­ci­té de Fran­çois Hol­lande de les sor­tir du la­by­rinthe d’une crise qui n’en fi­nit pas de faire des ra­vages dans toute l’Eu­rope. Et le choc du chô­mage, qui re­trouve ses ni­veaux re­cords de 1997 après vingt-trois mois consé­cu­tifs de hausse, met en dan­ger la co­hé­rence de la ma­jo­ri­té.

Au chef de l’État, les Fran­çais re­prochent tout et son contraire. De ne pas sa­voir où il va ou pire, de le sa­voir mais de ne pas l’as­su­mer. Fran­çois Hol­lande est consi­dé­ré soit comme i ncom­pé­tent – « Pé­père est-il à la hau­teur » a ti­tré Le Point le 11 avril, tan­dis que L’Express stig­ma­ti­sait « M. Faible »! –, soit comme cy­nique.

Son prin­ci­pal pro­blème, c’est de ne pas avoir dit avec as­sez de clar­té dès le dé­part la gra­vi­té de cette crise et d’avoir en­tre­te­nu les Fran­çais dans une illu­sion. Illu­sion pour les sa­la­riés de Flo­range, de Pe­tro­plus, ou de PSA Aul­nay, qui dé­couvrent que les pro­messes d’un pré­sident de gauche ne valent pas mieux que celles de son pré­dé­ces­seur de droite. Illu­sion aus­si pour tous ceux qui ont cru que Fran­çois Hol­lande en­ga­ge­rait un bras de fer avec l’Al­le­magne d’An­ge­la Mer­kel pour ré­orien­ter l’Eu­rope vers une politique de crois­sance. Or, sur le plan bud­gé­taire, Fran­çois Hol­lande mène une politique guère di#érente de celle de Ni­co­las Sar­ko­zy pour ré­duire les dé­fi­cits pu­blics et re­prendre la maî­trise de la dette.

LA RE­CON­QUÊTE, C’EST MAIN­TE­NANT!?

Face à cette crise, le pré­sident de la Ré­pu­blique dit ne pas vou­loir se lais­ser « im­pres­sion­ner » par ceux de ses amis qui ap­pellent à un tour­nant. Il re­fuse de chan­ger de gou­ver­ne­ment et a for­tio­ri de Pre­mier mi­nistre, bien dé­ci­dé à te­nir son cap et à at­tendre de pre­miers ré­sul­tats. Il n’est pas plus sen­sible aux ap­pels du pied d’une par­tie de la droite et de Fran­çois Bay­rou, qui pro­posent un gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale (lire page 9) afin d’adop­ter les ré­formes dont la France a be­soin pour sor­tir de la crise et que vi­si­ble­ment une bonne par­tie de la ma­jo­ri­té, à sa­voir la gauche du PS et les Verts, ne sou­tient pas.

Fran­çois Hol­lande at­tend de sor­tir du trau­ma­tisme Ca­hu­zac pour re­prendre l’ini­tia­tive. Adepte des chocs (choc fis­cal, choc de com­pé­ti­ti­vi­té, choc de sim­pli­fi­ca­tion), Fran­çois Hol­lande va de­voir s’at­te­ler dé­sor­mais à un choc de co­hé­rence pour convaincre les Fran­çais. Ce vi­rage a com­men­cé lun­di 29!avril par une grande opé­ra­tion de ré­con­ci­lia­tion avec les en­tre­prises, avec la ré­forme de la fis­ca­li­té des plus-va­lues (lire page 10). Des signes de gauche pour­raient aus­si être adres­sés à l’opi­nion. C’est clai­re­ment l’ob­jec­tif de la loi Ha­mon sur la consom­ma­tion, pré­sen­tée mer­cre­di en conseil des mi­nistres, des­ti­née à sou­te­nir le pou­voir d’achat en ren­for­çant la concur­rence. Le pré­sident de la Ré­pu­blique veut aus­si s’at­ta­quer plus fran­che­ment avec Cé­cile Du­flot à la crise du lo­ge­ment.

Pour le pré­sident, c’est une lente opé­ra­tion « re­con­quête » qui com­mence. Il a pour lui une force : les ins­ti­tu­tions sont so­lides et le plus dur est, peut-être, dé­sor­mais pas­sé. Rai­son de plus pour ac­cé­lé­rer les ré­formes. Pour notre part, nous en avons sé­lec­tion­né 13, comme 2013, parce que la France est dans une si­tua­tion qui ne per­met plus de conti­nuer à ver­ser de l’eau tiède, mais ap­pelle des choix cru­ciaux pour son ave­nir.

tion des dé­penses qui, se­lon le plan de marche du gou­ver­ne­ment, doivent glo­ba­le­ment bais­ser de 60 mil­liards d’eu­ros, ou 3"points de PIB, d’ici 2017. En 2014, l’e!ort struc­tu­rel por­te­ra à 70#% sur les dé­penses et 30#% sur les nou­veaux im­pôts et charges. choi­si. L’Eu­rope est en train de consta­ter que l’aus­té­ri­té a échoué. La ré­ces­sion, voire la dé­fla­tion, in­quiète da­van­tage les mar­chés et même le FMI, que les dé­fi­cits. Il faut donc don­ner du temps aux pays en crise pour qu’ils puissent en sor­tir.

Dans ce bras de fer, le pré­sident fran­çais pour­ra s’ap­puyer sur l’Ita­lie, l’Es­pagne et le Por­tu­gal, des pays qui com­mencent à re­je­ter la stra­té­gie al­le­mande. Quant à An­ge­la Mer­kel, une fois les élec­tions pas­sées à la fin de sep­tembre, elle ne pour­ra guère prendre le risque du conflit in­terne à la zone eu­ro et elle de­vra com­po­ser avec ce nou­veau front bâ­ti par Pa­ris. D’au­tant que l’Al­le­magne à son tour com­mence à être rat­tra­pée par la crise.

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