L’an­née pro­chaine, si tout va bien!?

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ -

Il faut suivre sa pente, mais en la re­mon­tant. » Pour se ras­su­rer, Fran­çois Hol­lande de­vrait re­lire cet apho­risme d’An­dré Gide, qui rap­pelle ce­lui plus ré­cent de l’an­cien Pre­mier mi­nistre de Jacques Chi­rac, Jean-Pierre Ra!arin : « La route est droite, mais la pente est forte. » La pente, de­puis que Fran­çois Hol­lande a pris place à l’Ély­sée, est glis­sante. Plus de 5 mil­lions de chô­meurs ins­crits à Pôle em­ploi, ce­la a peu de chance de vous rendre po­pu­laire.

Le pré­sident de la Ré­pu­blique sait que pour re­mon­ter, il va lui fal­loir faire preuve de ré­si­lience en tout cas pour ré­sis­ter au stress in­tense qui est en train de faire perdre la boule à sa ma­jo­ri­té. Le PS a peur que la foudre lui tombe des­sus lors des élec­tions mu­ni­ci­pales de 2014 et fait de l’Al­le­magne d’An­ge­la Mer­kel le bouc émis­saire de nos propres fai­blesses. Fran­çois Hol­lande doit aus­si pas­ser de l’autre cô­té du mi­roir dé­for­mant que lui tend le pro­jet so­cia­liste dé­fi­ni au prin­temps 2011 et dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est da­té et in­adap­té aux temps de crise et de re­dres­se­ment. par­tie sur l’am­nis­tie so­ciale. Il ne tient qu’à lui d’al­ler plus loin en res­ser­rant les rangs de son équipe gou­ver­ne­men­tale où règne une bruyante ca­co­pho­nie qui des­sert la li­si­bi­li­té de la com­mu­ni­ca­tion gou­ver­ne­men­tale. L’ADAP­TA­BI­LI­TÉ EST UNE AUTRE QUA­LI­TÉ AT­TEN­DUE du chef de l’État par ces temps de crise. Dans un ré­cent rap­port sur la France, la com­mis­sion eu­ro­péenne s’in­quiète que notre pays ait per­du sa « ré­si­lience », c’est-àdire sa ca­pa­ci­té de ré­ac­ti­vi­té et d’adap­ta­tion aux chan­ge­ments de l’en­vi­ron­ne­ment. La ques­tion n’est pas tant de sa­voir si la crois­sance re­vien­dra. Ce se­ra le cas, d’ici à 2014, quoi que fasse ou ne fasse pas Fran­çois Hol­lande qui n’y se­ra pas pour grand-chose. Ce qui est plus in­quié­tant, c’est que la France risque de moins pro­fi­ter de cette re­prise que les autres pays et no­tam­ment l’Al­le­magne. Et là, on ne pour­ra pas ac­cu­ser Mme Mer­kel. Fran­çois Hol­lande a com­men­cé d’en ti­rer les consé­quences, cette se­maine, en chan­geant de pied sur la fis­ca­li­té du ca­pi­tal des en­tre­pre­neurs. Alors que sa ma­jo­ri­té avait été sourde à l’au­tomne aux cris des « pi­geons », qua­li­fiés de lob­by pa­tro­nal, le chef de l’État vient de re­con­naître avoir fait une er­reur en taxant la fis­ca­li­té du ca­pi­tal comme celle du tra­vail. Er­reur qui est dé­sor­mais en par­tie cor­ri­gée dans le nou­veau dis­po­si­tif an­non­cé lors des As­sises de l’en­tre­pre­neu­riat. Faute avouée est à moi-

Ce qui est in­quié­tant, c’est que la France risque de moins pro­fi­ter de la re­prise que les autres pays. Et là, on ne pour­ra pas ac­cu­ser Mme Mer­kel.!»

TOUT CE­LA, FRAN­ÇOIS HOL­LANDE LE SAIT. Mais il ne le dit pas clai­re­ment. Face à sa ma­jo­ri­té tur­bu­lente, il se laisse bal­lo­ter alors qu’il lui se­rait pour­tant fa­cile de faire acte d’au­to­ri­té, car les dé­pu­tés savent bien que leur sort est lié au sien : s’il échoue, ils tom­be­ront avec lui. Le pré­sident a néan­moins com­men­cé à si"er la fin de la tié par­don­née. Lan­cé sur cette tra­jec­toire, Fran­çois Hol­lande, qui ne se dé­fi­nit plus dans ses in­ter­ven­tions té­lé­vi­sées comme un pré­sident so­cia­liste, va-t-il al­ler plus loin#? La « ré­vo­lu­tion co­per­ni­cienne » dont il avait fait la théo­rie lors du vi­rage sur la com­pé­ti­ti­vi­té de l’au­tomne der­nier né­ces­site bien d’autres chocs et bien d’autres re­vi­re­ments. Nous en pro­po­sons une liste, non ex­haus­tive, dans le dos­sier de cette se­maine.

En toutes choses, on peut voir le verre à moi­tié vide ou à moi­tié plein. Le bi­lan de Fran­çois Hol­lande après un an d’exer­cice du pou­voir est dé­ce­vant quand on re­garde les ré­sul­tats sur le chô­mage, la dette ou les im­pôts. Mais un re­gard ob­jec­tif oblige à re­con­naître que le pré­sident de la Ré­pu­blique et le gou­ver­ne­ment ont fait beau­coup de ré­formes de­puis un an, et se­mé de nom­breuses graines qui n’ont pas en­core pous­sé, faute de temps et d’un cli­mat pro­pice. Mais ces ré­formes ne sont ni ex­pli­quées, ni com­prises. SE­LON LE SO­CIO­LOGUE MI­CHEL MAF­FE­SO­LI, le prin­ci­pal dé­faut du so­cia­lisme fran­çais est de conti­nuer à s’ins­crire dans la loi des pères, ver­ti­cale, alors que le monde est de­ve­nu ho­ri­zon­tal. Fran­çois Hol­lande, qui n’a connu avant d’être élu pré­sident que le par­ti so­cia­liste, est vic­time de cette ver­ti­ca­li­té. Il conti­nue de faire comme si la vé­ri­té ve­nait d’en haut. À l’heure des ré­seaux so­ciaux, d’In­ter­net, du tra­vail col­la­bo­ra­tif, ce­la ne fonc­tionne plus ain­si. Le chef doit s’im­pli­quer, ex­pli­quer, convaincre, al­ler voir en bas, sur le ter­rain, comment les choses fonc­tionnent vrai­ment. C’est fi­na­le­ment peu­têtre ce­la la nor­ma­li­té que les Fran­çais at­tendent de leur pré­sident.

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